Retards de paiement : 65% des chefs d’entreprise redoutent une aggravation en 2026

Par Alexandre Foumangoye |
Retards de paiement : 65% des chefs d’entreprise redoutent une aggravation en 2026

Les retards de paiement se sont imposés comme un fléau structurel pour les entreprises françaises. Selon une étude OpinionWay réalisée pour GoCardless, 65% des chefs d’entreprise anticipent une aggravation en 2026, dans un contexte économique marqué par l’inflation persistante et des coûts de financement élevés. Plus alarmant encore : certaines entreprises se disent prêtes à sacrifier jusqu’à 20% de leur chiffre d’affaires annuel pour éviter une conversation délicate avec leurs clients sur ce sujet devenu tabou.

Un phénomène généralisé qui coûte cher

Les retards de paiement ne constituent plus l’exception mais la norme. Près de neuf entreprises sur dix (94%) déclarent perdre de l’argent chaque mois du fait de paiements tardifs, tandis que 91% y consacrent du temps de recouvrement, transformant cette activité en charge opérationnelle à part entière.

Si 32% des entreprises citent les retards de paiement comme l’un de leurs principaux irritants, la pression financière varie considérablement selon la taille. Les grandes entreprises de plus de 5 000 employés sont particulièrement touchées : 27% d’entre elles perdent plus de 10 000 euros par mois en raison des retards de paiement.

Ces montants cumulés sur l’année représentent des sommes colossales qui pèsent sur la trésorerie, obligeant les entreprises à recourir au crédit de court terme pour financer leur exploitation courante. Un cercle vicieux où les intérêts bancaires viennent aggraver encore la situation financière.

Des décisions stratégiques sacrifiées sur l’autel de la trésorerie

Les retards de paiement ne fragilisent pas seulement les flux de trésorerie : ils pèsent directement sur les choix stratégiques des entreprises, les contraignant à adopter des mesures défensives. 66% des dirigeants estiment que les retards de paiement freinent leurs projets de croissance, un constat alarmant pour la dynamique économique du pays.

Face à cette contrainte, les entreprises réagissent de trois manières. 27% ont augmenté leurs prix, répercutant ainsi le coût des retards de paiement sur des consommateurs déjà affectés par le coût de la vie. Cette spirale inflationniste aggrave la situation économique globale.

22% ont reporté le lancement de nouveaux produits, sacrifiant l’innovation et la conquête de nouveaux marchés sur l’autel de la prudence financière. Ces reports freinent la compétitivité et condamnent certaines entreprises à rater des fenêtres d’opportunité commerciale.

Enfin, 19% ont gelé les recrutements, contribuant à la dégradation du marché de l’emploi. Ce phénomène est particulièrement prégnant dans la banque et la finance, où près de la moitié des acteurs (46%) ont différé leurs projets d’embauche en raison des retards de paiement.

Un frein structurel à l’économie française

« Cette étude montre que les retards de paiement ne relèvent plus d’un simple aléa de trésorerie, mais constituent désormais un frein structurel à l’économie française », analyse Clémentine Destrez, Sales Manager chez GoCardless. « Ce qui frappe particulièrement, c’est le niveau de résignation : de nombreuses organisations ont appris à composer avec ces retards, tout en mesurant pleinement leurs effets délétères sur la croissance, l’emploi et l’investissement. »

Elle ajoute : « Lorsque certaines préfèrent absorber des pertes plutôt que d’ouvrir le dialogue avec leurs clients, cela révèle à quel point le problème est désormais profondément installé. »

Cette analyse pointe un dysfonctionnement majeur de l’économie française. Alors que la loi impose des délais de paiement stricts (30 jours en général, 60 jours maximum), leur non-respect chronique sans sanction réelle crée une culture de l’impunité. Les grandes entreprises et administrations abusent systématiquement de leur position dominante, utilisant leurs fournisseurs comme source de financement gratuit.

Face à cette situation, des solutions existent : automatisation des relances, affacturage, paiement anticipé avec escompte, garanties bancaires. Mais elles nécessitent un changement culturel profond valorisant le respect des engagements commerciaux et sanctionnant effectivement les mauvais payeurs. Sans cette évolution, les retards de paiement continueront d’asphyxier le tissu économique français.