Gifi : une situation qui peut s’arranger avec de la volonté

Par Alexandre Foumangoye |
Gifi : une situation qui peut s’arranger avec de la volonté

Le feuilleton Gifi prend un nouveau tournant avec le départ brutal de Christophe Mistou, évincé jeudi après seulement cinq mois à la tête du directoire. Cette valse des dirigeants illustre la gravité de la crise que traverse l’enseigne de bazar, mais ne condamne pas pour autant le groupe à la disparition. Avec de la volonté, une stratégie claire et les bonnes décisions, Gifi peut encore se redresser.

Une crise managériale qui aggrave les difficultés

Christophe Mistou, ancien de Castorama et Mr. Bricolage, avait été nommé le 1er septembre 2025 avec la mission de redresser un groupe ayant essuyé deux années de pertes consécutives. Cinq mois plus tard, il est remplacé par Rémy Lecomte, l’ancien dirigeant par intérim, dans un courriel laconique du conseil de surveillance aux salariés.

Depuis la mise en retrait fin 2024 du fondateur Philippe Ginestet, figure tutélaire qui a bâti l’empire Gifi à partir de 1981, plusieurs dirigeants se sont succédé sans parvenir à inverser la tendance. Cette instabilité à la tête de l’entreprise constitue un handicap majeur : impossible de déployer une stratégie cohérente lorsque la direction change tous les trimestres.

« La santé financière est inquiétante. M. Mistou nous disait dernièrement qu’on avait quatre mois de visibilité devant nous… », témoigne Pierre Laffore, délégué CFDT du groupe. Cette horizon ultra-court révèle une trésorerie sous tension extrême, situation critique pour une enseigne de distribution où le fonds de roulement conditionne la survie.

Des causes identifiées, donc traitables

Les problèmes de Gifi sont parfaitement documentés. Ce qui constitue paradoxalement une bonne nouvelle : on sait ce qu’il faut corriger. Le déclencheur de la crise remonte à 2023 avec un changement de système informatique catastrophique. Cette migration ratée a désorganisé la gestion des stocks, perturbé les approvisionnements et dégradé la relation fournisseurs.

Ces fiascos informatiques ne sont pas une fatalité. D’autres distributeurs ont connu des déboires similaires – Lidl avec SAP, Carrefour avec sa refonte ERP – avant de redresser la barre. La solution passe par un audit technique rigoureux, l’allocation de ressources suffisantes et, si nécessaire, le retour temporaire à l’ancien système le temps de sécuriser la migration.

La concurrence d’Action, Maxibazar ou de la plateforme chinoise Temu constitue le second facteur de fragilisation. Ces acteurs ultra-low-cost cassent les prix sur les mêmes catégories de produits que Gifi : bazar, décoration, articles ménagers. Mais cette concurrence n’est pas insurmontable : elle oblige Gifi à se différencier plutôt qu’à rivaliser frontalement sur les prix.

La nécessité d’une stabilité managériale

Le retour de Rémy Lecomte, qui avait déjà assuré l’intérim, peut constituer un atout s’il bénéficie d’un mandat long et clair. Lecomte connaît intimement l’entreprise, ses forces et ses faiblesses. Il doit obtenir du conseil de surveillance un horizon de trois ans minimum pour déployer une transformation profonde.

Cette stabilité permettra également de rassurer les fournisseurs, inquiets de la situation financière et tentés de durcir leurs conditions de paiement, ce qui aggraverait encore la crise de trésorerie. Un dirigeant installé durablement peut reconstruire la confiance et renégocier des accords équilibrés. L’histoire de la distribution française regorge d’enseignes données pour mortes qui ont réussi leur come-back. Conforama, au bord du gouffre en 2020, a restructuré son réseau, repositionné son offre et retrouve progressivement l’équilibre.

Ces exemples prouvent qu’aucune situation n’est irréversible dans la distribution, à condition de prendre rapidement les bonnes décisions et de bénéficier du soutien financier nécessaire le temps du redressement. Gifi dispose encore d’actifs valorisables : une marque connue, un réseau dense, des millions de clients fidèles.