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Amgen : quand le leader mondial de la biotech fait de la France un pilier de l’innovation clinique

Par Morgane Huby |
Amgen : quand le leader mondial de la biotech fait de la France un pilier de l’innovation clinique

Leader mondial des biotechnologies, Amgen s’appuie sur l’innovation scientifique pour développer de nouvelles thérapies dans les maladies graves aux besoins importants – oncologie, maladies cardiovasculaires et inflammatoires, maladies rares – et accélérer l’accès des patients aux traitements de demain. En France, le groupe occupe une place stratégique au sein de l’écosystème de recherche et d’innovation, en conjuguant partenariats académiques, innovation industrielle et recherche clinique. Entretien avec Lyes Salah, président d’Amgen France.

Amgen est un acteur mondial de la biotech. En quoi la France constitue-t-elle aujourd’hui un pilier stratégique dans votre développement international ?

L.S : « Cela fait maintenant plus de 35 ans que nous sommes engagés en France :un ancrage dans la durée qui témoigne de notre contribution à l’écosystème de santé. Au fil des années nous avons démontré notre capacité à nous associer aux institutions, aux équipes de recherche et aux hôpitaux pour transformer l’excellence scientifique française en bénéfices concrets pour les patients. Le très haut niveau de recherche académique et clinique constitue en effet un atout majeur qui fait de la France un pilier stratégique de notre développement à l’international : elle se situe d’ailleurs aux 1ers rangs des pays européens conduisant des essais cliniques pour Amgen ».

En quoi votre implantation en France illustre-t-elle une réussite industrielle et scientifique concrète, au-delà d’une simple présence commerciale ?

L.S : « L’implantation d’Amgen en France couvre toute la chaîne de valeur du progrès thérapeutique, de la recherche à l’accès aux traitements. Les collaborateurs de notre filiale, dont 20% sont dédiés à la R&D, travaillent chaque jour avec une même exigence : générer un impact concret pour l’écosystème de santé et les patients français. Certes nous ne disposons pas de site de fabrication sur le territoire, mais nous contribuons à sa souveraineté sanitaire par d’autres leviers stratégiques : des partenariats publics-privés de référence comme avec l’Institut Gustave Roussy et la Filière  Intelligence  Artificielle et Cancer (FIAC) pour optimiser les stratégies de développement et accélérer l’accès aux soins en oncologie ; des investissements importants – plus de  22 millions d’euros – consacrés chaque année à la recherche clinique ; un soutien actif à l’écosystème d’innovation.

Enfin, la diversité de notre portefeuille de médicaments qui allie innovations de rupture – avec des avancées attendues prochainement dans le cancer du poumon et dans une maladie ophtalmique rare – et biosimilaires contribue à la soutenabilité du système de santé et à l’élargissement de l’accès aux traitements. »

Comment transformez-vous les découvertes scientifiques issues de cet écosystème en solutions thérapeutiques robustes et industrialisées ?

L.S : « Notre approche reste la même depuis toujours : l’innovation doit d’abord partir de la connaissance de la biologie humaine. C’est ce qui fait notre raison d’être pour mieux comprendre les mécanismes qui déclenchent ou soutiennent les maladies. Pionnier des biotechnologies, Amgen développe ensuite des plateformes thérapeutiques avancées en créant des médicaments extrêmement ciblés, comme des protéines recombinantes et des anticorps de nouvelle génération, dont la technologie des anticorps bispecifiques T-cell engager. Cette approche permet de rapprocher les lymphocytes T du système immunitaire des cellules tumorales pour activer une réponse immunitaire ciblée. C’est un exemple très concret qui illustre notre capacité à transformer une découverte scientifique en solution thérapeutique robuste et industrialisée pour les patients ».

Quels sont aujourd’hui les principaux défis pour intégrer des avancées scientifiques émergentes dans un pipeline industriel mondial ?

L.S : « Grâce aux nouvelles technologies et à la R&D, Amgen ambitionne d’ici 2030 de réduire de 2 ans le temps de développement d’un médicament (là où aujourd’hui, il est de l’ordre de 10 à 12 ans). Accélérer est essentiel, mais sans jamais compromettre la rigueur scientifique ni la qualité des données cliniques. Un autre défi consiste à anticiper le dialogue avec les autorités de santé afin d’intégrer très en amont les enjeux d’accès et de parcours de soins dans un cadre réglementaire exigeant. S’y ajoute la compétition mondiale en matière de recherche clinique, qui suppose de maintenir l’attractivité scientifique tout en adaptant le cadre aux nouvelles technologies. Transformer nos innovations en progrès concrets pour les patients suppose ainsi d’articuler génomique, data et intelligence artificielle avec des partenariats renforcés auprès de la communauté médicale et académique, sans oublier le soutien aux start-up françaises de la healthtech ».

Comment conciliez-vous exigence scientifique, impératifs réglementaires et soutenabilité économique dans le déploiement de nouveaux traitements ?

L.S : « La question n’est pas uniquement celle du coût d’un traitement, mais celle de la valeur globale qu’il génère pour le patient, le système de santé et pour le parcours de soins. Le progrès thérapeutique est souvent itératif : il se construit dans le temps, à travers des améliorations successives et un développement sur l’ensemble du cycle de vie du médicament. C’est cette vision globale et de long terme qui permet de concilier exigence scientifique, cadre réglementaire adapté et soutenabilité économique.».

Quelles conditions permettront à la France de consolider son rôle de leader européen dans la valorisation de la recherche en santé ?

L.S : « Un cadre réglementaire et économique plus lisible et plus prévisible fera la différence. La souveraineté sanitaire ne se limite pas à la présence d’usines : elle repose aussi sur la capacité d’un pays à rester attractif pour la recherche clinique et l’innovation biomédicale.  Préserver l’excellence scientifique française suppose des investissements durables et un environnement permettant d’inscrire les décisions dans le long terme. C’est à ces conditions que la France pourra consolider son rôle de leader européen et continuer à attirer durablement les investissements en innovation en santé ».