e-learning formation professionnelle Intelligence artificielle

IA et apprentissage des langues : faut-il encore former ses équipes ?

Par |

Selon l’Observatoire du Cercle des Langues, 81,1 % des répondants estiment que parler une langue étrangère restera aussi important ou le deviendra davantage. Pour les entreprises, le débat sur l’IA et l’apprentissage des langues pose une question concrète : quelles compétences conserver lorsque la traduction devient accessible à tous ?

IA et apprentissage des langues : faut-il encore former ses équipes ?

L’IA et l’apprentissage des langues peuvent-ils avancer ensemble ? Dans les résultats diffusés en octobre 2026 par le Cercle des Langues, les personnes interrogées accordent encore une large place à la maîtrise personnelle d’une langue étrangère. Ainsi, 54,4 % jugent qu’elle restera aussi importante qu’aujourd’hui et 26,7 % pensent qu’elle deviendra plus stratégique. À l’inverse, 18,9 % anticipent une baisse de son importance.

Ces réponses expriment des perceptions. Elles ne mesurent ni les performances des traducteurs automatiques ni les progrès d’apprenants utilisant une IA. Elles invitent toutefois les directions des ressources humaines à examiner ce qu’elles attendent d’une formation linguistique avant de remplacer des heures de cours par un abonnement numérique.

IA et apprentissage des langues : un complément pour 55,4 %

La majorité des répondants envisage une utilisation encadrée de ces outils. Pour 55,4 %, l’IA peut aider à apprendre une langue, mais en complément de cours. Par ailleurs, 25,9 % considèrent qu’un apprentissage entièrement fondé sur l’IA relève du mythe. Seuls 18,8 % pensent pouvoir se former grâce à une intelligence artificielle ou une application, sans cours ni interaction humaine.

Le communiqué décrit plusieurs usages : s’exercer à une conversation, demander une correction ou préparer une situation professionnelle. Un salarié peut, par exemple, répéter la présentation d’une offre avant un rendez-vous commercial. L’intérêt pédagogique dépend alors de sa participation : construit-il ses phrases ou lit-il simplement une réponse produite pour lui ?

Cette différence compte pour l’employeur. Un message correctement rédigé avec assistance ne prouve pas que son auteur saura répondre à une objection en réunion. L’entreprise a donc intérêt à distinguer la qualité du travail obtenu avec un outil de la compétence acquise par le salarié.

Cette évolution rejoint les questions que soulève la transformation du métier de formateur par les outils numériques. Le suivi de la progression garde une fonction propre, même lorsque les exercices deviennent plus faciles à produire.

En négociation, la confiance dans l’IA reste limitée

Lorsqu’il faut négocier, présenter ou défendre un dossier en anglais dans un contexte professionnel important, 11,5 % des répondants feraient totalement confiance à une IA. En revanche, 38 % ne lui accorderaient cette confiance que pour des échanges simples.

Les autres privilégient une intervention humaine : 36,9 % préfèrent s’exprimer eux-mêmes, même imparfaitement, et 13,7 % solliciteraient un collègue ou un interprète. Là encore, ces choix déclarés renseignent sur la confiance des répondants, sans établir la fiabilité réelle des outils.

François Fourmentin, directeur général et cofondateur du Cercle des Langues, défend dans le communiqué un enseignement davantage centré sur la prise de parole et la relation. « L’intelligence artificielle ne signe pas la fin de l’apprentissage des langues. Elle oblige surtout à repenser la manière dont elles sont enseignées », affirme-t-il.

Pour un responsable commercial, l’enjeu peut être de comprendre immédiatement une réserve sur un prix. Pour un chef de projet, il peut s’agir de reformuler une consigne ambiguë. Ces situations donnent des objectifs de formation plus précis qu’une demande générale d’amélioration du niveau d’anglais.

L’anglais peut aussi freiner l’adoption des outils numériques

Un autre résultat mérite l’attention des dirigeants : 45,9 % des répondants déclarent avoir déjà renoncé à utiliser un outil numérique ou une IA faute d’un anglais suffisant. Parmi eux, 25,7 % de l’ensemble des personnes interrogées évoquent plusieurs abandons et 20,2 % un seul.

Cependant, l’enquête présentée ne précise pas les outils concernés ni la nature de l’obstacle. Impossible, donc, de déterminer si le problème venait de l’interface, de la documentation ou des explications nécessaires à son utilisation. Ce chiffre ne permet pas non plus de calculer une perte de productivité.

Il fournit néanmoins une piste pour les entreprises qui rencontrent des difficultés d’adoption. Avant d’attribuer un logiciel peu utilisé à un manque de motivation, elles peuvent vérifier si leurs équipes comprennent ses menus et ses ressources d’aide.

Parallèlement, 90,7 % des répondants disent privilégier le français lorsqu’ils interrogent un outil comme ChatGPT ou Claude. Cette préférence ne démontre pas qu’un outil fonctionne mieux dans une langue donnée. Elle rappelle surtout que l’usage d’une interface conversationnelle en français et l’accès à des ressources professionnelles en anglais constituent deux besoins différents.

Évaluer ce que le salarié sait faire sans assistance

Pour arbitrer un budget, une entreprise peut partir des situations réellement rencontrées au travail. Lire une documentation ponctuelle ne demande pas la même aisance que conduire chaque semaine une réunion avec un client étranger.

Les descripteurs du Cadre européen commun de référence pour les langues, publiés par le Conseil de l’Europe, décrivent les compétences à travers ce qu’une personne sait faire. Cette approche offre un point d’appui pour fixer des objectifs observables, au-delà du nombre d’heures suivies.

Une évaluation peut ainsi prévoir une préparation avec assistance, puis un échange sans traduction automatique. L’objectif serait de vérifier si le salarié sait expliquer une décision et répondre à une question imprévue. Il s’agit d’une piste d’organisation, pas d’un protocole testé par l’Observatoire.

Le sujet rejoint plus largement celui des compétences à développer face à l’IA. Pour une direction, le résultat utile reste la capacité de l’équipe à accomplir une tâche donnée dans ses conditions de travail.

Les résultats du Cercle des Langues ne suffisent donc pas à justifier une baisse des budgets linguistiques. Ils ne permettent pas davantage de chiffrer le bénéfice d’un dispositif associant cours et IA. Avant de modifier son programme, l’entreprise devra déterminer quelles conversations ses salariés doivent pouvoir mener seuls, puis vérifier cette autonomie en situation.