Évaluer son entreprise en 15 minutes : l’algorithme qui bouscule les codes de la valorisation

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La transmission d’une entreprise peut se bloquer avant même l’ouverture des négociations. Le dirigeant qui cède son activité intègre souvent dans son prix les années de travail, les investissements réalisés et la valeur qu’il attribue à son parcours. Le repreneur analyse principalement la rentabilité, les risques, les perspectives et sa capacité à financer l’opération. Lorsque ces deux approches aboutissent à des montants éloignés, l’expert-comptable, l’avocat ou le conseil en transmission doit construire une estimation suffisamment argumentée pour rétablir une base de négociation.

Évaluer son entreprise en 15 minutes : l’algorithme qui bouscule les codes de la valorisation

C’est sur ce besoin que se positionne EstimerMonEntreprise.fr. La plateforme affirme permettre d’évaluer une TPE, une PME, une entreprise artisanale, une société de services ou une profession libérale en une quinzaine de minutes. L’utilisateur importe les fichiers comptables, renseigne les caractéristiques de l’entreprise et peut retraiter certains indicateurs de rentabilité. L’outil génère ensuite un rapport d’environ trente pages présentant les données analysées, les forces de l’activité, ses points de vigilance et une estimation de sa valeur.

Selon ses fondateurs, l’analyse combine des données financières et des critères opérationnels, notamment la dynamique commerciale, l’état des équipements, les locaux, les ratios sectoriels et la dépendance de l’entreprise à certains clients ou à son dirigeant.

Pour en savoir plus sur la méthodologie et la fiabilité de cet outil, Business Times a interrogé Arnaud Villeroy, fondateur de la plateforme.

Comment votre algorithme calcule-t-il la valeur d’une entreprise : quelles méthodes de valorisation utilisez-vous, comment les pondérez-vous et sur quelles données de transactions réelles fondez-vous votre analyse ?

Arnaud Villeroy: Notre algorithme croise systématiquement plusieurs approches de valorisation complémentaires, chacune produisant une fourchette basse/moyenne/haute : la moyenne du chiffre d’affaires HT, la rentabilité retraitée (EBE retraité), qui reflète la capacité réelle de l’affaire à rembourser un emprunt et rémunérer un repreneur, et le taux de profitabilité, qui met en perspective cette rentabilité par rapport au volume d’affaires. Des éléments patrimoniaux peuvent compléter ces trois approches.

Ce qui distingue notre algorithme, c’est la finesse de la pondération : nous calons d’abord chaque coefficient sur le type d’activité. Notre outil couvre plus de 500 activités commerciales différentes, sur toutes typologies de structures. La valeur obtenue est ensuite ajustée par la prise en compte de 35 facteurs opérationnels non-chiffrés propres à chaque affaire : emplacement, état du bail, notoriété, dépendance au dirigeant, fidélité de la clientèle, entre autres.

Un point sur lequel nous sommes intransigeants : la distinction entre la valeur du fonds de commerce et la valeur des titres de la société. Entre les deux, il y a la trésorerie disponible et les dettes, qui déterminent ce qui atterrit réellement dans la poche du cédant après fiscalité. Notre rapport présente donc systématiquement les deux valeurs et détaille l’écart entre elles.

Pour calibrer nos coefficients sur des bases réelles, nous nous appuyons sur les données de transactions issues des bases gouvernementales, notamment le BODACC et Infogreffe, qui recensent les cessions effectivement réalisées en France. Cette donnée brute est enrichie par notre expérience de terrain, celle de plus de 300 cessions accompagnées sur 15 ans, pour affiner la prise en compte de facteurs qu’aucune base de données ne capture, comme la perception d’un repreneur face à un outil vieillissant.

Disposez-vous d’un suivi permettant de comparer les estimations produites avec les prix effectivement négociés lors des cessions ? Quel écart moyen observez-vous et dans quelles situations l’intervention d’un expert reste-t-elle indispensable ?

