Le conflit en Iran a verrouillé le détroit d’Ormuz, par lequel transite 20 % de la production mondiale de pétrole. Selon Fatih Birol, directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), 11 millions de barils par jour ont déjà disparu des marchés, davantage que lors des deux chocs pétroliers des années 70 réunis. Les prix des carburants s’envolent, les chaînes d’approvisionnement se tendent. La question n’est plus de savoir si les entreprises seront touchées, mais à quelle vitesse.
La trésorerie, premier baromètre du choc
Pour les PME et ETI françaises, la trésorerie est toujours le premier indicateur à vaciller. Elle absorbe les chocs bien avant qu’ils n’apparaissent dans les résultats comptables : hausse des coûts d’approvisionnement, allongement des délais de paiement clients, pression sur les marges. Et le terrain est déjà fragilisé. Selon le baromètre Agicap 2025, 27 % des ETI avouent disposer de prévisions de trésorerie peu fiables. Pire : 63 % des directeurs administratifs et financiers français faisaient déjà face à une hausse de leur DSO (le délai moyen d’encaissement) avant même que la crise n’éclate.
Anticiper plutôt que subir : les bons réflexes
Face à une crise qui pourrait s’installer dans la durée, les directions financières n’ont pas le luxe d’attendre. Les experts d’Agicap, plateforme de gestion et projection de trésorerie qui accompagne plus de 8 000 entreprises en Europe et aux États-Unis, identifient plusieurs réflexes prioritaires : accélérer le recouvrement des créances, resserrer le pilotage des dépenses, couvrir le risque de change, et surtout construire dès maintenant des scénarios pessimistes. Simuler l’impact d’une hausse durable du pétrole ou d’un allongement supplémentaire des délais fournisseurs n’est plus un exercice théorique, c’est une nécessité opérationnelle.
La stratégie de placements et la gestion de l’endettement méritent également d’être réévaluées dans ce contexte. Une trésorerie excédentaire mal placée peut perdre de la valeur face à une inflation qui repart. À l’inverse, un endettement à taux variable devient un risque supplémentaire si les banques centrales durcissent à nouveau leur politique monétaire en réponse au choc inflationniste.
Dans ce contexte d’incertitude durable, les PME qui s’en sortiront le mieux ne seront pas forcément celles qui ont les marges les plus confortables, mais celles qui auront su voir venir la vague. Une trésorerie bien pilotée ne se construit pas en période de crise : elle se prépare avant.
