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La Corée du Sud continue d’investir dans l’IA

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Le gouvernement sud-coréen a annoncé ce lundi 29 juin un plan d’investissement technologique étalé sur 10 ans. Un budget équivalent à 1 000 milliards d'euros est consacré à la construction de data centers et d’usines de semi-conducteurs.

La Corée du Sud continue d’investir dans l’IA

Des investissements à la hauteur de la demande mondiale

Ce méga-investissement représente près de deux tiers du PIB nominal sud-coréen de 2025. L’ambition annoncée par la treizième économie mondiale dépasse les deux précédents projets d’investissement lancés cette année par Samsung et Hyundai Motor.

Ce nouveau plan prévoit un premier volet de 455 milliards d’euros sans calendrier précis.  Deux usines de semi-conducteurs seront respectivement construites par les concurrents Samsung Electronics et SK Hynix. Le ministre de l’Industrie, Kim Jung-kwan, souligne sa volonté de prendre les devants d’un marché en pleine expansion. Il assume l’ambition de conserver « une position de leader écrasante sur le marché ». Les semi-conducteurs destinés à l’IA ou la défense ainsi que les mémoires de nouvelle génération, sont des dispositifs en forte demande.

Le second volet se concentre sur la construction de data center. Ces infrastructures destinées au stockage et au traitement de données sont cruciales pour le développement de l’IA. Dès lors, 568 milliards d’euros seront investis afin de multiplier les data centers d’ici 2035. L’objectif est d’atteindre une puissance totale de 18,4 gigawatts, bien supérieure aux 10 GW actuels.

Un intérêt stratégique et politique pour les régions isolées

La politique de planification industrielle menée par l’État dans les années 1960 et 1970 a favorisé le « miracle économique » sud-coréen. Néanmoins, cette stratégie a concentré les investissements dans quelques pôles industriels, créant un déséquilibre durable. Le sud-est, porté par le port international de Busan, a bénéficié d’un fort développement sidérurgique et technologique. Au nord-ouest, Séoul est le cœur décisionnel qui concentre les services financiers, scientifiques et communicationnels. La capitale s’est convertie, au cours des années 2000, en centre mondial de l’innovation numérique. 

À l’image des complexes industriels créés dans les années 1970, le gouvernement cherche à faire émerger un nouveau pôle dans la région sud-ouest du Honam. L’ambition est de créer une nouvelle base de production afin d’anticiper une potentielle saturation des sites industriels existants comme Yongin et Pyeongtaek. La région bénéficie d’abondantes ressources en électricité renouvelable. Il s’agit d’un avantage stratégique crucial pour alimenter les installations de haute technologie particulièrement énergivores. Néanmoins, ce projet risque de se confronter à un obstacle humain. En effet, la main-d’œuvre qualifiée est rare dans la région, le savoir-faire et les fournisseurs se concentrent principalement dans la région de Séoul. 

Ce choix stratégique est soupçonné de recouvrir des motivations de politique intérieure. La région a largement soutenu le Président de centre-gauche sud-coréen Lee Jae-myung. Bastion de la résistance anti-autoritaire dans les années 1980, la région de Honam est restée à l’écart de l’industrialisation. Cette mesure vise à rassurer son électorat alors que sa popularité est en baisse.

Concentration des bénéfices ou ruissellement social ?

En Corée du Sud, la production de semi-conducteurs a compensé le recul de l’industrie manufacturière traditionnelle. En 2025, les exportations représentent 30 % du marché global. Le marché traverse un « supercycle » porté par un déséquilibre structurel entre une offre limitée et une demande colossale. Ces produits à forte valeur ajoutée sont une source d’enrichissement exponentielle pour les leaders du secteur : Samsung Electronics et SK Hynix.

Cette entrée de richesse assure une croissance de 3,7 % en 2024 et continue de croître. Cependant, les profits accumulés par ce boom mondial des semi-conducteurs se concentrent dans les mains des géants du secteur. Kim Yong-beom, le secrétaire principal à la politique du Président, a évoqué l’idée d’un « dividende national ». L’objectif serait de restituer une part de ces profits aux secteurs économiques en difficulté. Ce dividende pourrait appuyer les start-up destinées aux jeunes, les programmes pour les communautés rurales ou encore les artistes.

Encore au stade de proposition, ce projet illustre la volonté de la Corée du Sud de transformer son avance technologique en levier de développement économique et territorial. Au-delà de la seule compétitivité industrielle, le gouvernement cherche à faire de cette nouvelle richesse un outil de cohésion nationale et un modèle de répartition des bénéfices de l’intelligence artificielle.