Le tourisme mondial a signé une année historique en 2025. Selon les dernières estimations publiées par ONU Tourisme, près de 1,52 milliard de voyageurs ont effectué un déplacement à l’international. Un niveau jamais atteint auparavant. Pourtant, derrière ces chiffres spectaculaires, le secteur avance avec prudence à l’approche de 2026, sous l’effet de tensions géopolitiques, de pressions climatiques et d’incertitudes économiques.
Par rapport à 2024, année qui avait déjà marqué le retour aux niveaux d’avant-Covid, les flux touristiques internationaux progressent de 4 %. Une performance d’autant plus notable que l’inflation touche fortement les services touristiques. Comme le souligne Cheikha Al Nowais, secrétaire générale d’ONU Tourisme : « La demande de voyages est restée élevée tout au long de 2025, malgré la forte inflation des services touristiques et l’incertitude liée aux tensions géopolitiques ».
L’Europe toujours locomotive du tourisme mondial
L’Europe conserve son statut de première destination touristique mondiale. En 2025, le continent a enregistré 793 millions d’arrivées internationales, soit une hausse de 4 % sur un an et de 6 % par rapport à 2019. La France reste en tête, avec environ 100 millions de visiteurs, suivie de près par l’Espagne.
Cette dynamique s’accompagne d’une croissance soutenue des recettes. À l’échelle mondiale, celles-ci atteignent 1 900 milliards de dollars, en progression de 5 %. Cheikha Al Nowais évoque même « une croissance extraordinaire », après une année 2024 déjà solide.
Maroc, Brésil : les destinations en forte accélération
Au-delà de l’Europe, plusieurs régions affichent une croissance marquée. L’Afrique progresse de 8 %, tandis que l’Asie-Pacifique gagne 6 %. Le Maroc s’impose comme première destination africaine, avec près de 20 millions de touristes internationaux, en hausse de 14 % sur un an.
De son côté, le Brésil enregistre une progression spectaculaire de 37 %, confirmant l’attractivité retrouvée de certaines destinations long-courriers.
2026 : entre grands événements et risques structurels
Pour l’année à venir, l’ONU Tourisme anticipe une poursuite de la dynamique. « Nous nous attendons à ce que cette tendance positive se poursuive en 2026 », indique Cheikha Al Nowais, citant la stabilité économique mondiale et l’effet d’entraînement des grands événements internationaux, comme les Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina ou la Coupe du monde de football.
Cependant, les fragilités restent nombreuses. « Un secteur aussi étroitement lié à la mobilité internationale est particulièrement vulnérable aux crises sanitaires, géopolitiques ou climatiques », rappelle Rafael Pampillón, professeur à l’IE Business School. Les conflits persistants, les politiques migratoires restrictives et les événements climatiques extrêmes pèsent sur les perspectives.
Aux États-Unis, la fréquentation touristique stagne, pénalisée par une politique de visas peu attractive. En Espagne, les vagues de chaleur et le stress hydrique obligent déjà à repenser calendriers, infrastructures et offre touristique.
Enfin, la croissance du tourisme international génère des tensions locales. La congestion des sites et la flambée des prix du logement alimentent un rejet croissant dans certaines villes. Un signal clair : la performance économique du tourisme devra désormais composer avec des enjeux sociaux et environnementaux majeurs.
