Le contre-budget LFI présenté le 14 octobre 2026 repose sur une équation ambitieuse : 106,4 milliards d’euros de recettes supplémentaires pour 81,7 milliards de dépenses nouvelles. Jean-Luc Mélenchon et Éric Coquerel défendent une relance par la demande. Le projet concerne une éventuelle arrivée au pouvoir en 2027 ; ses mesures ne sont pas applicables aujourd’hui.
La difficulté tient à la solidité du financement. Un montant inscrit dans un programme ne devient une recette publique qu’une fois effectivement encaissé. Pour apprécier la viabilité de l’ensemble, il faut donc évaluer les réactions des contribuables, le calendrier des mesures et leurs effets sur l’activité.
Contre-budget LFI : une marge de 24,7 milliards vulnérable aux écarts
La soustraction est exacte : 106,4 milliards de recettes moins 81,7 milliards de dépenses donnent 24,7 milliards d’amélioration du solde. Mais elle ne valide aucune des hypothèses qui produisent ces montants.
Un calcul de sensibilité permet de mesurer cette fragilité. Supposons, à titre illustratif, que les recettes supplémentaires soient inférieures de 10 % à l’annonce, sans changement des dépenses. L’amélioration tomberait à 14,06 milliards. Avec un écart de 20 %, elle ne serait plus que de 3,42 milliards.
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Un manque à gagner d’environ 23,2 % sur les recettes supplémentaires absorberait ainsi toute l’amélioration annoncée. Ces scénarios ne prédisent pas le rendement des impôts proposés. Ils montrent que la promesse dépend fortement de leur réalisation.
Autre distinction : une réduction du déficit n’est pas une diminution équivalente de la dette. Si les comptes restent déficitaires, ils continuent de créer un besoin de financement. Présenter les 25 milliards comme une baisse automatique de l’encours serait donc trompeur.
Les économistes contestent le rendement attendu
Dans la dépêche AFP consacrée au programme, Charlotte de Montpellier, économiste chez ING, relève le manque d’hypothèses macroéconomiques détaillées. Mathieu Plane, à l’OFCE, insiste sur la mobilité fiscale des acteurs visés. Alain Trannoy, directeur d’études à l’EHESS, souligne également la réaction possible des contribuables.
Leur objection porte sur le passage d’un rendement théorique à une recette effective. Une hausse de taux peut modifier les décisions de distribution de dividendes, d’investissement ou de localisation. Inversement, une activité plus dynamique peut élargir certaines bases fiscales. L’évaluation doit intégrer ces deux mouvements et préciser leur ampleur.
Ces critiques ne prouvent pas une impossibilité absolue. Elles établissent en revanche que les montants annoncés ne suffisent pas à démontrer la viabilité du financement. Sans trajectoire détaillée, impossible de vérifier si les recettes arriveraient au même rythme que les dépenses.
Recherche et transmission : des effets concrets à chiffrer
Le projet envisage notamment de revoir le crédit d’impôt recherche et le pacte Dutreil. Il prévoit aussi la suppression de la flat tax. Ces leviers touchent des décisions différentes : financer un projet, transmettre des titres ou percevoir un revenu du capital.
Pour la recherche, le mécanisme est direct. À dépenses identiques, réduire une aide augmente la somme à financer par l’entreprise ou ses investisseurs. Cela peut conduire à chercher du capital, réduire un autre budget ou reporter un projet. L’effet dépend cependant des entreprises concernées et des éventuels dispositifs de remplacement.
La transmission pose un autre problème : une entreprise peut avoir une valeur élevée sans que ses actionnaires disposent d’autant de liquidités. Le dispositif Dutreil, présenté par les Notaires de France, prévoit sous conditions une exonération de 75 % de la valeur éligible pour le calcul des droits de donation ou de succession.
Pour illustrer son mécanisme, une valeur entièrement éligible d’un million d’euros laisse une base de 250 000 euros avant les autres règles de calcul. Une réduction de l’exonération augmenterait cette base. Elle ne permettrait toutefois pas de calculer les droits sans connaître le barème, les abattements et la situation familiale.
Si la charge finale augmentait, les bénéficiaires pourraient devoir mobiliser davantage d’épargne ou emprunter. Une distribution destinée à financer cette charge pourrait aussi réduire les fonds conservés dans l’entreprise. Ce risque mérite une évaluation spécifique ; il ne permet pas d’annoncer la disparition inévitable des entreprises familiales.
Une ligne fiscale ancienne, mais pas une hostilité uniforme
Ces orientations s’inscrivent dans une continuité. Dans ses propositions publiées le 28 mars 2024, LFI demandait déjà le rétablissement de la CVAE, la suppression du crédit d’impôt recherche pour les plus grandes entreprises et une taxation des superprofits.
On peut donc documenter une volonté récurrente de renforcer certains prélèvements et de réduire des avantages accordés aux entreprises. En revanche, dire que toutes les propositions de LFI ont toujours été dirigées contre elles ne résiste pas à la lecture de ses textes.
En janvier 2021, le mouvement défendait aussi un financement public à taux zéro pour les factures des PME et un accompagnement gratuit des petites entreprises. L’existence de ces propositions ne démontre pas leur efficacité. Elle oblige toutefois à examiner leur financement et leur portée, plutôt qu’à les effacer du bilan.
Une relance attendue ne garantit pas la trésorerie de chaque entreprise
Le point à examiner est celui du calendrier. Si une entreprise supporte une charge supplémentaire avant de bénéficier de commandes nouvelles, elle doit financer ce décalage. Une amélioration globale de la consommation ne garantit d’ailleurs aucune hausse des ventes pour chaque activité.
Les achats peuvent porter sur des importations ou bénéficier à d’autres secteurs. Les sociétés exportatrices et les fournisseurs industriels ne dépendent pas toutes de la consommation des ménages français. Une évaluation crédible doit donc distinguer les secteurs, les tailles d’entreprise et les marges disponibles.
Le raisonnement vaut aussi pour les finances publiques : notre analyse du rendement net d’un gel des pensions rappelle qu’une mesure peut modifier plusieurs recettes et dépenses simultanément. Quant au coût du financement des entreprises, il ne se déduit pas d’une simple promesse de réduction du déficit.
À ce stade, le contre-budget LFI laisse sans réponse chiffrée une question centrale : quelles entreprises supporteraient un coût supplémentaire, à quelle date, et quels gains pourraient réellement le compenser ? Tant que ces éléments manquent, la viabilité du projet pour les entreprises concernées reste à démontrer.
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