VVF : 68 ans d’engagement pour le droit aux vacances

Par Alexandre Foumangoye |
VVF : 68 ans d’engagement pour le droit aux vacances

En France, les congés payés font partie du paysage social depuis 1936. Mais derrière ce droit inscrit dans l’histoire collective, une réalité plus contrastée persiste. En 2025, près de 5 millions de Français ne partent toujours pas en vacances. Pour les ménages dont les revenus sont inférieurs à 1 600 ou 1 700 euros par mois, seuls 30 % peuvent s’offrir un séjour. Le droit aux vacances existe. Son accès, lui, reste profondément inégal.

C’est précisément sur cette ligne de fracture sociale que s’inscrit l’action de VVF (Villages Vacances Familles), acteur majeur du tourisme social en France.

Un modèle associatif unique en France

Fondée sur deux piliers (l’accessibilité aux vacances pour tous et le soutien à l’égalité des territoires) VVF est aujourd’hui le plus important opérateur associatif de tourisme en France en volume d’activité. L’association accueille plus de 450 000 vacanciers par an, sans bénéficier d’aucune subvention publique directe.

Son modèle repose sur un principe simple mais exigeant : la solidarité interne. Une partie des recettes générées par les séjours finance des aides au départ pour les familles les plus fragiles. En 2024, cela représente environ 5 millions d’euros d’aides, pour un chiffre d’affaires global proche de 95 millions d’euros.

Contrairement aux grands groupes commerciaux, VVF ne rémunère pas d’actionnaires. Son résultat net (environ 1,6 million d’euros) est réinvesti dans l’entretien, la rénovation et la modernisation de ses infrastructures. Chaque année, en moyenne, quatre sites subissent de la rénovation.

L’association est implantée dans plus de 90 destinations, réparties dans 64 départements, majoritairement en territoires ruraux. Près de 60 % de ses implantations se situent hors des zones touchées par le surtourisme. Son rôle dépasse donc l’accueil des vacanciers : VVF participe activement à la vitalité économique locale, représentant jusqu’à 60 % des retombées économiques sur certains territoires.

« On s’est aperçu ces dernières années qu’on était parfois le dernier opérateur touristique ouvert sur certaines destinations. Et le premier employeur », souligne Stéphane Le Bihan, DG de VVF.

Un acteur du droit aux vacances

Pour son président, la question des vacances dépasse largement le simple loisir.

« C’est un droit à part entière. Quand on regarde bien, on a à peu près 5 millions de personnes en France qui ne partent pas en vacances. Il y a une iniquité sur le droit aux vacances. »

Dans un contexte économique tendu, les vacances deviennent souvent la première variable d’ajustement budgétaire des ménages. Même les salariés disposant de congés payés partent moins loin, moins longtemps.

« Quelqu’un qui ne part pas en vacances va déjà se sentir déclassé. C’est quand même un sujet fondamental. »

VVF travaille avec de nombreux partenaires sociaux — CAF, CSE, fédérations d’éducation populaire — pour développer des dispositifs d’aide ciblés : familles monoparentales, familles nombreuses, personnes en recherche d’emploi, personnes en situation de handicap et leurs aidants, via le programme “Évasion Handicap Famille”.

L’association revendique également une spécificité tarifaire : elle ne pratique pas le yield management agressif, ces variations de prix dynamiques selon la demande.

« On ne fait pas varier les prix en fonction de la demande du marché. Ce n’est pas dans notre ADN. »

Tourisme social et impact territorial

L’un des points forts du modèle VVF réside dans son ancrage local. Les villages vacances ne sont pas conçus comme des clubs fermés. Au contraire, ils encouragent la consommation et la découverte des acteurs locaux : artisans, commerçants, guides, producteurs.

Certaines structures disposent volontairement d’une capacité de restauration limitée afin d’inciter les vacanciers à consommer à l’extérieur et découvrir la gastronomie locale.

« Notre modèle est très ouvert sur le territoire », explique Stéphane Le Bihan. « On peut vraiment travailler l’écosystème au sens de l’artisanat et de la consommation locale. »

Aujourd’hui, VVF mène d’ailleurs une étude d’impact approfondie avec l’ESSEC afin de mesurer précisément ses retombées économiques et sociales sur les territoires. Une manière de quantifier ce que l’association observe empiriquement depuis des années : son rôle structurant dans certaines vallées rurales.

Un modèle résilient face aux incertitudes

Interrogé sur les défis à venir (incertitudes économiques, projet de loi de finances 2026, pression inflationniste) le président insiste sur la rigueur de gestion.

« Notre modèle repose sur un pilotage fin entre maîtrise économique et mission sociale. C’est un dosage permanent entre ce que l’on veut faire et ce que l’on est en mesure de faire. »

Cette hybridation, s’adresser à plusieurs typologies de clients tout en poursuivant un objectif social, exige une expertise particulière. Mais elle confère aussi une résilience face aux aléas climatiques et économiques : quand une région souffre d’une baisse de fréquentation, une autre compense.

À horizon 10 ou 15 ans, l’enjeu reste double : poursuivre la rénovation du parc et ouvrir de nouvelles destinations répondant aux évolutions sociétales, notamment sur des territoires qui ont besoin d’une activité touristique longue saison.