Depuis une décennie, le marché du médicament connaît une transformation rapide. D’un côté, le vieillissement de la population et la progression des maladies chroniques modifient les besoins de santé. De l’autre, l’arrivée de traitements innovants, souvent très coûteux, redessine les équilibres financiers. Dans ce contexte, l’Assurance Maladie renforce année après année la prise en charge des médicaments afin de garantir l’accès aux soins et préserver un modèle solidaire.
En 2024, cette dynamique s’accélère nettement. Les chiffres témoignent d’un effort financier inédit, mais aussi d’un changement structurel profond du système de remboursement.
Des remboursements en forte hausse en 2024
Tout d’abord, l’Assurance Maladie a remboursé 27,2 milliards d’euros de médicaments délivrés en pharmacie de ville en 2024. Ce montant représente une hausse de 7,2 % sur un an, bien supérieure à la progression observée les années précédentes.
Au total, 61,8 millions d’assurés ont bénéficié du remboursement d’au moins un médicament. En moyenne, chaque assuré s’est vu rembourser 41 boîtes, pour un montant annuel de 437 euros. Cependant, la consommation progresse fortement avec l’âge. À partir de 80 ans, elle atteint 108 boîtes remboursées par an, illustrant l’impact direct du vieillissement démographique sur les dépenses de santé.
Une prise en charge qui s’améliore sur dix ans
Ensuite, la couverture offerte par l’Assurance Maladie progresse de manière continue. En dix ans, le taux de remboursement des médicaments est passé de 80,7 % à 87,6 %. En intégrant les traitements prescrits à l’hôpital puis délivrés en pharmacie de ville, le taux de prise en charge dépasse désormais 90 %.
Cette évolution reflète une double réalité. D’une part, le système intègre une part croissante de médicaments innovants et onéreux. D’autre part, il maintient un objectif central : garantir un accès équitable aux traitements, quels que soient les revenus ou la pathologie.
Médicaments les plus remboursés : le poids des traitements lourds
Par ailleurs, les dépenses se concentrent fortement sur un nombre limité de médicaments. Les 20 médicaments les plus remboursés en ville totalisent à eux seuls près de 8 milliards d’euros, soit environ 30 % des dépenses totales.
Ce classement met en avant des traitements destinés à des pathologies graves ou rares. Le médicament Vyndaqel®, utilisé contre l’amylose cardiaque, arrive en tête avec près d’un milliard d’euros remboursés. Il devance Eliquis®, un anticoagulant majeur, dont la générication attendue en 2026 pourrait modifier durablement le paysage. Enfin, Eylea®, utilisé notamment dans le traitement de la DMLA, conserve une place élevée dans le classement.
Volumes prescrits : les médicaments du quotidien restent incontournables
Cependant, lorsqu’on observe les volumes, le panorama change radicalement. Le paracétamol reste de très loin la molécule la plus prescrite, avec plus de 430 millions de boîtes remboursées sur l’année. Malgré une diffusion massive, son coût unitaire limité en fait un poste de dépense secondaire en valeur.
Ainsi, le système de remboursement combine deux réalités : des médicaments du quotidien très largement diffusés et des traitements innovants qui concentrent l’essentiel des coûts.
Une recomposition des classes thérapeutiques
Sur dix ans, la structure des dépenses par classe thérapeutique évolue profondément. Les traitements des maladies graves et chroniques prennent une place centrale. Les anticancéreux passent ainsi de la neuvième à la première place, avec des dépenses multipliées par près de quatre. Les immunosuppresseurs suivent la même trajectoire, portés par l’essor des thérapies ciblées.
À l’inverse, les médicaments plus courants, comme ceux contre l’hypertension ou l’hypercholestérolémie, reculent en valeur. La diffusion des génériques et la baisse des prix expliquent largement cette tendance.
L’innovation fait exploser le coût par patient
Enfin, l’innovation thérapeutique transforme profondément l’économie du médicament. En 2025, 21 médicaments dépassent un coût annuel moyen de 100 000 euros par patient, contre un seul dix ans plus tôt. Certains traitements franchissent même le seuil inédit du million d’euros par patient et par an.
Cette inflation pose un défi majeur : continuer à financer l’innovation tout en maîtrisant les dépenses publiques. Dans ce cadre, l’Assurance Maladie doit concilier soutenabilité financière et accès universel aux soins.
