L’or connaît un regain d’intérêt spectaculaire en 2026. Avec un cours frôlant les 2 800 dollars l’once, le métal jaune affiche une progression de 35% en deux ans, porté par les tensions géopolitiques, l’inflation persistante et la défiance envers les monnaies fiduciaires. Les banques centrales accumulent frénétiquement les réserves, la Chine et la Russie diversifient massivement leurs avoirs pour échapper à l’hégémonie du dollar, et les particuliers se ruent sur les pièces et lingots. Dans cette course mondiale, la France, dépourvue de mines significatives, semble condamnée à regarder passer le train. Pourtant, plusieurs pistes stratégiques pourraient lui permettre d’extirper son épingle du jeu.
Un retard minier structurel impossible à combler
La France ne produit quasiment plus d’or depuis la fermeture de la mine de Salsigne dans l’Aude en 2004, dernier vestige d’une industrie extractive autrefois florissante. Avec une production domestique quasi nulle, le pays importe l’intégralité de ses besoins en or physique, estimés à environ 150 tonnes annuelles pour l’industrie, la bijouterie et l’investissement.
Relancer l’extraction minière sur le territoire apparaît illusoire. Les rares gisements identifiés en Guyane française, notamment le projet Montagne d’Or portant sur 85 tonnes d’or exploitables, se heurtent à une opposition environnementale et politique massive. L’acceptabilité sociale de projets miniers en métropole est tout simplement inexistante, les populations locales rejetant systématiquement ces activités jugées destructrices.
Cette réalité condamne-t-elle la France à la marginalité dans l’économie mondiale de l’or ? Pas nécessairement, à condition de repenser radicalement sa position dans la chaîne de valeur.
Valoriser les réserves de la Banque de France
Premier atout méconnu : la France détient la quatrième réserve d’or mondiale avec 2 436 tonnes stockées dans les coffres de la Banque de France, principalement à Paris. Cette réserve, constituée patiemment depuis des décennies et jamais vendue malgré les tentations, représente aujourd’hui une valeur colossale de près de 220 milliards d’euros.
Plutôt que de laisser cet or dormir dans des coffres, la France pourrait développer des produits financiers adossés à ces réserves. Des obligations indexées sur l’or, des ETF garantis par l’État, ou des mécanismes de prêt d’or aux industriels permettraient de monétiser cet actif sans le céder. La Suisse, qui ne produit pas davantage d’or que la France, a bâti une industrie financière prospère autour du négoce et du stockage du métal précieux.
La Banque de France pourrait également proposer des services de garde sécurisée aux banques centrales et fonds souverains mondiaux souhaitant diversifier géographiquement leurs réserves. Paris dispose des infrastructures de sécurité et de la crédibilité institutionnelle nécessaires pour concurrencer Londres ou Zurich.
Sécuriser les approvisionnements par la diplomatie
Enfin, la France doit déployer une diplomatie active des matières premières. Plutôt que de concurrencer frontalement la Chine sur le contrôle des mines africaines, elle pourrait proposer des partenariats gagnant-gagnant : transferts de technologie, formations, infrastructures, en échange de sécurisation des approvisionnements.
La Guyane française, malgré les oppositions, pourrait accueillir des projets miniers à très hauts standards environnementaux et sociaux, servant de vitrines pour une extraction responsable. Ce serait un moyen de démontrer qu’exploitation aurifère et protection de l’environnement ne sont pas incompatibles. La France ne redeviendra jamais un producteur majeur d’or. Cette réalité géologique n’est pas une fatalité économique. En se positionnant sur le raffinage, le recyclage, la finance, la joaillerie de luxe et l’innovation technologique, elle peut capter une part significative de la valeur créée par la filière mondiale de l’or.
L’enjeu n’est pas d’extraire l’or du sous-sol, mais d’extraire de la valeur de la chaîne mondiale. Une stratégie qui joue sur les forces françaises – finance, luxe, technologie, qualité institutionnelle – plutôt que sur une impossible renaissance minière. Dans la course mondiale vers l’or, la France peut gagner sans creuser un seul gramme.
