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Bonus écologique à 5 700€ : le gouvernement booste l’électrique en 2026

Par Alexandre Foumangoye | Publié le 27/11/2025

Le ministre de l’Économie Roland Lescure a créé la surprise le 26 novembre 2025 en annonçant le maintien et l’augmentation du bonus écologique pour 2026. L’aide maximale à l’acquisition d’un véhicule électrique passe désormais à 5 700 euros, une hausse significative qui témoigne de la volonté gouvernementale d’accélérer la transition vers la mobilité électrique, malgré un contexte budgétaire contraint.

Une revalorisation progressive depuis juillet 2025

Cette annonce s’inscrit dans la continuité de la revalorisation du 1er juillet 2025 qui avait déjà bénéficié aux ménages modestes. Le bonus écologique, pierre angulaire de la politique de soutien à l’électrique depuis 2008, a connu plusieurs ajustements ces dernières années, avec des montants variant selon les revenus des ménages et le prix des véhicules. Le passage à 5 700 euros maximum marque une volonté de démocratiser davantage l’accès aux véhicules électriques, dont le prix d’acquisition reste le principal frein pour de nombreux français.

Cette augmentation intervient alors que le marché français de l’électrique connaît une croissance soutenue mais doit encore franchir des paliers pour atteindre les objectifs européens : fin de la vente de véhicules thermiques neufs en 2035. Avec environ 17% de parts de marché en 2025, les véhicules électriques doivent accélérer leur progression pour que la France respecte ses engagements climatiques.

Les conditions d’éligibilité au bonus renforcé

Pour bénéficier de ce bonus maximal de 5 700 euros, plusieurs conditions doivent être réunies. Le véhicule doit être neuf, émettant moins de 20 grammes de CO₂ par kilomètre (donc 100% électrique ou hydrogène), et coûter moins de 47 000 euros. Le score environnemental du véhicule, calculé selon son empreinte carbone sur l’ensemble de son cycle de vie (fabrication, utilisation, recyclage), doit également atteindre un seuil minimal, favorisant les voitures produites en Europe ou dans des pays respectant certaines normes environnementales.

Le montant varie ensuite selon les revenus du foyer : les ménages les plus modestes (revenu fiscal de référence inférieur à 15 400 euros par part) peuvent prétendre au bonus maximal, tandis que les foyers aux revenus intermédiaires et supérieurs reçoivent un montant dégressif. Cette modulation vise à concentrer l’effort public sur ceux qui en ont le plus besoin tout en maintenant une incitation pour tous.

Un paradoxe : suppression du crédit d’impôt pour les bornes

L’annonce du maintien du bonus contraste avec la décision de ne pas reconduire le crédit d’impôt pour l’installation de bornes de recharge à domicile après le 31 décembre 2025. Cette aide, qui permettait de déduire jusqu’à 75% du coût d’installation (plafonné à 500 euros), facilitait pourtant grandement le passage à l’électrique pour les particuliers disposant d’un parking privé.

Cette suppression soulève des interrogations sur la cohérence de la politique publique : à quoi bon faciliter l’achat d’un véhicule électrique si recharger chez soi devient plus coûteux ? Le gouvernement mise probablement sur le développement accéléré des bornes publiques et sur la baisse naturelle des coûts d’installation pour justifier cette décision, mais elle risque de pénaliser les acquéreurs vivant en habitat individuel.

Une stratégie gouvernementale en tension

Cette politique d’aides généreuses interroge dans un contexte budgétaire difficile. Le bonus écologique représente un coût annuel de plusieurs centaines de millions d’euros pour l’État. Certains économistes questionnent l’efficacité de ces subventions massives : ne profitent-elles pas surtout aux classes moyennes supérieures et aux constructeurs qui ajustent leurs prix en conséquence ?

Le gouvernement défend une approche pragmatique : sans ces aides, la parité prix entre thermique et électrique ne serait atteinte que vers 2030, retardant d’autant la transition. L’objectif est de créer un marché de l’occasion électrique abondant et accessible d’ici 5 ans, rendant progressivement les aides moins nécessaires.

Les changements attendus pour 2026 concernent probablement le renforcement du score environnemental, pénalisant davantage les véhicules produits hors Europe, et l’ajustement des plafonds de prix et de revenus. La trajectoire est claire : maintenir des incitations fortes tant que nécessaire, puis les réduire progressivement à mesure que l’électrique devient compétitif.