En janvier 2026, Harmattan AI franchit un cap stratégique majeur. La start-up française spécialisée dans l’intelligence artificielle appliquée à la défense lève 200 millions de dollars en série B, lors d’un tour de table mené par Dassault Aviation. Cette opération propulse sa valorisation à 1,4 milliard de dollars et fait d’Harmattan la première licorne française du “New Defence”.
Une levée de fonds qui dépasse la simple performance financière
Cependant, cette levée ne ressemble pas à un financement classique. Elle marque un acte fort de souveraineté industrielle. En effet, le partenariat industriel de long terme conclu avec Dassault inscrit Harmattan au cœur des futurs systèmes de combat aérien, notamment le Rafale F5 et ses drones de combat collaboratifs. Désormais, la valeur stratégique ne repose plus seulement sur les plateformes, mais sur le logiciel qui structure la décision et la coordination.
Le logiciel, nouveau centre de gravité du combat aérien
Aujourd’hui, le combat aérien change de nature. Le Rafale F5 ne se limite plus à un avion de chasse performant. Il devient le nœud central d’un réseau intelligent, capable de piloter drones, capteurs, systèmes de guerre électronique et armements connectés.
Dans ce contexte, voir plus vite, comprendre plus vite et décider plus vite prime sur la vitesse ou l’altitude. Harmattan développe précisément ces briques critiques : coordination autonome, partage de données en temps réel, résilience en environnement brouillé. Autrement dit, l’IA devient un multiplicateur de supériorité opérationnelle.
Ainsi, Dassault fait un choix stratégique clair. En internalisant une capacité logicielle souveraine, le groupe sécurise sa différenciation technologique et réduit toute dépendance à des solutions étrangères.
Une nouvelle géographie européenne de la défense
Parallèlement, une nouvelle oligarchie militaire européenne émerge. Aux côtés des grands industriels historiques, des start-up issues de l’IA, du logiciel et des drones atteignent désormais des valorisations inédites.
L’Allemagne mène la course avec Helsing ou Quantum Systems. Les Pays-Bas, le Royaume-Uni, le Portugal et l’Ukraine ont également fait émerger des acteurs majeurs. Avec Harmattan, la France rejoint enfin ce cercle stratégique, longtemps dominé par ses voisins européens.
Ce club façonne déjà l’avenir du marché. Face aux tensions géopolitiques, les États recherchent des systèmes autonomes, évolutifs et rapidement déployables, capables de s’adapter aux conflits modernes.
La guerre en Ukraine, révélateur d’un changement de paradigme
La dynamique actuelle ne repose pas sur un simple effet de mode. La guerre en Ukraine a servi de laboratoire grandeur nature. Sur le terrain, des systèmes peu coûteux, pilotés par un logiciel agile, ont neutralisé des équipements lourds et onéreux.
Grâce à l’IA embarquée, notamment pour la navigation autonome en environnement brouillé, certains drones ont vu leur taux de succès passer de 20 % à près de 80 % dans des scénarios complexes. Désormais, la guerre devient numérique, adaptative et logicielle.
Ce basculement favorise des acteurs comme Harmattan, capables d’innover vite, là où les cycles industriels traditionnels restent longs.
Investissements massifs et logique de consolidation
Sans surprise, les investisseurs suivent cette transformation. En 2024, le capital-risque européen dédié à la défense dépasse 5 milliards de dollars, malgré un ralentissement global de la tech. La défense représente désormais un secteur d’investissement stratégique, soutenu par des budgets publics en hausse.
Cependant, cette euphorie cache un risque. Dès 2026, le marché entre dans une phase de consolidation. Les États privilégient des partenaires solides, capables de livrer et de maintenir leurs systèmes sur le long terme. Dans ce contexte, le statut de licorne devient une assurance de crédibilité.
Grâce à Dassault, Harmattan franchit ce seuil critique. La start-up s’impose comme une brique centrale du réarmement technologique français et européen. Avec elle, la France ajoute à son arsenal une capacité décisive : le pilotage intelligent de la supériorité informationnelle.
