Moins d’un an après la création d’une joint-venture entre Monster et CareerBuilder, les actionnaires Randstad (49 %) et Apollo (51 %) ont brutalement cessé tout soutien financier à Monster Europe.
Résultat : la liquidation de l’entreprise, pionnière du recrutement en ligne, est désormais inévitable. Plus de 200 salariés en Europe sont concernés. Dans un communiqué de presse datant du 21 juillet 2025, les représentants du personnel dénoncent les promesses non tenues par les actionnaires et l’abandon des salariés de Monster.
En France, Monster a accompagné pendant plus de vingt ans des millions de chercheurs d’emploi et des milliers d’entreprises. Aujourd’hui, l’entreprise n’est même plus en capacité d’assurer les salaires de ses équipes. Et malgré l’urgence, ni Randstad ni Apollo ne prévoient de soutenir humainement ou financièrement les collaborateurs dans leur départ.
Ce sont donc les fonds publics, via le régime de garantie des salaires (AGS), qui prendront en charge le paiement des salaires et des indemnités — à la place de deux actionnaires, pourtant parmi les plus riches de leur secteur.
Randstad et Apollo : deux géants, zéro responsabilité
Randstad, qui a acquis Monster en 2016, en est resté l’actionnaire unique jusqu’en septembre 2024, date à laquelle il a cédé la majorité du capital à Apollo. Aujourd’hui, Randstad se présente comme un « simple actionnaire minoritaire »… et se décharge de toute obligation. Une position que les salariés perçoivent comme un montage opportuniste, destiné à se libérer des engagements sociaux pourtant toujours en vigueur.
Car la liquidation intervient alors qu’un accord d’entreprise sur les licenciements économiques, signé sous l’égide de Randstad et valide jusqu’en 2027, prévoyait un accompagnement renforcé des salariés : mesures spécifiques pour les seniors, les reconversions, les porteurs de projet… Un engagement que les actionnaires refusent désormais d’honorer, malgré les demandes formelles adressées à la direction de Randstad.
« Cet accord n’est pas une faveur, c’est un engagement clair, signé lorsque Randstad était propriétaire à 100 %. Aujourd’hui, ils s’en affranchissent en se cachant derrière un changement d’actionnariat. C’est inacceptable. » Matteo Nicolo, secrétaire du CSE de Monster France
Décisions légales, éthique contestable
Depuis des années, Randstad communique sur sa promesse “Human Forward”. Pourtant, dans les faits, les salariés sont abandonnés, sans accompagnement, sans reclassement, sans dialogue. Et ce sont les pouvoirs publics qui devront combler les manquements d’une multinationale qui se présente comme “responsable”.
Le contraste est d’autant plus choquant que, parallèlement :
- La direction de la joint-venture a provisionné 1,2 million de dollars de bonus de “Transaction Award” à destination des dirigeants chargés de piloter la vente et la liquidation.
- Randstad a débloqué près de 5 millions d’euros en 2024 pour un plan d’actionnariat anticipé à destination de certains cadres de Monster.
« Personne ne conteste la légalité de ces opérations. Mais c’est leur absence totale d’éthique qui indigne. » Matteo Nicolo, secrétaire du CSE de Monster France
Appel à la responsabilité de Randstad
Les représentants du personnel de Monster France ont adressé une lettre officielle à Sander van’t Noordende, CEO de Randstad, réclamant l’application des accords d’entreprise toujours en vigueur.
La réponse de Randstad : un refus. L’entreprise évoque son statut minoritaire pour se soustraire à toute obligation concrète. Ce sont donc les salariés et les fonds publics qui paieront les conséquences de cette fermeture brutale.
Jusqu’au dernier jour, les équipes de Monster France ont fait preuve de loyauté, de professionnalisme et de solidarité envers les candidats et les entreprises. Aujourd’hui, elles demandent simplement de pouvoir quitter l’entreprise dignement.
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