Depuis le 1er janvier 2026, le marché français de l’électricité connaît un tournant majeur. L’un de ses principaux outils de régulation a disparu, laissant place à un mécanisme plus étroitement lié aux logiques de marché. Une évolution technique en apparence, mais aux conséquences très concrètes pour les consommateurs, les entreprises et la transition énergétique.
La fin de l’Arenh, pilier de la régulation française
Jusqu’au 31 décembre, le système reposait sur l’Accès régulé à l’électricité nucléaire historique (Arenh). Ce dispositif obligeait EDF à vendre une partie de son électricité nucléaire à un prix fixé par l’État. L’objectif restait clair : protéger les consommateurs des fortes variations du marché de gros.
Depuis le début de l’année, ce cadre n’existe plus. À sa place, l’État a choisi un mécanisme différent. Désormais, il mise sur une redistribution partielle des surprofits d’EDF, lorsque ceux-ci apparaissent, afin d’amortir les hausses de prix pour les clients finaux.
Dérégulation des prix : quel impact sur les factures d’électricité ?
La question inquiète légitimement. Selon une estimation de l’UFC-Que Choisir réalisée début 2025, une application anticipée de la réforme aurait entraîné une hausse moyenne de 19 % pour un consommateur type. Toutefois, le contexte actuel nuance ce scénario.
Les prix de l’électricité sur les marchés de gros évoluent plutôt à la baisse. La Commission de régulation de l’énergie anticipe donc une relative stabilité en 2026. Pour autant, la disparition d’un outil de protection directe expose davantage les factures aux aléas du marché.
Un équilibre délicat entre producteurs et consommateurs
Derrière ce changement se cache une question centrale : comment fixer un prix de l’électricité juste et durable ? L’ancien système protégeait les consommateurs, mais fragilisait EDF, contraint de vendre parfois en dessous de ses coûts réels.
Le nouveau mécanisme améliore la situation à court terme pour l’énergéticien public. Toutefois, il ne lui garantit aucun prix plancher. En cas de baisse prolongée des cours, EDF pourrait se retrouver encore plus vulnérable, alors même qu’il fait face à un endettement élevé et à des investissements massifs à venir.
Un secteur plus exposé aux lois du marché
En abandonnant un prix administré, la France rend son système électrique plus dépendant des mécanismes de marché. Si l’Arenh faisait déjà l’objet de critiques, ce nouveau modèle pourrait en susciter davantage, notamment sur la lisibilité des compensations promises aux consommateurs.
À terme, c’est bien l’équilibre entre sécurité des prix, souveraineté énergétique et financement du nucléaire qui se joue. Un débat loin d’être clos.


