Le chiffre d’affaires de Canal+ change de dimension avec MultiChoice. Dans son point d’activité publié le 22 octobre, le groupe présente des revenus consolidés non audités de 6,412 milliards d’euros à fin septembre. La comparaison avec les 4,664 milliards de 2025, retraités, fait ressortir une hausse de 37,5 %.
Cependant, cette évolution ne décrit pas une accélération équivalente des ventes. MultiChoice ne contribuait que partiellement aux comptes de la période précédente. En réintégrant neuf mois d’activité de cette filiale dans la référence 2025, les revenus combinés atteignent 6,348 milliards d’euros. La progression de 2026 ressort alors à 1 %, puis à −0,3 % une fois neutralisés les effets de périmètre et de change.
Chiffre d’affaires de Canal+ : trois comparaisons à distinguer
Les trois taux répondent à des questions différentes. Le premier mesure l’augmentation de la taille comptable du groupe. Le deuxième compare les revenus avec une base 2025 intégrant MultiChoice. Le troisième cherche à isoler l’évolution de l’activité, indépendamment des acquisitions et des monnaies.
| Base de comparaison sur neuf mois | Référence 2025 | Revenus 2026 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Comptes retraités, contribution partielle de MultiChoice en 2025 | 4,664 Md€ | 6,412 Md€ | +37,5 % |
| Base combinée intégrant neuf mois de MultiChoice | 6,348 Md€ | 6,412 Md€ | +1,0 % |
| Base combinée, à périmètre et change constants | Comparaison neutralisant ces effets | — | −0,3 % |
Source : Canal+, données non auditées. Le groupe présente les chiffres combinés de 2025 à titre illustratif.
À lire aussi
La présentation financière accompagnant les résultats détaille ce passage entre les deux périmètres. Pour apprécier une acquisition, l’augmentation des revenus consolidés doit ainsi être rapprochée de la capacité des activités réunies à conserver leurs clients et à générer de la trésorerie.
Sur le seul troisième trimestre, les revenus du groupe atteignent 2,125 milliards d’euros. Ils augmentent de 1,9 % sur la base combinée retraitée, mais baissent de 1 % à périmètre et taux de change constants. Le trimestre ne marque donc pas encore un retour à la croissance sur cette dernière base.
MultiChoice freine encore, malgré un recul moins prononcé
MultiChoice réalise 1,805 milliard d’euros de revenus sur neuf mois. Sur une base comparable, sa progression de 0,4 % bénéficie d’un effet de change favorable. À périmètre et monnaies constants, l’activité diminue de 3 %. Canal+ attribue ce repli aux revenus d’abonnements en Afrique du Sud, partiellement compensés par la croissance dans la plupart des autres pays anglophones.
Le recul s’atténue au troisième trimestre : il atteint 2 %, contre 3,4 % au premier semestre. Le groupe précise toutefois qu’une comparaison plus favorable, liée au calendrier sportif, contribue à cette amélioration. Une baisse moins forte ne suffit donc pas à établir que le redressement commercial est achevé.
En septembre, Canal+ a déployé en Afrique du Sud une offre simplifiée et enrichie, à prix inchangé. Une offre similaire doit suivre dans les pays anglophones et lusophones. Le choix vise à renforcer l’intérêt de l’abonnement sans relever immédiatement son prix. Son efficacité devra se lire dans les revenus et la fidélité des clients.
Les autres activités africaines et asiatiques progressent davantage. Hors MultiChoice, leurs revenus augmentent de 10,2 % à périmètre et change constants. Avec la filiale, la croissance du segment se limite à 0,7 % sur cette même base.
Showmax est sorti du périmètre présenté
L’arrêt de Showmax constitue un autre élément important pour lire les résultats. Canal+ confirme que le service a cessé en Afrique à la fin d’avril 2026. Il le traite comme une activité abandonnée et l’exclut des indicateurs financiers présentés, y compris dans la comparaison avec 2025.
Cette précision évite d’interpréter l’évolution publiée comme celle d’un portefeuille inchangé de services. Le groupe a intégré MultiChoice tout en réorganisant ses activités. Le chiffre d’affaires de Canal+ présenté aujourd’hui ne mesure donc pas la trajectoire de l’ensemble des plateformes qui existaient avant cette réorganisation.
L’enjeu commercial rejoint celui de l’économie de l’abonnement : attirer un client ne suffit pas à assurer un revenu durable. Il faut maintenir son intérêt pour le service, tout en maîtrisant les dépenses nécessaires aux contenus et à leur distribution.
L’Europe recule, Studiocanal soutient la production
En Europe, les revenus diminuent de 1,4 %, à 3,363 milliards d’euros, et de 1,5 % à périmètre et change constants. Canal+ cite notamment l’arrêt de C8, la fin de la distribution de DAZN en France et une cession d’abonnés satellite en Hongrie.
En France métropolitaine, hors ces effets, le groupe décrit une activité globalement stable. La croissance de la télévision payante distribuée directement aux consommateurs compense une moindre contribution des partenaires distributeurs et la faiblesse du marché publicitaire.
Le lancement français de SPORT+, l’offre gratuite destinée à attirer des abonnés, intervient en octobre. Il ne contribue donc pas aux revenus arrêtés au 30 septembre. Son apport devra être apprécié lors des publications suivantes.
Le segment Production de contenus, Distribution et Autres progresse, lui, de 9,3 %, à 530 millions d’euros, et de 5,4 % à périmètre et change constants. Canal+ met en avant le box-office et les ventes internationales de Studiocanal. L’acquisition de Lucky Red, en février, contribue aussi à l’augmentation publiée. Dailymotion subit en revanche le recul des recettes publicitaires au troisième trimestre.
Les objectifs de trésorerie restent à concrétiser
Canal+ confirme pour 2026 un résultat opérationnel ajusté de 735 millions d’euros. Il vise aussi un flux de trésorerie disponible supérieur à 250 millions d’euros, avant règlement du litige relatif à la TVA et frais de restructuration. Ces montants restent des objectifs annuels.
Le groupe maintient également sa cible de synergies pour 2026 : 250 millions d’euros en résultat opérationnel ajusté et 220 millions en trésorerie disponible. Ces gains attendus de l’intégration ne doivent pas être ajoutés aux prévisions comme des revenus supplémentaires.
Enfin, Canal+ conteste la proposition de suppression du taux réduit de TVA applicable à ses activités en France. Si elle était adoptée, il annonce vouloir relever les prix des abonnements et réduire ses coûts. À ce stade, ces décisions restent conditionnelles. Les résultats annuels, prévus le 4 mars 2027, permettront de confronter le chiffre d’affaires de Canal+ aux marges et à la trésorerie effectivement dégagées par le nouvel ensemble.
À lire également sur Business Times
- Économie & FinancesTaux d’emprunt de la France : les 5 % menacent le crédit
- Économie & FinancesAssurance chômage : 600 millions de déficit en 2027 sous condition
- Économie & FinancesActions sans droit de vote : Meta finance son pari sur l’IA
- Économie & FinancesPLFSS 2027 : les mesures à surveiller pour les entreprises
