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Smartphones : progrès écologique réel ou simple greenwashing technologique ?

Par Sarah Hellec |
Smartphones : progrès écologique réel ou simple greenwashing technologique ?

Chaque année, les fabricants lancent une nouvelle génération de smartphones. Les annonces promettent plus de puissance, plus d’autonomie et toujours plus d’innovations. Pourtant, derrière ces avancées technologiques, une question prend de plus en plus d’importance : quel est l’impact environnemental réel de ces appareils ?

Dans une étude récente, l’entreprise française Greenly analyse les promesses écologiques des principaux fabricants du marché. L’étude compare notamment plusieurs modèles premium : l’iPhone 17 Pro, le Galaxy S25, le Pixel 10 et le Xiaomi 14. L’objectif : mesurer leur empreinte carbone réelle sur l’ensemble de leur cycle de vie.

La fabrication, principal poids carbone

Premier enseignement de l’étude : l’essentiel de l’empreinte carbone d’un smartphone se produit avant même son utilisation.

Selon Greenly, 80 à 85 % des émissions proviennent de la fabrication. Cette phase inclut la production des composants, l’assemblage, le transport et même les premières étapes du recyclage.

Les écarts restent cependant importants entre les fabricants.

  • Le Galaxy S25 affiche les émissions les plus faibles avec 42,73 kgCO₂e lors de la fabrication.
  • Le Xiaomi 14 atteint 47,22 kgCO₂e.
  • L’iPhone 17 Pro monte à 51,2 kgCO₂e.
  • Le Pixel 10 affiche un niveau plus élevé avec 73,8 kgCO₂e.

Ces écarts reflètent notamment les différences dans les chaînes de production et dans l’utilisation de matériaux.

L’usage dépend fortement de l’électricité utilisée

Une fois le smartphone entre les mains de l’utilisateur, l’empreinte carbone diminue fortement. Cependant, elle ne disparaît pas pour autant.

Sur une durée de vie moyenne estimée à trois ans :

  • le Galaxy S25 émet 2,97 kgCO₂e,
  • le Xiaomi 14 atteint 5,78 kgCO₂e,
  • le Pixel 10 grimpe à 8,2 kgCO₂e.

Ces différences proviennent principalement du mix énergétique utilisé pour recharger les appareils. Par exemple, une recharge dans un pays fortement dépendant des énergies fossiles génère beaucoup plus d’émissions que dans un pays comme la France, où l’électricité reste largement décarbonée.

Smartphones : l’impact massif des volumes de vente

Au-delà des performances environnementales individuelles, le volume de smartphones vendus change complètement l’équation climatique.

En 2024 :

  • Apple a expédié 231,8 millions d’unités,
  • Samsung 223,4 millions,
  • Xiaomi 169 millions,
  • Google environ 14 millions.

Même avec une empreinte unitaire maîtrisée, les émissions globales restent considérables. L’impact lié à l’usage des smartphones Apple équivaut par exemple aux émissions annuelles d’environ 559 000 voitures.

L’iPhone Air illustre une évolution des stratégies

Face à ces enjeux, certains fabricants tentent d’améliorer leurs pratiques. L’iPhone Air introduit par Apple illustre cette tendance. Ce modèle utilise davantage de matériaux recyclés, notamment un cadre en aluminium 100 % recyclé. Il intègre aussi davantage d’électricité issue d’énergies renouvelables lors de sa fabrication.

Résultat : son empreinte carbone sur l’ensemble du cycle de vie atteint 55 kgCO₂e, soit environ 15 % de moins que l’iPhone 17 Pro.

Selon Alexis Normand, cofondateur et CEO de Greenly : « Les gains réalisés par l’iPhone Air sont modestes à l’échelle d’un appareil, mais deviennent majeurs lorsqu’ils sont multipliés par des centaines de millions d’unités. »

Les consommateurs restent un levier essentiel

Malgré les progrès industriels, l’étude rappelle une réalité simple : le comportement des utilisateurs influence fortement l’impact environnemental.

Allonger la durée de vie d’un smartphone reste l’action la plus efficace. Les mises à jour logicielles, la réparation ou encore le marché du reconditionné permettent de réduire significativement les émissions liées à la production.

Ainsi, ralentir le rythme de renouvellement pourrait déjà constituer un levier majeur pour concilier innovation technologique et responsabilité environnementale.