Formation en ligne : le formateur ne fait plus seulement de la pédagogie
Le marché français de la formation professionnelle compte une multitude de petites structures.
En 2024, 101 753 organismes de formation affichant un chiffre d’affaires positif ont transmis un bilan pédagogique et financier, selon les dernières données de la Dares. Leur chiffre d’affaires cumulé atteignait 29,3 milliards d’euros.
Surtout, 44,8 % de ces organismes étaient des organismes individuels. La Dares relève également que 43,5 % de l’ensemble comptaient au plus un salarié et/ou un formateur. Cette part a fortement progressé en un an. La Dares détaille la structure économique des organismes de formation dans son bilan 2026
Derrière ces chiffres apparaît une réalité très concrète.
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Une grande partie des professionnels de la formation ne dispose pas d’un service marketing, d’un responsable administratif, d’un commercial ou d’une équipe chargée de suivre les clients.
La même personne doit souvent assurer toutes ces fonctions.
Le développement de la formation en ligne peut améliorer cette équation. Un contenu numérique peut être vendu à plusieurs apprenants sans devoir reproduire à chaque fois la même journée de formation.
Cependant, la technologie ne fait pas disparaître le travail.
Elle le déplace en partie.
De formateur à chef d’entreprise
Avant même de former, un indépendant doit trouver ses clients.
Il lui faut définir une offre, fixer son prix, construire une page de présentation, communiquer et parfois produire régulièrement du contenu pour attirer une audience.
Une fois la vente réalisée, le travail continue.
Inscriptions, paiements, questions des apprenants, relances, suivi de la progression et délivrance des attestations constituent autant de tâches supplémentaires.
À cela s’ajoute la réglementation.
Tout prestataire qui réalise des actions de formation professionnelle doit notamment déclarer son activité après la conclusion de son premier contrat ou de sa première convention. Il doit ensuite produire chaque année un bilan pédagogique et financier. Le ministère du Travail détaille les formalités administratives imposées aux organismes de formation
La certification Qualiopi ajoute une autre dimension pour les organismes qui souhaitent bénéficier de financements publics ou mutualisés.
Depuis 2022, elle concerne notamment les prestataires souhaitant faire financer leurs actions par les OPCO, l’État, les régions, France Travail, la Caisse des dépôts ou l’Agefiph. Le ministère du Travail précise les conditions d’application de Qualiopi
Le formateur indépendant doit donc souvent penser comme un pédagogue, mais aussi comme un entrepreneur.
Teachizy revendique plus de 500 000 personnes formées
C’est précisément sur cette accumulation de tâches que Teachizy a construit son positionnement.
Lancée en novembre 2020, la plateforme française a été créée autour d’Ariel Dorol et Sébastien Souphron. Soizic Fouilland a ensuite rejoint le projet comme associée. Le communiqué transmis à Business Times indique que les trois associés disposent eux-mêmes d’une expérience dans l’enseignement supérieur.
Teachizy affirme aujourd’hui avoir dépassé 500 000 personnes formées via sa plateforme.
Ce chiffre est communiqué par l’entreprise et ne constitue donc pas une mesure indépendante de sa part de marché.
La société entend surtout simplifier la création, la vente et la gestion des formations numériques.
Sa plateforme réunit notamment des outils de création de parcours, de paiement, de suivi des apprenants, d’envoi d’e-mails, de certification, d’affiliation et d’automatisation. Teachizy présente sa plateforme comme un LMS français destiné à la création et à la vente de formations en ligne
Le sujet dépasse pourtant le choix d’un logiciel.
Une activité 100 % en ligne peut-elle vraiment devenir rentable ?
Le discours autour de la formation numérique repose souvent sur une promesse séduisante.
Un formateur produit son cours une fois, puis peut théoriquement le vendre plusieurs dizaines ou plusieurs centaines de fois.
Le revenu serait ainsi moins directement lié au nombre d’heures passées devant les apprenants.
Dans la pratique, l’équation est plus complexe.
Une formation qui existe techniquement sur une plateforme ne trouve pas automatiquement son public.
Il faut acquérir une audience, convaincre, maintenir l’engagement des apprenants et limiter les abandons.
Le modèle peut donc réduire le temps consacré à l’enseignement tout en augmentant celui consacré au marketing, à la gestion et à la relation avec les clients.
C’est pourquoi parler de « revenu passif » peut devenir trompeur.
Le numérique permet surtout de changer la manière dont le temps est utilisé.
