AccessiWay, référence européenne sur l’accessibilité numérique, publie aujourd’hui les résultats de son analyse de 100 sites représentatifs des principaux secteurs d’activité en Europe, six mois après l’entrée en vigueur de l’European Accessibility Act (EAA). Le constat est sans appel : 94 % des sites testés présentent au moins une faille d’accessibilité, laissant 87 millions d’Européens en situation de handicap exclus des services numériques essentiels.
Un constat alarmant six mois après l’EAA
Plus de 150 jours après l’entrée en vigueur de la Loi européenne sur l’accessibilité, le bilan dressé par AccessiWay révèle une inaction généralisée. 94 % des sites web testés présentent au moins une défaillance majeure d’accessibilité parmi les huit critères étudiés : reflow, contraste, navigation au clavier, visibilité du focus, redimensionnement du texte, pause/arrêt, ordre de focus et clignotements.
Cette nouvelle réglementation, souvent comparée au RGPD pour son impact systémique, impose des obligations claires aux entreprises offrant des services numériques dans l’Union européenne. Le rapport d’AccessiWay, couvrant 100 sites à forte audience en Allemagne, France, Italie, Autriche et Royaume-Uni, révèle que même après six mois, la plupart des marques n’ont pas corrigé les obstacles empêchant des millions d’Européens handicapés d’utiliser des services essentiels.
L’enjeu dépasse la simple conformité réglementaire. Les 87 millions d’Européens en situation de handicap représentent un marché potentiel estimé à 13 000 milliards de dollars de pouvoir d’achat mondial. Ignorer l’accessibilité numérique, c’est non seulement enfreindre la loi, mais aussi se priver d’une clientèle considérable.
La France dans la moyenne européenne
En France, seuls 10 % des sites testés ont passé les contrôles d’accessibilité, pour une moyenne de 2,4 défaillances par site. L’obstacle le plus fréquent concerne le reflow, affectant 14 sites. Cette technique essentielle dans la conception web permet de réorganiser et d’afficher le contenu de manière lisible et utilisable sur les différents appareils et tailles d’écran, assurant une meilleure accessibilité numérique.
Après le reflow, les autres difficultés les plus rencontrées sont le contraste insuffisant (9 sites) et la navigation au clavier (7 sites). Ces défaillances, bien que techniques, ont des conséquences concrètes : personnes malvoyantes incapables de lire les textes, utilisateurs en situation de handicap moteur ne pouvant naviguer sans souris, contenus inaccessibles sur petits écrans.
Un enjeu de société et de compétitivité
L’accessibilité numérique ne constitue pas seulement une obligation réglementaire ou un enjeu commercial. C’est avant tout une question d’inclusion et d’égalité d’accès aux services essentiels : banque en ligne, e-commerce, administration, santé, éducation. Exclure 87 millions d’Européens de ces services, c’est perpétuer une forme de discrimination à l’ère numérique.
Six mois après l’entrée en vigueur de l’EAA, le chemin reste long. Les entreprises doivent désormais passer de la prise de conscience à l’action concrète, sous peine de sanctions croissantes et de perte d’opportunités commerciales majeures.
Cette performance relative de la France s’explique en partie par une sensibilisation plus ancienne grâce au RGAA (Référentiel Général d’Amélioration de l’Accessibilité) et à des actions militantes actives. Néanmoins, avec seulement 10 % de sites conformes, la marge de progression reste considérable.
