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Enquête IESF 2026 : les ingénieurs face au défi de la relève

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L’enquête IESF 2026 alerte sur le renouvellement des ingénieurs : près de 237 000 actifs ont entre 50 et 64 ans. Pourtant, seuls 25 % des seniors déclarent préparer leur successeur. Pour les entreprises, la transmission des savoir-faire devient un sujet aussi concret que le recrutement.

Enquête IESF 2026 : les ingénieurs face au défi de la relève

L’enquête IESF 2026, publiée le 9 octobre, décrit un marché du travail contrasté. Les recrutements progressent, certains profils restent difficiles à trouver et les jeunes rencontrent davantage de difficultés d’insertion. Dans le même temps, une partie importante des ingénieurs approche de la fin de carrière.

La 37e enquête nationale d’Ingénieurs et Scientifiques de France repose sur 32 000 participants, dont 25 000 ont terminé le questionnaire principal. Ses résultats invitent à distinguer les tensions immédiates sur certains métiers du travail de préparation nécessaire pour remplacer les ingénieurs expérimentés.

Enquête IESF 2026 : le passage de relais reste peu préparé

IESF estime à environ 237 000 le nombre d’ingénieurs actifs âgés de 50 à 64 ans. Ils représentent près d’un quart de la profession en activité et constituent les générations susceptibles de partir à la retraite dans les dix à quinze prochaines années.

Les secteurs ne présentent toutefois pas la même exposition. Dans les télécommunications, les 50-64 ans représentent 39 % des effectifs, contre environ 24 % dans l’industrie. Cette dernière concentre cependant le plus grand nombre de professionnels concernés : près de 106 000, contre environ 9 500 dans les télécoms.

Le problème le plus directement accessible aux employeurs apparaît dans la préparation des successions. Seuls 25 % des seniors interrogés déclarent préparer leur successeur, alors que 60 % indiquent que leur entreprise le permettrait. Ces réponses ne mesurent pas tous les échanges informels, mais elles signalent une passation encore peu organisée.

Pour une PME industrielle, cela pose une question pratique : qui saura reprendre un dossier technique lorsqu’un responsable partira ? Recruter un diplômé ne suffit pas à lui transmettre l’historique d’un équipement ou les raisons d’un choix de conception. Il faut aussi prévoir du temps commun, des responsabilités progressives et une vérification des compétences acquises.

Cette dimension prolonge le débat sur la place des seniors dans l’emploi. La durée de présence dans l’entreprise compte ; l’organisation du transfert des connaissances compte également.

Davantage de recrutements, une insertion plus difficile pour les jeunes

L’enquête recense environ 138 700 recrutements d’ingénieurs en 2025, soit une hausse de 11,2 % sur un an. Attention au périmètre : ce total comprend les postes occupés à l’étranger. La brochure situe à environ 119 300 les recrutements en France.

Ces embauches ne correspondent pas toutes à des créations de postes. Elles peuvent aussi couvrir des remplacements et des changements d’employeur. Leur progression ne permet donc pas, à elle seule, de mesurer l’augmentation des effectifs.

Parallèlement, la part des ingénieurs en recherche active d’emploi atteint 4,1 %, contre 3,2 % en 2024. Chez les 25-29 ans, elle passe de 6,1 % à 10,3 %. Le rebond des recrutements coexiste ainsi avec une insertion plus difficile en début de carrière.

Le contexte général reste lui aussi prudent. L’Apec dénombre 294 500 recrutements de cadres en 2025, en baisse de 3 %. Son champ, centré sur les entreprises du secteur privé en France hexagonale, diffère de celui d’IESF : les deux séries ne se comparent pas directement.

Autre nuance apportée par la brochure : 41 % des répondants ayant participé au recrutement d’un ingénieur n’ont rencontré aucune difficulté, contre 31 % un an auparavant. Lorsqu’une difficulté existe, l’absence du profil recherché arrive en tête des raisons citées. L’enquête décrit donc des besoins ciblés, sans établir une pénurie uniforme dans toute la profession.

L’industrie accueille une moindre part des nouvelles promotions

L’industrie reste le premier employeur des ingénieurs, avec 42 % de l’ensemble des effectifs dans la répartition sectorielle d’IESF. Elle n’accueille toutefois que 30 % des ingénieurs issus des deux dernières promotions, soit un écart de 12 points.

Cette comparaison mérite une précaution : le sous-échantillon des nouvelles promotions comprend environ 570 répondants. Elle décrit leur répartition entre employeurs et ne démontre pas, à elle seule, un rejet des métiers industriels. Une société d’ingénierie ou de conseil peut également travailler pour des clients industriels.

Pour les entreprises, l’enjeu est néanmoins tangible. Attirer un jeune ingénieur suppose de rendre lisibles ses premières missions et les possibilités d’apprentissage. Un poste assorti d’un accompagnement technique peut répondre simultanément au besoin de relève et aux difficultés d’entrée dans le métier.

Marie-Liesse Bizard, présidente de l’Observatoire IESF, souligne dans le communiqué que « le vieillissement de la profession et le déficit de transmission des compétences constituent des signaux qu’il faut prendre au sérieux dès maintenant ».

Un salaire médian de 67 800 euros, sans garantie de fidélité

La rémunération brute annuelle médiane des ingénieurs atteint 67 800 euros en 2025, contre 67 000 euros en 2024. La hausse s’établit donc à environ 1,2 %. La médiane partage la population en deux groupes égaux ; elle ne correspond pas au salaire moyen.

Cet indicateur global reste insuffisant pour fixer une offre d’embauche. L’âge, les responsabilités et le lieu d’exercice modifient fortement les rémunérations. Une entreprise doit donc comparer des fonctions et des parcours proches avant d’utiliser ce montant comme référence.

La fidélisation dépend aussi des conditions de travail. Parmi les répondants qui ne souhaitent pas changer d’employeur, 52 % citent l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. La rémunération et les avantages recueillent 46 % des réponses.

Au total, 68 % se disent satisfaits de leur travail. L’enquête observe également une forte association entre cette satisfaction et le sens donné à l’activité. Elle n’établit cependant pas qu’une action isolée sur le sens suffirait à réduire les départs.

L’IA renforce le besoin de formation et de vérification

L’enquête IESF 2026 montre enfin que 73,8 % des ingénieurs utilisent l’IA au travail, en incluant les usages rares. La part des utilisateurs réguliers ou quotidiens atteint 27,5 %. Par ailleurs, 68 % souhaitent des ateliers ou des formations dédiés.

Ces résultats rejoignent la question des compétences à développer face à l’intelligence artificielle. L’adoption d’un outil ne renseigne pas, à elle seule, sur la capacité à vérifier un calcul ou à repérer une réponse inadaptée.

Pour les directions techniques, les deux chantiers peuvent se rejoindre : former aux nouveaux outils et transmettre les critères de jugement des professionnels expérimentés. Avant le prochain départ, l’entreprise doit pouvoir identifier les décisions qui reposent encore sur une seule personne et organiser leur reprise par l’équipe.

Source des résultats : 37e enquête IESF 2026. Les données sont pondérées selon les effectifs diplômés des écoles, l’âge et le sexe. Les questionnaires thématiques sont optionnels : leurs bases de réponse varient.