Une question similaire se pose dans de nombreuses entreprises lorsqu’elles automatisent certaines tâches. Business Times l’a récemment montré dans son analyse du retour sur investissement de l’intelligence artificielle : gagner du temps ne crée de valeur que si l’entreprise sait ensuite utiliser cette capacité supplémentaire.
Pour un formateur indépendant, le raisonnement est comparable.
Deux heures économisées sur l’administration peuvent servir à produire une nouvelle formation, améliorer un contenu existant ou chercher de nouveaux clients.
L’automatisation doit-elle aller jusqu’à la pédagogie ?
Les plateformes de formation en ligne automatisent déjà une partie importante du parcours.
Un apprenant peut s’inscrire, payer, recevoir ses accès, avancer dans différents modules puis obtenir certaines attestations sans intervention humaine à chaque étape.
L’intelligence artificielle ouvre désormais une nouvelle phase.
Elle peut aider à produire certains contenus, analyser les usages, personnaliser des parcours ou répondre à des questions simples.
Pour autant, automatiser davantage ne signifie pas nécessairement mieux former.
Dans une interview publiée par Business Times, Raphaël Chenol, directeur de l’Innovation pédagogique et du Digital Learning d’Ynov Campus, soulignait déjà que l’intelligence artificielle transforme les méthodes de formation mais nécessite toujours de conserver esprit critique et expertise humaine.
L’utilisation des données constitue aussi un enjeu.
Une plateforme de formation peut traiter des informations liées aux inscriptions, aux résultats ou à la progression des apprenants. Les automatisations et les outils d’IA doivent donc rester compatibles avec les règles relatives aux données personnelles.
Business Times a récemment rappelé que le RGPD continue de s’appliquer lorsque les entreprises intègrent des outils d’intelligence artificielle, notamment lorsque ces outils traitent des informations permettant d’identifier des personnes.
La question devient alors plus large : quelles tâches un formateur peut-il déléguer à la technologie sans perdre ce qui fait la valeur de sa formation ?
Business Times a posé directement ces questions à Teachizy.
Entretien : Teachizy répond aux questions de Business Times
Business Times — Dans la réalité, qu’est-ce qui prend aujourd’hui le plus de temps à un professionnel de la formation en dehors de la pédagogie ? Avez-vous une idée de la part de son activité consacrée à la vente, à l’administration, au suivi et aux différentes obligations plutôt qu’à la formation elle-même ?
Teachizy — Au-delà de la conception des contenus, l’essentiel de la charge se concentre sur trois blocs : la commercialisation (construire son offre, ses pages de vente, aller chercher son audience), l’administratif et la conformité (facturation, paiements, RGPD, preuves d’assiduité, exigences Qualiopi/CPF), et le suivi des apprenants (inscriptions, relances, support, certificats). Pour beaucoup d’indépendants, surtout au démarrage, cette « charge invisible » pèse autant, voire davantage, que le temps pédagogique lui-même. Nous ne voulons pas avancer un pourcentage au doigt mouillé, mais c’est précisément ce que nous cherchons à objectiver dans une étude que nous menons en ce moment (j’y reviens plus bas).
Business Times — On présente souvent la formation en ligne comme un moyen de vendre davantage sans augmenter proportionnellement son temps de travail. Mais quelle est la réalité économique ? Un formateur indépendant peut-il aujourd’hui construire une activité rentable uniquement avec des formations numériques et quels sont, selon votre expérience, les principaux obstacles : acquisition des clients, prix, concurrence, production des contenus ou fidélisation des apprenants ?
Teachizy — Oui, c’est possible, et de plus en plus, mais rarement « passif » comme on l’entend parfois. Le modèle devient rentable quand le formateur le pilote comme une véritable activité : offre claire, récurrence, audience construite dans la durée. Les principaux obstacles sont l’acquisition (se rendre visible et attirer des apprenants), l’engagement et la complétion (éviter l’abandon), le bon positionnement tarifaire, et cette charge administrative et réglementaire. Le numérique permet de décorréler en partie le revenu du temps passé à enseigner, mais on troque souvent du temps pédagogique contre du temps de marketing et de gestion : tout l’enjeu est de réduire ce second poste.
Business Times — Les outils permettent désormais d’automatiser une partie croissante du parcours : vente, relances, suivi, certificats, marketing et demain probablement davantage grâce à l’IA. Jusqu’où peut-on aller sans dégrader la qualité de la formation ? Quelles tâches doivent selon vous impérativement rester entre les mains du formateur ?
