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Transport médical : l’Ariège expérimente les autoroutes à drones

Par Adèle Blanche |
Transport médical : l’Ariège expérimente les autoroutes à drones

Dans le ciel de l’Ariège, une innovation prend son envol. Depuis plusieurs mois, des drones transportent des prélèvements médicaux entre différents laboratoires du département. Ce projet, baptisé DroneMed, marque une première en Europe. Il associe la société toulousaine Innov’ATM et le réseau de laboratoires Cerballiance. Objectif : gagner du temps, réduire l’impact environnemental et améliorer l’accès aux soins dans les zones rurales.

Une première européenne encadrée par l’aviation civile

Le projet DroneMed s’appuie sur une autorisation inédite délivrée par la Direction générale de l’aviation civile (DGAC). Innov’ATM a obtenu le droit d’opérer dans des couloirs aériens dédiés, situés entre Pamiers, Saverdun et Saint-Girons. Contrairement aux initiatives déjà menées en France, souvent portées par des hôpitaux, cette expérimentation concerne directement un réseau de laboratoires privés.

Créée en 2013 à Cugnaux, Innov’ATM s’est d’abord spécialisée dans la gestion et la sécurité du trafic aérien. Avec DroneMed, l’entreprise franchit une nouvelle étape. Elle devient le premier opérateur européen certifié pour ce type de transport médical par drone.

Des drones capables de transporter jusqu’à 3 kg de prélèvements

Le dispositif repose sur le drone Eiger, conçu en Suisse. Il évolue entre 80 et 120 mètres d’altitude, sur trois axes de vol sécurisés. À chaque trajet, il peut transporter jusqu’à 3 kg de tubes sanguins, poches de sang, médicaments ou échantillons biologiques.

Concrètement, le drone relie les laboratoires périphériques à celui de Pamiers, où se concentre le plateau technique d’analyses. Saverdun réalise environ 100 prélèvements par jour, tandis que Saint-Girons en traite près de 300. Le drone assure ces liaisons en une vingtaine de minutes.

Rapidité, fiabilité et bénéfices écologiques

Les équipes ont conduit de nombreux tests pour garantir l’intégrité des échantillons. Les prélèvements bénéficient d’un triple emballage spécifique, conçu pour absorber les vibrations et limiter les variations de température. Les vols restent courts, afin de préserver la qualité biologique.

Au-delà de l’aspect technique, le projet répond à plusieurs enjeux majeurs. Il réduit les trajets routiers, limite les émissions de CO₂ et contourne les aléas climatiques. Neige, embouteillages ou routes difficiles d’accès ne freinent plus les livraisons.

Une solution adaptée aux territoires ruraux

Pour les laboratoires situés en zone rurale ou montagneuse, cette technologie change la donne. Une seule personne gère l’opération sur place, tandis que les équipes Innov’ATM pilotent les décollages et atterrissages à distance depuis Cugnaux.

Selon Cerballiance, ce modèle améliore la réactivité en cas d’urgence. Il ouvre aussi la voie à de nouvelles liaisons, notamment vers Lavelanet, avec plusieurs vols quotidiens envisagés. À terme, le drone pourrait relier laboratoires et hôpitaux sur des distances allant jusqu’à 80 kilomètres.

Vers un nouveau standard du transport médical ?

Si la DGAC valide définitivement l’expérimentation, DroneMed pourrait s’étendre à d’autres territoires. Cette autoroute du ciel esquisse déjà un futur où la logistique médicale gagne en rapidité, en sobriété et en efficacité. Une innovation discrète, mais prometteuse, qui transforme concrètement l’organisation des soins.