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Capital-investissement à impact & souveraineté technologique : deux piliers de la stratégie européenne 2025

Par Alexandre Foumangoye | Publié le 06/11/2025

Malgré un contexte macroéconomique tendu (inflation persistante, forte incertitude géopolitique), l’Europe du capital-investissement accélère sa mue vers des modèles impactants. Parallèlement, sur le front technologique, Bruxelles serre les rangs pour accroître l’autonomie numérique du continent. Deux tendances fortes, deux vecteurs majeurs de transformation économique à l’œuvre.

Capital-investissement à impact : un nouveau souffle

Le capital-investissement traditionnel ne s’axe plus sur la croissance rapide et la sortie rentable. Aujourd’hui, une part croissante des fonds européens intègre des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Comme le note un récent article : « le Private Equity et l’impact : transformer l’investissement non coté en levier de transition durable ». 

En pratique, les fonds cherchent à financer des entreprises engagées dans la transition écologique, l’inclusion numérique ou la redynamisation industrielle. L’horizon d’investissement long, l’influence sur la gouvernance et la mesure de l’impact deviennent des leviers différenciants. En France, le marché du private equity affiche un actif sous gestion d’environ 135 milliards d’euros en 2025. Ce, après 26 milliards d’euros investis en 2024 (+16 % par rapport à 2023). 

Pour les ETI industrielles ou technologiques qui adoptent des trajectoires responsables, cette mutation s’ouvre comme une nouvelle source de financement stratégique. Le message est clair : performance financière et utilité sociétale ne sont plus antinomiques, mais complémentaires.

IA souveraine et semi-conducteurs : vers une stratégie européenne unifiée

Sur le plan technologique, l’UE a fixé une ambition forte : via le European Chips Act (entrée en vigueur en 2023), l’Europe vise à porter sa part de production mondiale de semi-conducteurs à 20 % d’ici 2030, contre environ 10 % actuellement.

Cette démarche s’inscrit dans une logique d’IA souveraine : sécurité des données, contrôle industriel, transparence des algorithmes. La Commission européenne encourage le développement d’une IA conforme aux valeurs européennes (protection des données, transparence des décisions automatisées) et la mise en place de solutions hybrides mêlant performance et autonomie.

Le virage des semi-conducteurs y est clé : les puces sont devenues le maillon stratégique de la chaîne de valeur – automobiles, énergies renouvelables, IA, défense. Mais les défis sont immenses : selon la European Court of Auditors, l’objectif de 20 % reste largement hors de portée si l’investissement et la coordination ne sont pas intensifiés. 

Synergies et enjeux : impact + technologie

Le lien entre capital-investissement à impact et souveraineté technologique est évident : pour innover à grande échelle, pour bâtir des infrastructures résilientes, il faut mobiliser des fonds privés et publics alignés sur des finalités durables. Les investisseurs d’impact sont ainsi appelés à soutenir non seulement des start-ups « vertes » mais aussi des projets d’infrastructures numériques critiques, des usines de semi-conducteurs, des plateformes d’IA européennes.

L’enjeu est double : d’un côté, faire de l’Europe un acteur incontournable de la transition (écologique, numérique, industrielle) ; de l’autre, renforcer sa résilience face aux chocs géopolitiques (ruptures de chaînes d’approvisionnement, dominations technologiques).

En 2025, ces dynamiques redéfinissent les stratégies des entreprises, des fonds et des États. Le capital-investissement à impact ne se limite plus aux seules start-ups, mais devient un instrument de structuration industrielle. Et la quête de souveraineté technologique se traduit par une mobilisation massive de capitaux, de compétences et de politiques publiques.