À l’approche du 8 mars, les entreprises mettront en avant leurs engagements en matière d’égalité professionnelle et de féminisation des instances dirigeantes. Ces avancées sont réelles. Mais elles ne répondent que partiellement à une question centrale : pourquoi les femmes demeurent-elles davantage exposées à la souffrance psychologique au travail ?
Selon le baromètre OpinionWay pour EKILIBRE Conseil (juin 2025), 25 % des salariés déclarent avoir subi des violences au travail. Parmi eux, 59 % sont des femmes. Elles représentent également 62 % des situations caractérisées de harcèlement. La pression normative est aussi plus forte : une femme sur deux déclare devoir « faire bonne figure en toutes circonstances », contre 39 % des hommes.
Une différence d’exposition plus que de profil
Les données épidémiologiques montrent que la souffrance psychique liée au travail touche au moins 50 % de femmes en plus que d’hommes. Pourtant, à métier équivalent, les écarts sur les principaux facteurs de risques psychosociaux s’atténuent fortement. La variable déterminante n’est donc pas d’abord individuelle. Elle tient à l’exposition différenciée aux conditions de travail. Les femmes sont majoritaires dans les métiers de relation et d’accompagnement : enseignement, santé, ressources humaines, relation client ou fonctions support. Ces activités impliquent une forte interaction humaine, une régulation émotionnelle constante et la gestion de tensions. Cette charge relationnelle, souvent peu visible et insuffisamment reconnue, constitue un facteur majeur de risques psychosociaux.
Les indicateurs d’absentéisme publiés par INSEE et la DARES confirment que les femmes sont plus souvent absentes pour raisons de santé, notamment dans les secteurs fortement féminisés.
À cette exposition professionnelle s’ajoute une répartition toujours inégalitaire des tâches domestiques et parentales, dont elles assurent environ 70 %. Horaires imprévisibles, interruptions fréquentes, faibles marges de manœuvre : la soutenabilité du travail dépend étroitement de son organisation concrète.
Dépasser la logique des quotas
Briser le plafond de verre est nécessaire. Mais cela ne suffit pas à traiter les causes organisationnelles de la souffrance au travail. Prévenir les violences, reconnaître la charge émotionnelle, réguler les tensions et repenser l’articulation entre vie professionnelle et vie personnelle constituent des leviers tout aussi structurants.
Comme le souligne Jean-Christophe Villette, directeur général d’EKILIBRE Conseil et vice-président de la FIRPS, le burn-out féminin est d’abord « un sujet de travail ». Faire progresser l’égalité professionnelle suppose d’agir sur la conception même du travail, afin de le rendre réellement soutenable pour toutes et tous.
