Les tracteurs de la FNSEA ont quitté Paris ce mercredi matin après avoir obtenu des engagements du gouvernement. Sébastien Lecornu a annoncé la préparation d’une loi d’urgence agricole. Le Salon de l’agriculture fin février accueillera la présentation du texte. Le Parlement l’examinera avant l’été.
Une mobilisation massive devant l’Assemblée nationale
Dès l’aube mardi 13 janvier, 350 tracteurs de la FNSEA se sont positionnés devant l’Assemblée nationale et le long du quai d’Orsay. Les fédérations du Grand Bassin parisien, associées aux Jeunes Agriculteurs, ont mené cette mobilisation. Les céréaliers et producteurs de grande culture constituaient le gros des troupes.
La FNSEA a formulé dès le début sa demande d’audience à Matignon. Le syndicat menaçait de ne pas quitter les lieux sans obtenir satisfaction. En milieu de matinée, Damien Greffin, vice-président de la FNSEA, annonçait que le premier ministre recevrait une délégation.
Des revendications centrées sur des dossiers nationaux
Les agriculteurs réclamaient la publication des décrets d’application de la loi Duplomb. Cette loi vise à assouplir les règles pour faciliter la construction d’ouvrages de stockage d’eau et de bâtiments d’élevage industriel. Les manifestants demandaient également une dérogation à la directive nitrates qui encadre l’épandage des engrais dans les champs. La défiscalisation de l’épargne pour aléas économiques figurait aussi parmi les exigences.
Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, a rencontré Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale, ainsi que des députés. Il a insisté sur la nécessité d’une loi d’urgence. Lors de la présentation de ses vœux à la presse le 8 janvier, il avait suggéré qu’elle prenne la forme d’une loi d’exception ou spéciale. Le texte devait aborder les questions de prédation du loup, d’accès à l’eau et de produits phytosanitaires.
Les engagements du gouvernement
En fin d’après-midi, Sébastien Lecornu a répondu aux attentes de la FNSEA sur les réseaux sociaux. Le premier ministre a demandé à Annie Genevard, ministre de l’agriculture, de préparer une loi d’urgence agricole pour le Salon de l’agriculture. Le texte s’articulera autour de trois priorités : l’eau, la prédation et les moyens de production.
Le conseil des ministres inscrira le projet de loi à son ordre du jour en mars. Le Parlement pourrait l’examiner avant l’été.
En attendant ce texte, le gouvernement instaure un moratoire sur toutes les décisions relatives à la politique de l’eau. Sébastien Lecornu s’engage à débloquer un maximum de projets hydrauliques agricoles sur le territoire. Concernant la directive nitrates, le premier ministre accepte d’en discuter avec la Commission européenne pour faire évoluer le cadre. Les préfets pourront user de dérogations d’ici au Salon de l’agriculture.
Le chef du gouvernement a rappelé le plan de 300 millions d’euros qu’a annoncé la ministre le 9 janvier. Un allégement fiscal pour l’épargne de précaution renforcera ce dispositif destiné à faire face aux chocs économiques. Le gouvernement a déposé mardi soir le plan fiscal et budgétaire par amendement. Le Parlement doit le voter mais son entrée en vigueur dépendra de l’adoption d’un budget.
Un départ négocié après minuit
Les adhérents présents sur place ont accueilli froidement ces annonces. Ils regrettaient que Sébastien Lecornu communique sur les réseaux sociaux. Ils demandaient des mesures plus concrètes de trésorerie et la publication immédiate des décrets d’application de la loi Duplomb. La plupart se disaient déterminés à poursuivre la mobilisation.
Vers minuit, Annie Genevard a reçu une délégation. La ministre a donné des précisions et des engagements sur les prêts de trésorerie et de restructuration pour les agriculteurs les plus endettés. Les agriculteurs ont finalement décidé de remonter dans leurs tracteurs pour quitter la capitale mercredi avant le lever du jour.
