L’océan, angle mort des stratégies d’entreprise

Par Warner Altarac |
L’océan, angle mort des stratégies d’entreprise

À l’approche de la journée mondiale de l’eau (22 mars) et de Change Now (30 mars au 1er avril), et dans une dynamique internationale de structuration des politiques de protection de l’océan. Notamment avec la mise en vigueur du Traité sur la protection de la haute mer (BBNJ) en 2026 imposant pour la première fois un cadre juridique contraignant, les impacts et dépendances des entreprises à l’océan doivent être mieux compris.

UTOPIES publie « L’océan, angle mort des stratégies d’entreprise » en partenariat avec Crédit Mutuel Arkéa, Mauritius Commercial Bank (MCB) et Seafoodia/Pure Ocean, une analyse inédite des liens entre l’économie française et l’océan.

Une dépendance économique massive et méconnue

L’étude révèle des chiffres spectaculaires : près de 40 % des emplois en France (DOM inclus) dépendent de l’océan, dont 14 % de manière directe et 26 % indirecte. Parmi les emplois directement dépendants, environ 3,9 millions sont concernés. Avec une prédominance du secteur commerce-négoce (transport maritime, tourisme, énergies offshore, pêche, agroalimentaire).

La dépendance indirecte représente près de 7 millions d’emplois, soit presque deux fois plus que la dépendance directe. En amont, 3,4 millions d’emplois concernent les entreprises qui travaillent avec des acteurs directement liés à la mer : maintenance portuaire, logistique, commerce de gros, services industriels, ingénierie, conseil, R&D ou approvisionnement. En aval, 3,5 millions d’emplois concernent les entreprises qui utilisent, transforment ou intègrent dans leurs propres activités des produits, services ou effets issus d’activités directement dépendantes de l’océan.

Une déconnexion géographique préoccupante

Le Grand Paris compte ainsi 350 000 emplois directement liés à l’océan et 880 000 indirectement dépendants. De même, 55 % des impacts proviennent de territoires sans littoral, révélant une déconnexion entre les zones affectées et les lieux où se concentrent les activités responsables.

L’Île-de-France concentre près de 15 % des impacts sur l’océan, illustrant la portée systémique des modèles économiques urbains et intérieurs sur les écosystèmes marins. Les industries agroalimentaires et le secteur de l’hôtellerie-restauration représentent à eux seuls 56 % des impacts (respectivement 38 % et 18 %).

L’efficience bleue : réinventer le lien à l’océan

Au-delà de la réduction des impacts, l’étude identifie un potentiel de transformation économique. Face à la pression croissante exercée sur les ressources terrestres et fossiles et à la nécessité de repenser les modèles de production, UTOPIES propose le concept d’efficience bleue.

Cette approche vise à substituer des intrants fossiles ou terrestres par des ressources marines locales — algues, coquilles, enzymes, saumures, coproduits halieutiques, eau de mer ou CO₂ côtier récupéré — sans exercer de pression supplémentaire sur les écosystèmes marins.