Immigré aux États-Unis sans parler anglais, entrepreneur avant même d’être majeur, créateur d’entreprise avec quelques centaines de dollars seulement… Le parcours de Jason Wong, 28 ans, illustre une nouvelle génération d’entrepreneurs pour qui la contrainte devient un moteur. Pour Business Times, il revient sur son parcours, ses méthodes de travail et ses ambitions.
Une mentalité forgée très tôt
L’interview se fait en distanciel : nous sommes à Paris, lui dans son penthouse aux Etats-Unis avec un gros canard en fond d’écran. Le canard, voilà une des marques du succès de Jason. Il les popularisera avec des memes, à comprendre des photos/vidéos marrantes sur Internet dans les années 2010. On a en face de nous, un jeune homme confiant, déterminé mais également très posé et très cultivé.
Jason Wong arrive aux États-Unis en 2005, à l’âge de 8 ans. À l’époque, son vocabulaire se limite à deux mots : “hello” et “goodbye”. L’intégration est difficile et l’école n’est pas son terrain de réussite. « J’ai eu beaucoup de difficultés à l’école. J’ai juste réussi à décrocher mon diplôme de lycée, mais je savais déjà que l’université n’était pas la voie pour moi », confie-t-il.
Élevé par une mère célibataire, avec un père travaillant dans le bâtiment, il développe très tôt une mentalité qu’il résume lui-même comme une situation de “dos au mur”.
« Quand vous voyez vos parents se battre financièrement, vous comprenez très tôt que vous devez trouver un moyen de changer votre situation. »
Des débuts entrepreneurials à 14 ans
Son aventure entrepreneuriale commence tôt. À 14 ans, il lance sa première activité : une agence de marketing digital spécialisée dans l’affiliation et la performance. Deux ans plus tard, il se tourne vers l’e-commerce, en vendant d’abord des vêtements, avant d’élargir à d’autres secteurs comme la papeterie, la décoration d’intérieur ou encore la beauté.
Mais c’est en 2018 que Jason Wong franchit un cap avec Doe Lashes, une marque de faux cils pensée pour un marché largement sous-représenté : les consommateurs asiatiques.
« Le marché de la beauté aux États-Unis ne répondait pas vraiment aux besoins des yeux asiatiques, alors que les Asiatiques représentent environ 13 % de la population. ». Le lancement devient rapidement un symbole dans l’écosystème entrepreneurial : l’entreprise démarre avec seulement 500 dollars.
« J’ai investi 400 dollars dans l’inventaire et 100 dollars dans les frais. Je voulais prouver qu’on n’a pas besoin d’un gros capital pour créer quelque chose. »
Packing Duck, son nouveau défi
Aujourd’hui, l’entrepreneur concentre son énergie sur Packing Duck, une entreprise spécialisée dans la chaîne d’approvisionnement et l’emballage. Son objectif est clair : faire grandir l’entreprise jusqu’à une sortie majeure.
« Mon but est de construire une entreprise qui puisse atteindre une valorisation de plusieurs centaines de millions de dollars. Cela me donnerait la liberté financière totale. »
Une fois cette étape franchie, Jason Wong souhaite se lancer dans un domaine très différent : la restauration.
« J’aimerais ouvrir des restaurants. C’est une passion. Mais c’est un secteur risqué, donc je veux d’abord sécuriser mon capital. »
Une routine saine, aux allures de bien-être
Concernant la routine de Wong, on est loin de la discipline presque militaire que l’on peut entendre souvent chez les entrepreneurs à succès. La journée de Jason Wong est organisée autour d’une discipline personnelle et d’un travail intense.
Il se réveille généralement entre 9 h et 10 h, après six à sept heures de sommeil. Chaque matin commence par un rituel particulier : la lecture d’une affirmation qu’il a lui-même écrite.
« C’est une note rédigée comme si mon futur moi avait déjà réussi. Cela me rappelle chaque jour la direction que je veux prendre. »
Ensuite, il consacre environ une heure à traiter près de 600 messages envoyés pendant la nuit par son équipe basée en Chine et en Asie du Sud-Est. Le reste de la journée est dédié au travail en profondeur, notamment à la création d’agents d’intelligence artificielle personnalisés.
« Je passe environ cinq à six heures par jour à construire des agents IA pour automatiser différentes tâches dans mes entreprises. » Ces outils peuvent gérer plusieurs fonctions : ingénierie, finance, gestion de boutique en ligne ou encore reporting.
Construire la liberté entrepreneuriale
Pour Jason Wong, l’entrepreneuriat reste avant tout un moyen d’atteindre l’indépendance. Son parcours, commencé avec peu de moyens, s’inscrit dans une logique simple : transformer chaque contrainte en levier de croissance.
« Quand vous partez avec peu, vous apprenez à être créatif, rapide et efficace. Et ces compétences deviennent votre plus grand avantage. » Un état d’esprit qui continue aujourd’hui de guider chacune de ses décisions entrepreneuriales et qui devrait en inspirer plus d’un en Europe.
