Les nouvelles générations rejettent-elles vraiment l’entreprise ? Pas si sûr. Une étude menée par l’EDHEC NewGen Talent Centre et Forvis Mazars montre au contraire que les jeunes diplômés gardent une vision plutôt positive du monde du travail. En revanche, leurs attentes évoluent fortement, notamment sur le management, l’organisation du travail et l’équilibre de vie.
L’enquête, réalisée auprès de plusieurs milliers de jeunes diplômés, montre surtout qu’une nouvelle relation au travail est en train de s’installer.
Une image plus positive de l’entreprise qu’attendu
Contrairement à certaines idées reçues, les jeunes diplômés ne tournent pas le dos à l’entreprise.
Selon l’étude, 80 % des sondés considèrent l’entreprise comme un environnement collaboratif et innovant. 76 % la jugent même captivante.
Les jeunes générations continuent donc de voir l’entreprise comme un lieu d’apprentissage, de progression et d’épanouissement personnel.
Mais cette vision positive cohabite avec plusieurs critiques récurrentes.
Les personnes interrogées considèrent encore l’entreprise comme un environnement stressant pour 76 % d’entre elles. 71 % la jugent compliquée et 69 % continuent d’associer le monde du travail à une organisation trop verticale.
Pour beaucoup de jeunes diplômés, le problème ne vient donc pas du travail lui-même, mais davantage du fonctionnement interne des entreprises.
Les jeunes veulent des managers plus humains
L’étude montre également une transformation profonde du rapport au management.
Les jeunes diplômés accordent désormais davantage d’importance à la compétence et à l’accompagnement qu’à l’autorité hiérarchique classique.
Ils attendent des managers capables de les aider à progresser plutôt que de simplement contrôler leur travail.
Chez Forvis Mazars, cette évolution pousse déjà certaines entreprises à revoir leur organisation managériale. La DRH Alexia Vigneau évoque notamment la mise en place de “managers facilitateurs”, davantage centrés sur le développement des collaborateurs.
Cette évolution s’accompagne aussi d’une forte demande de flexibilité.
85 % des jeunes diplômés souhaitent des horaires de travail flexibles, contre 76 % en 2023. Presque un sur deux aimerait également choisir librement son lieu de travail au quotidien.
Le modèle du bureau fixe et du management très vertical semble donc perdre progressivement du terrain auprès des nouvelles générations.
Le CDI n’est plus le principal objectif
Autre enseignement important : le CDI ne représente plus forcément le modèle idéal pour les jeunes diplômés.
Seulement 59 % des personnes interrogées souhaitent décrocher un CDI à la fin de leurs études.
L’étude montre aussi que les jeunes générations considèrent leur premier emploi comme une étape temporaire. La durée idéale moyenne d’un premier poste atteint seulement 17 mois.
Pour beaucoup, ce premier travail sert surtout à développer des compétences, construire un réseau ou découvrir un secteur avant d’évoluer vers autre chose.
Les profils varient également selon les formations.
Les ingénieurs privilégient davantage l’apprentissage technique et les compétences. Les diplômés d’école de commerce voient plutôt leur premier emploi comme un accélérateur de carrière. Quant aux profils universitaires, ils abordent souvent cette période comme une phase d’exploration plus courte.
Une carrière liée au projet de vie
L’étude insiste enfin sur un changement plus profond : les jeunes diplômés ne séparent plus totalement leur carrière de leur vie personnelle.
Aujourd’hui, beaucoup recherchent à la fois un bon niveau de revenu, un développement personnel et une utilité sociale dans leur travail.
Pour eux, la carrière ne représente plus uniquement une progression hiérarchique ou financière. Elle doit aussi participer à leur équilibre global.
« Les jeunes diplômés ne tournent pas le dos à l’entreprise : ils lui demandent davantage », explique Manuelle Malot, directrice de l’EDHEC NewGen Talent Centre.
Même constat du côté de Forvis Mazars, qui estime que les entreprises devront désormais construire leurs organisations davantage autour des compétences et des aspirations individuelles plutôt qu’autour des modèles hiérarchiques traditionnels.
Entre flexibilité, quête de sens et nouvelles attentes managériales, les jeunes générations ne rejettent donc pas le travail. Elles veulent surtout redéfinir la manière de travailler.
