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Prime d’activité, allègements de charges : le gouvernement renforce son pari sur le travail pour sortir de l’impasse budgétaire

Par Adèle Blanche |
Prime d’activité, allègements de charges : le gouvernement renforce son pari sur le travail pour sortir de l’impasse budgétaire

Face à une impasse budgétaire persistante et à la menace d’un rejet parlementaire, le gouvernement choisit d’envoyer un signal clair : le travail doit mieux payer. Vendredi soir, depuis Matignon, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé deux décisions structurantes. D’un côté, une revalorisation de la prime d’activité dès 2026. De l’autre, l’abandon du coup de rabot sur les allègements de charges patronales.

Par ce double mouvement, l’exécutif cherche à rallier une majorité politique tout en préservant l’emploi et la compétitivité des entreprises françaises. Le message se veut lisible : soutenir le pouvoir d’achat des travailleurs modestes sans alourdir le coût du travail.

Une hausse ciblée de la prime d’activité

Première mesure phare : la prime d’activité va augmenter pour près de 3 millions de ménages. Les foyers concernés perçoivent des revenus compris entre 1 et 1,4 SMIC. Selon Matignon, la hausse atteindra en moyenne 50 euros par mois.

Ce choix rompt clairement avec la trajectoire initiale du budget, qui prévoyait une « année blanche » pour les prestations sociales. À l’époque, le gouvernement envisageait même un recentrage de la prime sur les revenus les plus bas. Désormais, l’exécutif reconnaît un faux pas. « Réduire la portée de la prime d’activité aurait été une erreur », a admis Sébastien Lecornu.

En année pleine, cette revalorisation représentera un coût estimé à 2 milliards d’euros, sur une enveloppe totale de plus de 9 milliards d’euros dédiée à la prime d’activité en 2026. Un effort financier significatif, assumé comme un levier de soutien à l’emploi.

Rétablir l’incitation au travail

Au-delà du montant, l’enjeu reste politique et économique. Le gouvernement entend renforcer le gain au travail, alors que les débats sur les bas salaires, les prestations sociales et la motivation à reprendre un emploi restent sensibles.

Dans cette logique, l’exécutif remet également sur la table le projet d’allocation sociale unifiée. Ce dispositif vise à rapprocher les règles du RSA, de la prime d’activité et des aides au logement, afin de simplifier les parcours et d’éviter les effets de seuil. Là encore, l’objectif affiché reste constant : rendre le travail plus attractif que l’inactivité.

Les allègements de charges préservés pour protéger l’emploi

Deuxième annonce clé : le maintien intégral des exonérations de cotisations sociales pour les employeurs. Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale prévoyait initialement une réduction de 1,5 milliard d’euros sur ces dispositifs. Le gouvernement y renonce.

Pour Sébastien Lecornu, la logique reste économique : augmenter les charges revient à augmenter le coût du travail, ce qui fragilise directement l’emploi et la compétitivité des entreprises. Cette décision répond clairement aux attentes du camp macroniste et du monde patronal, très mobilisés contre toute remise en cause de ces allègements.

Le Medef salue un choix « favorable à l’emploi et aux salaires », tout en appelant à la vigilance sur les contreparties fiscales. De son côté, la CPME se félicite d’avoir été entendue, tout en s’inquiétant de la dérive des finances publiques.

Un équilibre budgétaire toujours fragile

Reste une question centrale : comment financer ces mesures sans aggraver les déficits ? Le déficit de la Sécurité sociale dépasse déjà les 19 milliards d’euros attendus en 2026. L’État prévoit des compensations, mais leur ampleur devra peut-être évoluer.

En cherchant à concilier justice sociale, compétitivité et stabilité politique, le gouvernement avance sur une ligne étroite. Le soutien au travail devient ainsi un pilier stratégique pour tenter de réconcilier exigences économiques et contraintes budgétaires, dans un contexte politique toujours sous tension.