Finances

Transmissions d’entreprise : le plus gros risque vient de l’humain

Par Alexandre Foumangoye |
Transmissions d’entreprise : le plus gros risque vient de l’humain


À l’heure où des centaines de milliers d’entreprises françaises s’apprêtent à changer de main, un facteur clé reste largement sous-estimé : l’humain. Dans une tribune, Cédric Gaillard alerte sur les risques liés à une transmission mal préparée, souvent focalisée sur les aspects techniques au détriment de la dimension personnelle du dirigeant.

Une vague de transmissions à haut enjeu

Selon une étude de Bpifrance Le Lab, près de 370 000 entreprises seront concernées par une transmission d’ici 2030. Un chiffre qui souligne l’ampleur du défi : assurer la continuité et la performance d’un tissu économique largement composé de PME familiales ou dirigées de longue date par une même personne.

Pourtant, la majorité des dirigeants abordent cette étape sous un angle essentiellement financier et juridique : valorisation, structuration du capital, fiscalité. « La dimension psychologique est rarement traitée comme stratégique », observe Cédric Gaillard.

L’entreprise, bien plus qu’un actif

Dans de nombreuses PME, l’entreprise incarne une trajectoire de vie, parfois un héritage familial. Cette réalité rend la cession particulièrement complexe. Quitter son entreprise, ce n’est pas seulement céder un actif : c’est changer de rôle, d’identité, parfois de raison d’être.

Faute d’anticipation, certains dirigeants retardent la transmission ou interrompent des processus engagés, invoquant des raisons économiques. En réalité, il s’agit souvent d’une difficulté à lâcher prise. Résultat : une incertitude qui fragilise l’entreprise et envoie un signal négatif aux acquéreurs potentiels.

Anticiper pour sécuriser l’avenir

Pour éviter ces écueils, la transmission doit être envisagée comme un processus de long terme. Il s’agit notamment de :

  • Structurer progressivement le management pour réduire la dépendance au dirigeant
  • Déléguer les décisions opérationnelles
  • Clarifier le projet personnel post-cession
  • Aligner les objectifs patrimoniaux avec la stratégie de l’entreprise

L’enjeu est double : préserver la valeur au moment de la vente et garantir la capacité de l’entreprise à se régénérer sans son fondateur. Contrairement à une idée reçue, la transmission peut être un levier de développement. Toujours selon EY, 68 % des repreneurs rachètent une entreprise pour la faire évoluer, et 63 % constatent une amélioration de la performance après la reprise.

Gouvernance renforcée, image modernisée, nouvelles orientations stratégiques : la cession peut marquer le début d’un nouveau cycle de croissance, à condition d’avoir été préparée en amont.

Le facteur décisif : le dirigeant lui-même

Au final, le principal obstacle à une transmission réussie n’est ni technique ni financier. Il réside dans la capacité du dirigeant à anticiper son départ, à accepter de se désengager progressivement et à préparer son entreprise à fonctionner sans lui.

« La cession doit être vécue comme une évolution, pas comme une rupture », insiste Cédric Gaillard.

Dans un contexte de renouvellement massif du tissu entrepreneurial français, accompagner cette transition humaine devient un enjeu stratégique. Car derrière chaque transmission réussie, il y a d’abord un dirigeant qui a su préparer… son propre départ.