Discret mais essentiel, le contrat de professionnalisation recule. En un an, les nouvelles signatures ont chuté de 5,4 %. Depuis 2018, leur nombre a été divisé par trois. Un déclin qui n’est pas sans conséquences pour les entreprises, les finances publiques et les publics les plus éloignés de l’emploi.
Un déclin provoqué par des choix politiques
La réforme de 2018 a libéralisé la création de CFA. Résultat : de nombreux organismes de formation se sont tournés vers l’apprentissage, plus intéressant financièrement. Des contrats qui s’appuyaient auparavant sur la professionnalisation ont basculé vers l’apprentissage.
Pendant le Covid, les deux dispositifs ont bénéficié d’un soutien équivalent. Cela a stabilisé le nombre de contrats de professionnalisation. Mais le 1er mai 2024, les aides ont été supprimées brutalement, la chute a suivi immédiatement.
Un coût caché pour les finances publiques
Ce glissement vers l’apprentissage coûte plus cher à l’État. Le contrat d’apprentissage est en moyenne plus onéreux pour les finances publiques que le contrat de professionnalisation. La suppression des aides a donc produit l’effet inverse de celui recherché.
Pour les entreprises, la facture a augmenté. Beaucoup ont préféré basculer vers l’apprentissage. Mais ce transfert exclut de fait certains publics et certains besoins.
Ce que permet la professionnalisation, pas l’apprentissage
Le contrat de professionnalisation répond à des besoins que l’apprentissage ne couvre pas. Il permet de former des personnes sans niveau suffisant pour accéder à un diplôme, d’accompagner ceux qui ont vécu un échec scolaire, de préparer des qualifications de branche non éligibles à l’apprentissage, et de construire des parcours sur mesure dans des territoires où l’offre de formation est inexistante.
C’est aussi le meilleur outil pour les reconversions professionnelles. Le salarié se forme à un nouveau métier, perçoit un salaire, se constitue des droits sociaux. Et le coût reste maîtrisé pour les finances publiques.
Les Geiq, premiers touchés
Les Groupements d’Employeurs pour l’Insertion et la Qualification (Geiq) illustrent l’enjeu. Leur modèle repose sur l’alternance pour insérer des personnes éloignées de l’emploi. En 2024, 75 % des 10 334 contrats signés dans les Geiq étaient des contrats de professionnalisation. Ce dispositif est au cœur de leur fonctionnement.
Le message est clair : sans soutien équivalent à l’apprentissage, le contrat de professionnalisation continuera de reculer. Et avec lui, une partie des solutions d’insertion les plus efficaces pour les publics les plus fragiles.
