Comment la question de la prévention des risques est-elle aujourd’hui traitée par les entreprises ?
Aurélien Chicot : « La prévention s’est longtemps résumée à une logique de conformité : respecter le Code du travail, répondre aux obligations réglementaires, etc., avec une considération logiquement plus marquée pour les risques physiques, qui apparaissent comme plus tangibles pour les managers comme pour les directions. Si cette vision existe toujours, le contexte, lui, évolue. L’engagement, la fidélisation, l’attractivité employeur sont des sujets qui préoccupent aujourd’hui l’ensemble des directions, y compris les plus opérationnelles. Or, une entreprise qui ne parvient pas à offrir à ses salariés un environnement de travail suffisamment protecteur, tant sur le plan physique que psychologique, prend un risque direct sur sa capacité à recruter et à conserver ses talents.
D’un sujet strictement réglementaire ─ au moins dans sa perception ─, la prévention des risques devient un enjeu clé, dans une optique de recherche de la performance opérationnelle, et intégrer ce sujet à la stratégie est, d’une certaine manière, un investissement. Cette évolution, couplée à celles de la société, rend d’ailleurs la question de la prévention des risques psychosociaux et de la santé mentale bien plus prégnante. »
Pourquoi les sujets des risques psychosociaux et de la santé mentale sont-ils si importants ?
A.C. : « La santé mentale a longtemps été une part oubliée de la santé au travail, mais les chiffres montrent à quel point le sujet prend de l’ampleur. Selon l’Assurance Maladie, près de 29 000 accidents du travail ont été identifiés en 2024 avec une affection psychique ou dans un contexte de RPS, soit plus de 5 % de l’ensemble des accidents du travail et une hausse de 14 % en un an.
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Dans le même temps, le nombre de maladies psychiques reconnues d’origine professionnelle a plus que doublé depuis 2020, pour atteindre plus de 1 800 cas en 2024. Cette tendance s’inscrit dans des évolutions profondes du monde du travail et de la société. L’individualisation des parcours et des performances, l’évolution des collectifs de travail ou encore le développement du télétravail peuvent, lorsqu’ils sont mal accompagnés, renforcer certaines situations d’isolement. Mais les risques psychosociaux sont multifactoriels : ils trouvent notamment leur origine dans l’organisation du travail, les relations professionnelles, la charge de travail ou encore le manque d’autonomie ou de reconnaissance.
Les directions et les managers doivent donc se saisir du sujet. Il s’agit bien sûr de répondre à l’obligation de l’employeur de protéger la santé physique et mentale de ses salariés, mais l’enjeu va bien au-delà de la conformité réglementaire. Une dégradation de la santé mentale peut avoir des conséquences humaines importantes, mais aussi affecter le fonctionnement des collectifs, l’absentéisme, l’engagement et, plus largement, la performance de l’entreprise. »
L’appréhension des risques psychosociaux est néanmoins complexe…
A.C. : « Bien entendu, mais j’ai envie de répondre : et alors ? Les entreprises doivent composer avec le réel, et la santé mentale des salariés en fait partie. La vraie question n’est donc plus dans la nécessité de prendre en compte la santé mentale, il s’agit d’une obligation légale et, fondamentalement, opérationnelle. La véritable problématique réside dans le « comment », et c’est sur la réponse à cette question que Propuls’ a construit sa vision. À notre création, il y a maintenant 33 ans, Propuls’ était un cabinet de conseil en stratégie et management. De fait, le pragmatisme est notre signature, et nous l’avons bien sûr décliné dans notre traitement de la prévention des risques, appréhendant la santé mentale avec une approche très concrète et sans jugement moral. »
Comment déployez-vous votre accompagnement ?
A.C. : « La première étape est d’exposer la problématique aux directions, souvent en la présentant comme une question de gestion des risques, un langage qu’elles connaissent bien. Selon les situations, nous pouvons ensuite réaliser un diagnostic pour objectiver les facteurs de risques et dresser un état des lieux factuel. Ce n’est que par la suite que nous coconstruisons, avec les parties prenantes, une feuille de route qui prend en compte les réalités opérationnelles. Sur le terrain, un manager doit ainsi répondre à plusieurs obligations : gestion des équipes, pilotage de l’activité, reporting, etc. Comment appréhender un collaborateur manifestement en souffrance, vers quel parcours le diriger avant d’être en situation de crise ? Ces questions doivent avoir des réponses très concrètes, déployables immédiatement, et la mission de Propuls’ est d’apporter ces réponses, à travers nos activités de conseil et nos formations. »
Justement, qu’en est-il de la formation STSM que vous avez récemment mise en place ?
A.C. : «Il existe un paradoxe surprenant : les entreprises disposent déjà de nombreux dispositifs de prévention et de ressources, mais ceux-ci restent parfois méconnus ou difficiles à mobiliser lorsqu’un salarié rencontre une difficulté de santé mentale. C’est précisément l’ambition de STSM, Secouriste du Travail en Santé Mentale : donner à des salariés volontaires un cadre et des réflexes concrets pour savoir agir. À l’image du SST pour la santé physique, le STSM n’est ni un thérapeute ni un professionnel de santé. Il est formé pour repérer des signes qui l’interrogent, aller vers une personne, ouvrir le dialogue, identifier avec elle la situation et l’encourager vers les ressources adaptées. Il sait également intervenir lorsque la situation relève de l’urgence, par exemple face à des propos suicidaires ou à une crise aiguë. L’objectif est donc d’agir avant la crise lorsque cela est possible, et de savoir quoi faire lorsqu’elle survient.
Plus qu’une compétence individuelle supplémentaire, STSM a vocation à devenir une brique du dispositif de prévention de l’entreprise, articulée avec les acteurs et les ressources déjà en place. C’est cette approche que nous présenterons notamment lors des prochains salons Top DRH et Préventica.»
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