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Charge de la dette : plus de 100 milliards prévus en 2028

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La charge de la dette publique atteindrait 103,7 milliards d’euros en 2028, selon les projections du projet de budget 2027. Ce montant couvre l’ensemble des administrations publiques. Il annonce une contrainte croissante sur les finances publiques, sans démontrer une incapacité de l’État à payer ses dépenses.

Charge de la dette : plus de 100 milliards prévus en 2028

La charge de la dette franchirait le seuil de 100 milliards d’euros dès 2028. Le rapport général de l’Assemblée nationale sur le projet de loi de finances pour 2027 détaille cette trajectoire. Pour les entreprises, elle compte autant par les arbitrages budgétaires qu’elle peut provoquer que par le montant affiché.

Il faut toutefois distinguer le coût des intérêts, le remboursement du capital et les besoins de financement. Ces indicateurs répondent à des questions différentes.

Une charge de la dette prévue à 125,8 milliards en 2030

Le rapport de la commission des finances de l’Assemblée nationale présente les projections suivantes, en comptabilité nationale.

AnnéeIntérêts des administrations publiques prévus
202679,2 milliards d’euros
202791,2 milliards d’euros
2028103,7 milliards d’euros
2029114,8 milliards d’euros
2030125,8 milliards d’euros

Entre 2026 et 2030, la hausse atteindrait ainsi 46,6 milliards d’euros, soit près de 59 %. Ces chiffres restent des prévisions : ils ne décrivent pas des dépenses déjà constatées.

Par ailleurs, le périmètre comprend l’État, les administrations locales et celles de sécurité sociale. Le seuil de 2028 ne concerne donc pas le seul budget de l’État.

Pourquoi les chiffres de l’État sont différents

L’Agence France Trésor prévoit une charge budgétaire de 72,9 milliards d’euros en 2027, contre 62,6 milliards en 2026. Cette présentation concerne l’État et inclut la charge de la dette reprise de SNCF Réseau.

Comparer directement ces montants aux 91,2 milliards prévus pour toutes les administrations en 2027 serait trompeur. Le champ institutionnel et les conventions comptables diffèrent.

Autre distinction : les intérêts rémunèrent le financement obtenu. Le remboursement d’un emprunt arrivé à échéance porte, lui, sur le capital. Les deux obligations peuvent nécessiter des ressources au cours de la même année.

Ainsi, une forte émission de titres ne correspond pas intégralement à une dette nouvelle. Une partie remplace des emprunts anciens. Le solde dépend aussi du déficit et des autres mouvements de trésorerie.

Le refinancement transmet progressivement la hausse des taux

Deux mécanismes alimentent la facture : le volume de dette à financer et le prix des nouveaux emprunts. L’inflation intervient également pour les titres qui lui sont indexés.

Cependant, une remontée du taux à dix ans ne renchérit pas immédiatement toutes les obligations déjà émises. Les titres à taux fixe conservent leurs conditions. L’effet se diffuse notamment au fil des nouvelles émissions et du remplacement des titres arrivant à échéance.

Le document budgétaire du programme 117 retient un taux à dix ans de 4,2 % fin 2026. Il prévoit ensuite 4,3 % fin 2027, puis une stabilisation.

Ces hypothèses conditionnent la projection. Si les conditions de financement restent durablement plus coûteuses, la charge pourrait dépasser le scénario retenu. À l’inverse, une détente des taux pourrait en atténuer la progression.

Des besoins de financement qui dépassent les seuls intérêts

Pour 2027, l’AFT annonce un besoin prévisionnel de financement de 339,7 milliards d’euros. Elle prévoit notamment 340 milliards d’émissions à moyen et long terme, nettes des rachats.

Le programme vise à couvrir les échéances et les autres besoins de l’État. Il ne signifie donc pas que celui-ci ajouterait 340 milliards à son endettement net dans l’année.

L’augmentation de la charge d’intérêts ne suffit pas davantage à établir que les « caisses sont vides ». La question porte sur les ressources mobilisables et le coût auquel l’État peut continuer à se financer.

En revanche, les intérêts mobilisent des recettes qui ne peuvent pas financer simultanément une autre dépense. À recettes inchangées, leur progression augmente donc la pression sur les autres postes ou sur le déficit.

Pour les entreprises, surveiller les crédits et les contrats

La transmission aux entreprises dépendra des décisions budgétaires. Une hausse des intérêts ne déclenche pas automatiquement une hausse d’impôt ni une réduction uniforme des aides.

Toutefois, elle peut peser sur les arbitrages concernant les investissements ou les commandes publiques. Un fournisseur doit donc suivre les crédits de ses clients et le calendrier de leurs projets. Notre article sur l’effort budgétaire prévu pour 2027 et les entreprises présente les orientations initiales de ce débat.

Le financement privé constitue un autre point de vigilance. Une variation du taux souverain ne devient pas mécaniquement celle d’un crédit professionnel. La durée et le risque de l’emprunteur comptent aussi.

À titre d’illustration, un point de taux supplémentaire représente 10 000 euros d’intérêts annuels sur un capital constant d’un million d’euros. Ce calcul suppose un taux appliqué sur une année entière, sans amortissement du capital ni frais.

L’exposition dépend donc des contrats et des échéances de refinancement. Elle prolonge les mécanismes expliqués dans notre article sur la dette française et le coût du financement des entreprises.

Pour apprécier les prochains arbitrages, deux éléments seront décisifs : les hypothèses financières actualisées et les crédits effectivement retenus. Le seuil de 100 milliards donne l’échelle de la contrainte ; il ne permet pas, seul, de déterminer quels projets en supporteront les effets.