Le CNI appelle à faire de la préférence européenne un pilier de la politique industrielle

Par Alexandre Foumangoye |
Le CNI appelle à faire de la préférence européenne un pilier de la politique industrielle

Le Conseil national de l’industrie (CNI) franchit un cap symbolique. Il appelle officiellement, dans un avis publié le 3 février 2026, à faire de la préférence européenne un pilier de la politique industrielle de l’Union. Cette position, soutenue conjointement par les syndicats (CFDT, CFTC, CFE-CGC) et les organisations patronales (MEDEF, CPME, France Industrie), traduit un consensus inédit. Face aux déséquilibres commerciaux mondiaux et aux pratiques anticoncurrentielles.

Un mouvement conjoint public-privé

Cet avis s’inscrit dans le prolongement de l’appel du commissaire européen Stéphane Séjourné. Le tout lancé aux côtés de 1 141 dirigeants d’entreprise européens, en faveur de la préférence européenne dans les achats publics. Cette mobilisation conjointe des pouvoirs publics et des industriels marque une rupture avec la doctrine libre-échangiste traditionnelle de l’Union européenne.

Instance de concertation présidée par le Premier ministre, le CNI réunit l’ensemble des parties prenantes de l’industrie française. Organisations professionnelles, syndicales, administrations, collectivités et personnalités qualifiées. Sa mission consiste à éclairer l’action publique sur les enjeux de politique industrielle, de compétitivité et de souveraineté.

Une préférence exigeante, ciblée et graduelle

Le CNI appelle à faire du principe de préférence européenne un pilier de la politique industrielle de l’Union. L’Industrial Accelerator Act, actuellement en discussion, doit affirmer et mettre en œuvre une préférence européenne répondant à trois critères : exigeante sur les standards, ciblée sur les secteurs stratégiques, et introduite de manière graduelle et réaliste pour tenir compte de la maturité de l’offre européenne.

Cette gradualité est essentielle. Imposer brutalement une préférence européenne dans des secteurs où l’offre locale est inexistante ou très insuffisante provoquerait pénuries et surcoûts. La préférence doit accompagner et stimuler la reconstruction de capacités industrielles européennes, non se substituer à elle.

Les secteurs stratégiques visés incluent les technologies critiques (semiconducteurs, batteries, hydrogène), les infrastructures énergétiques (éoliennes, panneaux solaires, réseaux électriques), la défense et l’aérospatial, les équipements médicaux et pharmaceutiques, ou encore les télécommunications (5G, 6G).

Un consensus historique

L’avis du CNI a recueilli un soutien des organisations syndicales et patronales, traduisant un large consensus entre partenaires sociaux et acteurs économiques sur l’instauration rapide d’une préférence européenne. Ce front commun, rarissime, démontre que la question dépasse les clivages traditionnels capital-travail. Il faut toucher à la survie même du modèle industriel européen.

Cette convergence renforce considérablement le poids politique de la demande et augmente les chances de voir la Commission européenne intégrer effectivement la préférence européenne dans l’Industrial Accelerator Act attendu pour 2026. Le CNI recommande d’introduire des exigences claires en matière de transfert de technologies et de développement de coentreprises à majorité européenne. Afin de garantir que les investissements étrangers contribuent à la création de valeur sur le territoire de l’Union.

Cette condition vise à éviter que des entreprises chinoises ou américaines n’implantent de simples usines d’assemblage en Europe pour contourner la préférence européenne. Le tout en conservant le contrôle technologique et la majorité de la valeur ajoutée. Les investissements doivent s’accompagner de transferts réels de savoir-faire, de centres de R&D locaux et de participation européenne majoritaire au capital.