Complexité administrative : un salarié sur deux renonce à une aide sociale

Par Alexandre Foumangoye |
Complexité administrative : un salarié sur deux renonce à une aide sociale

Malgré l’existence de nombreux dispositifs d’aide, une grande partie des salariés français n’y accède pas. C’est ce que révèle un sondage réalisé par Ipsos pour la plateforme Klaro auprès de 1 000 salariés représentatifs de la population active. L’étude, publiée le 24 mars 2026 à Paris, met en lumière un phénomène préoccupant : plus d’un salarié sur deux a déjà renoncé à demander une aide sociale en raison de la complexité administrative.

Un système d’aides mal utilisé

Dans le même temps, la situation financière des foyers se fragilise. Deux salariés sur cinq déclarent que leur situation économique s’est dégradée au cours de l’année écoulée, un chiffre qui témoigne d’une pression croissante sur le pouvoir d’achat.

Un non-recours massif aux droits

Le sondage révèle un décalage frappant entre les aides existantes et leur utilisation réelle. Seuls 17 % des salariés estiment percevoir toutes les prestations auxquelles ils ont droit, tandis que 22 % pensent n’en toucher qu’une partie. À l’inverse, 45 % des actifs sont persuadés de ne pouvoir prétendre à aucune aide, une perception souvent inexacte.

Résultat : plus d’un salarié sur deux passe potentiellement à côté d’un complément de revenu qui pourrait alléger son budget mensuel. Parmi les personnes qui pensent ne pas bénéficier de toutes leurs aides, 55 % ont déjà abandonné une démarche administrative. Manque de temps, complexité des formulaires ou multiplicité des interlocuteurs sont les obstacles les plus fréquemment cités.

Quand les difficultés financières arrivent au travail

Ce non-recours ne se limite pas à la sphère privée. L’étude montre que 64 % des salariés pensent à leurs finances pendant leurs heures de travail.

Les conséquences sont directes sur l’activité professionnelle :

  • 57 % des salariés déclarent avoir des difficultés de concentration,
  • 35 % observent une baisse de leur productivité,
  • et 17 % reconnaissent que ces préoccupations peuvent entraîner absentéisme ou réduction du temps de présence.

Ces chiffres illustrent un phénomène encore peu traité dans les politiques de qualité de vie au travail : le stress financier, qui peut peser autant que d’autres facteurs sur la performance et le bien-être.

L’entreprise, nouvel acteur du bien-être financier

Face à ces difficultés, les salariés attendent désormais un soutien plus actif de leur employeur. Selon l’enquête, 62 % des répondants jugent important, voire indispensable, que l’entreprise accompagne le bien-être financier de ses collaborateurs.

Les dispositifs traditionnels restent appréciés, notamment l’intéressement, cité par 57 % des salariés. Mais de nouveaux outils suscitent aussi de l’intérêt : 34 % des personnes interrogées souhaitent disposer d’un simulateur pour identifier les aides sociales auxquelles elles peuvent prétendre.

Pour les entreprises, l’enjeu dépasse la simple dimension sociale. 68 % des salariés estiment qu’une action concrète de leur employeur sur le pouvoir d’achat renforcerait leur motivation, tandis que 63 % pensent que cela améliorerait leur engagement professionnel.

Dans ce contexte, simplifier l’accès aux droits apparaît comme un levier double : réduire la précarité des ménages tout en améliorant la performance collective au sein des organisations.