La question revient régulièrement dans l’actualité, et chaque fois, elle divise : faut-il rouvrir les maisons closes, près de 80 ans après leur interdiction par la loi Marthe Richard ? Entre fantasmes, enjeux de santé publique et considérations morales, le débat cristallise toutes les tensions.
Derrière cette proposition, les défenseurs avancent un argument majeur : encadrer de manière stricte une activité qui, aujourd’hui, se déroule dans des conditions souvent dangereuses et invisibles. Pour eux, les maisons closes pourraient offrir sécurité, suivi sanitaire et contrôle renforcé contre le proxénétisme.
Mais la réalité est bien plus complexe que les discours politiques. Car ce sujet touche au corps, à l’intime, à la vulnérabilité : bref, à ce que la société a le plus de mal à regarder en face.
Un débat plus idéologique que pragmatique
Je vais proposer la réouverture des maisons closes, mais tenues par les prostituées elles-mêmes, en mode coopératif », « Je prépare une proposition de loi en ce sens, Une première version est prête, mais doit être améliorée. J’ai le soutien de Marine [Le Pen] pour cette initiative. » Ces mots, ce sont ceux de Jean-Philippe Tanguy, député RN et Président délégué du RN à l’Assemblée Nationale. Tanguy ouvre une discussion sur une thématique aussi vieille que le métier qui l’implique.
En 2016, sous François Hollande, une loi a abrogé le délit de racolage public. Elle pénalise les clients, prévoit un parcours de sortie de la prostitution avec un dispositif d’accompagnement social et ouvre l’accès à un titre de séjour, ce qui déplaît singulièrement à l’extrême droite.
Les opposants dénoncent un retour en arrière. Selon eux, institutionnaliser ces lieux reviendrait à légitimer la marchandisation du corps, à normaliser une pratique qui repose souvent sur des situations de précarité. Une critique qui pèse d’autant plus qu’elle se heurte à une France toujours traversée par les questions d’égalité, de consentement et de dignité humaine.
À l’inverse, les partisans de la réouverture accusent l’hypocrisie : fermer les yeux n’a jamais supprimé l’activité. Elle s’est simplement déplacée, parfois dans des zones ou des conditions qui échappent totalement au contrôle public.
La voix d’une ancienne travailleuse du sexe : Aline Peugeot
Aline Peugeot, qui a connu la prostitution et la rue avant de s’en éloigner, apporte une vision nuancée et ancrée dans l’expérience. Elle ne rejette pas l’idée des maisons closes, mais insiste sur la nécessité d’un cadre protecteur.
« Je suis favorable, mais seulement si l’on garantit l’hygiène, la sécurité et un vrai suivi psychologique. Beaucoup donnent leur avis sans savoir ce que cela implique vraiment pour le corps et l’intime », explique-t-elle.
Son témoignage rappelle une vérité trop souvent ignorée : la prostitution n’est pas un simple “marché”. C’est une activité qui laisse des traces physiques, émotionnelles et sociales profondes. Et sans régulation adaptée, ce sont toujours les personnes les plus vulnérables qui paient le prix fort.
Une question de société, pas seulement de politique
Réouvrir des maisons closes ne réglerait pas tout. Cela éliminerait ni la violence, ni la précarité, ni les réseaux criminels. Mais refuser d’en parler ne les fait pas disparaître non plus.
La véritable question est ailleurs :
Comment créer un cadre qui protège réellement, sans normaliser une activité dont la société ne sait toujours pas quoi faire ?
Parler de ce sujet exige du courage, de l’écoute et un minimum d’honnêteté collective. Pour l’instant, le débat reste largement symbolique. Il reflète davantage les tensions françaises autour de la liberté, du corps et de la morale, qu’une volonté réelle de trouver des solutions.
Une chose est sûre : ce sujet explosif reviendra encore. Et tant que les premiers concernés ne seront pas placés au centre, il continuera d’agiter davantage les discours que de produire des réponses concrètes.