Teachizy — L’automatisation a toute sa place sur la périphérie répétitive : paiements, inscriptions, relances, certificats, tâches administratives. C’est ce qui libère le formateur pour ce que lui seul peut faire : concevoir l’expérience d’apprentissage, garantir la qualité et l’expertise, et surtout entretenir la relation humaine, le feedback et l’animation d’une communauté. L’IA permettra d’aller plus loin sur la personnalisation et le support, mais l’intention pédagogique, le lien avec l’apprenant et le jugement humain doivent rester entre les mains du formateur. Notre objectif a toujours été de l’outiller, pas de le remplacer.
Teachizy prépare une étude sur les usages des apprenants
L’entreprise a également transmis à Business Times un complément concernant les données qu’elle prépare sur les usages de la formation en ligne.
Nous le reproduisons tel qu’il nous a été envoyé :
Teachizy — Sur les données : nous menons justement en ce moment une étude sur le moment et les conditions dans lesquelles les apprenants se forment. Elle nous permettra de partager des tendances chiffrées d’ici quelques semaines, ce qui pourrait très bien nourrir l’article. Nous pouvons d’ores et déjà échanger sur les grandes tendances que nous observons (essor des indépendants aux côtés des organismes, cohabitation d’une offre self-serve et d’une offre grands comptes, montée des usages autour de l’IA).
Ces futurs résultats seront particulièrement intéressants pour mesurer une dimension encore peu visible : quand et dans quelles conditions les apprenants consomment réellement une formation numérique.
Car l’enjeu économique ne concerne pas uniquement la vente.
Un programme acheté mais jamais terminé apporte peu de valeur pédagogique. Pour le formateur, la capacité à maintenir l’engagement devient donc aussi importante que celle à attirer de nouveaux clients.
La formation en ligne ne supprime pas le travail, elle le transforme
Les réponses de Teachizy permettent surtout de relativiser une idée encore fréquente.
Digitaliser une formation ne transforme pas automatiquement le formateur en entrepreneur disposant de revenus passifs.
Le modèle peut devenir plus facile à développer à grande échelle.
Cependant, cette capacité s’accompagne de nouvelles fonctions.
Marketing, vente, gestion, conformité, support et animation de communauté occupent progressivement une place importante.
L’automatisation prend alors tout son sens lorsqu’elle permet de réduire cette « charge invisible ».
En revanche, vouloir automatiser l’ensemble du parcours ferait apparaître une autre limite.
Le formateur ne vend pas uniquement des vidéos ou des documents.
Il apporte une expertise, une méthode et un jugement.
L’IA pourra probablement prendre en charge davantage de tâches. Mais, pour Teachizy, l’intention pédagogique et la relation avec l’apprenant doivent rester humaines.
Le véritable enjeu de la formation en ligne n’est donc peut-être plus simplement de digitaliser les contenus.
Il consiste à construire une activité capable de se développer sans transformer le formateur en commercial, administrateur, technicien et service client à plein temps.
Ce qu’il faut retenir
- La formation en ligne ne se limite plus à la pédagogie. Vente, marketing, administration, conformité et suivi des apprenants prennent une place importante dans l’activité.
- 44,8 % des organismes de formation ayant déclaré un chiffre d’affaires positif en 2024 étaient des organismes individuels, selon la Dares.
- Teachizy revendique plus de 500 000 personnes formées via sa plateforme. Cette donnée provient de l’entreprise.
- Une activité 100 % numérique peut être rentable, selon Teachizy, mais elle nécessite une offre claire, une audience et une activité commerciale régulière.
- Le revenu n’est pas réellement « passif ». Une partie du temps pédagogique se transforme souvent en temps de marketing et de gestion.
- L’automatisation est surtout utile pour les tâches répétitives. Paiements, inscriptions, relances, certificats et administration peuvent être largement automatisés.
- Teachizy estime que l’intention pédagogique, le jugement humain et la relation avec l’apprenant doivent rester entre les mains du formateur.
Sources principales
Réponses de Teachizy aux questions de Business Times, transmises directement à la rédaction.
Communiqué de presse Teachizy, présentant notamment le cap de 500 000 personnes formées, le positionnement de la plateforme et ses nouvelles fonctionnalités.
Dares — Les organismes de formation en 2024
Ministère du Travail — Formalités administratives des organismes de formation
Teachizy — Présentation de la plateforme de formation en ligne
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