A.V : Nous suivons les cessions pour actualiser nos barèmes. Notre algorithme a été calibré sur des milliers de cessions, avec un différentiel moyen de 3,8% entre les estimations produites et les prix de vente effectivement négociés – un écart qui témoigne de la fiabilité de l’approche, tout en laissant la place, normale et saine, à la négociation entre les parties.

Ce qui est frappant dans notre expérience du terrain, c’est que l’écart ne vient presque jamais de l’outil : il vient du cédant. Régulièrement, les prix initialement souhaités par les dirigeants sont 20 à 40% supérieurs à la réalité du marché – un chiffre sorti de l’attachement à l’affaire plus que d’une analyse objective. C’est précisément le rôle de l’estimation : ramener la discussion sur des bases réalistes avant même d’entrer en négociation.

Cela dit, l’outil objective un point de départ, il ne remplace pas l’expert sur : la lecture fine d’un bilan atypique, la négociation elle-même, le montage juridique et fiscal de l’opération, ou l’appréciation de facteurs humains, des éléments qu’aucun algorithme ne capture complètement. La valorisation est un point de départ solide de la mission de conseil, pas un substitut.

Vous prévoyez d’ajouter des annonces et une mise en relation entre vendeurs et repreneurs. Comment garantirez-vous la neutralité de l’estimation si la plateforme intervient ensuite dans d’autres étapes de la transaction ?

A.V : C’est une vigilance que nous avons intégrée dès la conception, parce qu’elle touche à la crédibilité même de l’outil. EstimerMonEntreprise.fr n’a pas vocation à réaliser des transactions. Nous allons développer des outils de préparation à la transaction – data-room, analyses poussées, annonces, mise en relation  mais aucune facette de nos solutions ne sera en situation de conflit d’intérêt, pour une raison simple : nous ne serons jamais partie prenante d’une transaction, nous ne vendons aucune donnée, et nous ne serons jamais rémunérés dans le cadre d’une transaction.

Notre métier est l’estimation précise et la facilitation des cessions – pas leur accompagnement, ni leur réalisation. Cette distinction est structurelle, pas seulement déclarative : elle protège à la fois la neutralité de l’algorithme et la confiance des professionnels – experts-comptables, agents immobiliers spécialisés, mandataires – qui utilisent l’outil en amont de leurs propres missions.

Sur les plus de 35 000 estimations réalisées par EstimerMonCommerce.fr, combien ont débouché sur une mise en vente ou une transaction ?

A.V : Nous ne demandons délibérément pas cette information à nos utilisateurs : la confidentialité de leur démarche est une valeur forte pour nous, et beaucoup d’entre eux utilisent l’outil précisément parce qu’ils ne veulent pas que leur projet de cession s’ébruite – y compris auprès de nous. Tracer systématiquement le devenir de chaque estimation irait à l’encontre de cette promesse de discrétion.

Ce que nous recevons en revanche, régulièrement et de façon spontanée, ce sont des retours d’utilisateurs nous indiquant que le dossier d’estimation leur a permis de répondre à un besoin immédiat ou de débloquer une situation qui stagnait, et de vendre l’affaire – souvent après avoir enfin obtenu un chiffre qu’ils percevaient comme objectif et argumenté, là où leur propre estimation intuitive bloquait toute négociation. 

Comment définissez-vous la « valeur de marché réaliste » figurant dans vos rapports, et à quelle fréquence actualisez-vous les références utilisées ?

A.V : La valeur de marché réaliste est la valeur de synthèse qui résulte du croisement des différentes approches de valorisation intégrées dans le rapport, ajustée par les facteurs opérationnels propres au dossier. Elle vise à représenter ce qu’un acquéreur informé serait raisonnablement prêt à payer compte tenu de l’état réel de l’affaire – pas une valeur théorique déconnectée du marché de la transmission.

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