Dans un environnement marqué par l’inflation, la hausse des coûts de financement et des cycles économiques plus courts, la capacité à anticiper pour éviter la faillite devient un enjeu clé pour les dirigeants. Explications avec Maître Smaranda Rugina, associée du cabinet Legeais Rugina.
Quels signaux faibles sont encore sous-estimés ?
S.R : « Une entreprise s’effondre rarement d’un coup. Les premiers signaux sont souvent relationnels : fournisseurs, banques, partenaires. Pris isolément, ces signaux passent inaperçus, mais finissent par impacter les chiffres. »
Les erreurs fréquentes des dirigeants ?
S.R : « L’isolement et le déni. De nombreux dirigeant ignorent les red flags, ils pensent pouvoir résoudre seuls leurs difficultés, alors qu’il faut au contraire s’entourer pour trouver les solutions »
Quand se faire accompagner ?
S.R : « Idéalement en continu. L’avocat devient ainsi un partenaire stratégique au quotidien en amont des difficultés mais également une fois celles-ci résolues. »
Pourquoi les dispositifs de prévention restent-ils sous-utilisés ?
S.R : « Ils sont mal compris ou parfois mal perçus. Pourtant, il existe dans notre droit un arsenal juridique efficace notamment avant état de cessation des paiements. Ces outils (mandat ad hoc, conciliation…) sont confidentiels et permettent d’ouvrir un dialogue avec les créanciers avant qu’il ne soit trop tard. »
D’où vient ce frein ?
S.R : « D’une culture de l’urgence (traitement curatif) et d’une peur de l’échec. En France, elle reste forte, même si la culture du rebond progresse sur la base du modèle anglo-saxon « fail, learn, restart ».
Quelles leçons tirer des défaillances récentes Ziegler France ?
S.R : « Aucune entreprise n’est à l’abri, pas même un géant du transport et de la logistique avec plus de 1.500 salariés en France. Il faut rester lucide, anticiper et s’adapter en permanence. Les structures solides peuvent péricliter si les signaux ne sont pas appréhendés à temps. »
Sommes-nous à l’heure de la fragilisation ou transformation ?
S.R : « La transformation. Les entreprises doivent réadapter parfois réinventer leur business-modèle pour rester compétitives dans un environnement mouvant comme l’ont fait certains acteurs du textile pendant le COVID en se lançant dans la vente en ligne. »
Les bonnes pratiques ?
S.R : « Anticiper, être lucide et prévoir plusieurs coups d’avance. Communiquer avec le cœur opérationnel de l’entreprise, ses salariés et entre membres fondateurs pour ensemble faire les bonnes projections. Il faut savoir s’entourer de personnes de fiables et compétentes ».
Un mot sur votre cabinet ?
SR : Mon associé, D. Legeais et moi-même sommes les fondateurs d’un cabinet d’une dizaine de membres, tout personnel confondu. Nous sommes tous deux partagés entre la profession d’avocat et le monde académique. Notre complémentarité d’expertises droit bancaire et restructuring est mise à profit de nos clients avec une approche humaine et une grande disponibilité à la fois pour nos clients mais également pour nos collaborateurs avec lesquelles nous interagissons au quotidien ».
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