À l’approche de la Journée internationale des droits des femmes, l’Office européen des brevets (OEB) publie une étude sur la place des femmes dans les STIM. Le constat est clair : des progrès existent mais, ils restent trop lents, et les inégalités structurelles demeurent profondes.
La France au-dessus de la moyenne européenne
En Europe, les femmes représentent 13,8 % des inventeurs mentionnés dans les brevets européens sur la période 2018-2022. La France fait mieux, avec un taux de 16,7 %. C’est une légère progression par rapport à la période 2013-2017 (16,4 %).
Nuance importante : cet avantage s’explique en grande partie par la spécialisation technologique française. Les femmes sont davantage présentes dans les sciences de la santé et la biotechnologie que dans l’ingénierie ou l’informatique. Une fois ce facteur pris en compte, l’écart réel avec la moyenne européenne se réduit à +2,16 %.
De fortes disparités selon les territoires
Parmi les 30 principaux pôles d’innovation européens, la France en compte six. Le Val-de-Marne se distingue avec un taux d’inventrices de 25,4 %. C’est l’un des plus élevés d’Europe.
À l’inverse, les Yvelines affichent seulement 12,5 %. En dessous de la moyenne nationale. Le Lot, pôle en forte croissance, ne compte que 4,9 % de femmes inventrices. Même dans les écosystèmes dynamiques, l’égalité n’est pas au rendez-vous.
Les universités françaises en pointe
Plusieurs établissements français se classent parmi les premiers en Europe. En ingénierie, l’Université Grenoble Alpes arrive première sur le continent. Elle affiche 11 % de femmes déposant des brevets pendant leur doctorat, et 10 % après. En sciences de la vie, l’Université de Lyon se classe deuxième en Europe. Paris-Saclay détient le taux le plus élevé pour les dépôts après le doctorat (5 %).
Mais un problème persiste. Plus on avance dans la carrière, plus les femmes disparaissent. L’écart se creuse à chaque étape. C’est le phénomène du « tuyau percé ».
Start-up deep tech : une femme fondatrice sur dix
Dans l’entrepreneuriat technologique, le retard est flagrant. En Europe, seules 13,5 % des start-up déposant des brevets comptent une femme parmi leurs fondateurs. En France, les femmes représentent 10,2 % des fondateurs de start-up brevetées. Une sur sept de ces start-up inclut au moins une femme dans l’équipe.
Paradoxe révélateur : dans les start-up françaises qui ne déposent pas de brevets, les femmes représentent 20,1 % des fondateurs. L’écart avec le secteur deep tech est donc massif.
Autre signal d’alerte : les entreprises cofondées par des femmes peinent à lever des fonds aux stades avancés. Leur représentation diminue au fil des tours de table.
Un potentiel inexploité
L’étude de l’OEB est formelle. Les recherches menées par des femmes présentent un potentiel d’innovation comparable à celles des hommes. La sous-représentation dans les brevets ne s’explique donc pas par un manque de résultats. Elle tient à des freins sociaux, institutionnels et économiques.
Les secteurs les plus féminisés en matière de brevets restent la pharmacie (34,9 %), la biotechnologie (34,2 %) et la chimie alimentaire (32,3 %). En bas du classement : les machines-outils (5,7 %), les éléments mécaniques (4,9 %).
Un signal positif côté professions
Sur un point, la France se distingue vraiment. Les femmes représentent 40,1 % des avocats spécialisés en brevets européens dans le pays. C’est bien au-dessus de la moyenne européenne (29,2 %). Un progrès notable, qui illustre qu’une féminisation est possible quand les conditions s’y prêtent.
