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Fin de la 2G et 3G : un tournant technologique aux lourdes conséquences

Par Adèle Blanche |
Fin de la 2G et 3G : un tournant technologique aux lourdes conséquences

Le 31 mars 2026 marque une étape clé dans les télécommunications en France. Orange lance le démantèlement de son réseau 2G, tandis que Bouygues Telecom, SFR et Free prévoient un arrêt complet d’ici fin 2026. Ensuite, la 3G disparaîtra progressivement à l’horizon 2028.

Cependant, cette transition technologique soulève de nombreuses inquiétudes, relevées par l’association HOP – Halte à l’obsolescence programmée et l’opérateur mobile Telecoop. En effet, jusqu’à 12,6 millions d’appareils restent encore dépendants de ces réseaux.

Des millions d’équipements concernés au-delà des smartphones

Contrairement aux idées reçues, la fin de la 2G et de la 3G ne concerne pas uniquement les téléphones. En réalité, près de 10 millions d’objets connectés reposent encore sur ces technologies. Parmi eux, on retrouve des équipements essentiels : ascenseurs, systèmes d’alarme, dispositifs médicaux ou encore solutions de téléassistance pour personnes âgées. De plus, certains systèmes d’appel d’urgence embarqués dans les voitures dépendent toujours de la 2G.

Cette mutation technologique impacte directement des infrastructures critiques du quotidien.

Un coût économique massif et largement supporté par les usagers

Cette transition implique des dépenses considérables. Le remplacement ou l’adaptation des équipements pourrait atteindre au minimum 1,36 milliard d’euros. Concrètement, les particuliers devront renouveler leurs appareils. Les copropriétés devront moderniser les ascenseurs, tandis que les collectivités locales devront adapter des infrastructures comme l’éclairage public ou les réseaux d’eau.

Par ailleurs, les entreprises devront aussi absorber une partie des coûts. Selon certaines estimations, plusieurs centaines de millions d’euros concernent les secteurs de la sécurité, de la santé ou de la logistique. Or, aucune compensation financière claire n’existe à ce jour. Cette situation fait donc peser une pression importante sur l’ensemble des acteurs.

Des risques sociaux et sanitaires bien réels

Au-delà de l’impact économique, les conséquences sociales inquiètent. Par exemple, près de 200 000 dispositifs de téléassistance pourraient subir des interruptions. Cela concerne directement des personnes vulnérables. De plus, certains publics précaires utilisent encore des téléphones non compatibles avec la 4G. Sans solution adaptée, ces utilisateurs risquent de perdre un accès essentiel à la communication. Par conséquent, la continuité des services d’urgence pourrait se fragiliser.

Un impact environnemental loin d’être neutre

Cette obsolescence accélérée pose également un problème écologique. Le renouvellement de millions d’appareils génère une empreinte carbone importante. À titre d’exemple, remplacer uniquement les téléphones concernés pourrait produire plus de 200 000 tonnes de CO₂. Or, la fabrication représente la majeure partie de l’impact environnemental du numérique.

Vers une nécessaire régulation du secteur

Face à ces enjeux, plusieurs voix appellent à un encadrement plus strict. ARCEP reste aujourd’hui en retrait, tandis que l’État limite son intervention. Pourtant, les fréquences utilisées appartiennent au domaine public. Dès lors, une régulation plus forte pourrait anticiper les impacts et protéger les usagers.

En conclusion, la fin de la 2G et de la 3G ne constitue pas seulement une évolution technique. Elle révèle un défi économique, social et environnemental majeur. Sans garde-fous, cette transition risque d’accentuer les inégalités et de fragiliser certains services essentiels.