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Opposé au Mercosur, les agriculteurs maintiennent leur mobilisation au port du Havre

Par Nathan Guillemant | Publié le 13/01/2026

Depuis trois jours, les Jeunes Agriculteurs inspectent les camions frigorifiques au port du Havre. Leurs découvertes alimentent la colère contre l’accord Mercosur, dont la signature est prévue vendredi.

Des contrôles qui en disent long sur les importations

Des agriculteurs montent la garde au péage d’entrée de Port 2000 depuis samedi dernier. Leur mission : ouvrir les camions réfrigérés et vérifier ce qui transite par le premier port français. Les résultats de leurs inspections matinales du 12 janvier ont de quoi surprendre.

Les manifestants ont découvert de nombreux produits étrangers parmi les poids lourds contrôlés. Soupe néo-zélandaise, farine de blé étranger, champignons chinois, saumon russe. Et surtout des boyaux de moutons chinois, détail qui les révolte particulièrement. Le paradoxe est criant. La France a les capacités de production mais importe massivement des produits similaires.

Une mobilisation stratégique et pacifique

Le rendez-vous du pont de Normandie était un leurre médiatique. C’est au port du Havre que l’action des agriculteurs s’est cristallisée. Le choix du lieu n’est pas anodin. Le Havre est la principale porte maritime française pour les marchandises sud-américaines que l’accord Mercosur facilitera.

Sur place, l’ambiance reste calme et les chauffeurs routiers se montrent compréhensifs. Des agriculteurs des départements voisins sont venus prêter main-forte à leurs homologues de Seine-Maritime. Une solidarité interprofessionnelle qui dépasse les frontières départementales.

Le Mercosur en ligne de mire

Tout ce remue-ménage intervient à un moment crucial. Malgré l’opposition française, Ursula von der Leyen s’apprête à signer l’accord vendredi 17 janvier au Paraguay. La présidente de la Commission européenne finalisera le libre-échange entre l’UE et les quatre pays du Mercosur. Trois jours plus tard, le 20 janvier, le Parlement européen devra se prononcer sur ce traité commercial.

Pour les manifestants du Havre, cet accord incarne la « concurrence déloyale » qu’ils dénoncent quotidiennement. Ils craignent que la libéralisation des échanges n’amplifie le phénomène observable dans les camions qu’ils contrôlent. Des importations massives de produits que la France pourrait produire elle-même, avec des normes parfois moins strictes.

Un mouvement qui pourrait s’étendre

La suite du mouvement sera décidée en fin de journée par les agriculteurs mobilisés. Selon certains, leurs collègues de la Manche pourraient prendre le relais prochainement. L’action locale pourrait se transformer en mouvement régional coordonné.

En contrôlant les flux au Havre, les agriculteurs normands espèrent attirer l’attention de Bruxelles. Ils veulent dénoncer les incohérences du système commercial actuel avant l’entrée en vigueur du Mercosur. Leurs découvertes dans les camions constituent la meilleure illustration des dérives qu’ils redoutent pour l’agriculture française.