Micro-entrepreneurs : l’accompagnement, facteur clé de survie face à la hausse des créations d’entreprises

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La création d’entreprises continue de progresser en France. Selon les dernières données publiées par l’Insee, le nombre d’entreprises créées entre juillet 2025 et juin 2026 a augmenté de 11,1 % par rapport aux douze mois précédents. Les immatriculations de micro-entrepreneurs ont progressé de 13,7 % sur la même période. Cette dynamique confirme la place prise par la micro-entreprise dans le paysage entrepreneurial français. En 2025, 1 165 800 entreprises avaient été créées, dont 758 600 sous le régime de la micro-entreprise.

Micro-entrepreneurs : l’accompagnement, facteur clé de survie face à la hausse des créations d’entreprises

Le nombre de créations ne suffit toutefois pas à mesurer la solidité économique des projets. Immatriculer une entreprise ne garantit pas d’en tirer un revenu durable, de financer son développement, ou de maintenir son activité au-delà des premières années.. La Fondation Entreprendre estime que le manque d’accompagnement et l’insuffisance du soutien apporté par l’entourage figurent parmi les freins rencontrés par les porteurs de projet. Elle appelle notamment à renforcer l’action des associations qui accompagnent les micro-entrepreneurs dans les territoires ruraux.

Reste à mesurer précisément l’effet de cet accompagnement sur la survie des entreprises, les revenus des dirigeants et la création d’emplois. Business Times a interrogé la Fondation Entreprendre sur la pérennité des micro-entreprises, la couverture du réseau associatif et les mesures nécessaires pour accompagner les entrepreneurs dans la durée.

La hausse des immatriculations ne renseigne pas sur la durée de vie des entreprises créées. Quels écarts de pérennité observez-vous, à un, trois et cinq ans, entre les entrepreneurs accompagnés et ceux qui ne le sont pas ?

Éric d’Engenières, Directeur des programmes de la Fondation Entreprendre : Effectivement, il ne suffit pas de se réjouir de la hausse des immatriculations, il faut toujours regarder également la durée de vie des entreprises créées. Si elles ne peuvent pas toutes réussir et que le droit à l’échec est un facteur qui limite la réussite entrepreneuriale en France, trop de cessation d’activité dans les trois à cinq ans, c’est aussi des emplois détruits, de la valeur économique perdue et de la santé mentale dégradée.

A un an, les écarts entre entrepreneurs accompagnés et non-accompagnés ne sont pas très pertinents à analyser. Car chez les micro-entrepreneurs, qui représentaient en juin 2026 selon l’INSEE 67,5 % des créations d’entreprises en France, un peu moins d’un tiers d’entre eux ne démarrent pas leur activité après l’immatriculation.

Il faut ainsi regarder à 3 ou 5 ans. S’il n’existe pas de chiffres spécifiques aux micro-entrepreneurs, on peut se baser sur ce qui a été mesuré au sein du collectif Cap Créa de BPI, qui regroupe 24 réseaux associatifs nationaux de l’accompagnement entrepreneurial. La pérennité à 3 ans des entrepreneurs accompagnés y est de 85%, alors que l’INSEE indique une moyenne nationale autour de 60%. Ces chiffres démontrent un impact très significatif de l’accompagnement sur la durée de vie. 

À quel moment les micro-entrepreneurs sont-ils le plus exposés à l’échec et quelles difficultés reviennent le plus souvent : modèle économique insuffisant, manque de clients, financement, isolement, gestion administrative ou protection sociale ?

É.E : L’étude “Les micro-entrepreneurs, des entrepreneurs comme les autres” que la Fondation a publiée en juin 2023 a montré que les besoins des micro-entrepreneurs étaient similaires à ceux des entrepreneurs en général. Néanmoins, ils sont plus exposés à certaines difficultés.

Tout d’abord, le sentiment de solitude, qui intervient dès le début du projet. Selon Legal Place, 96% des micro-entrepreneurs domicilient leur activité à leur domicile. Concrètement, ils se retrouvent seuls à la fois dans la prise des décisions, et à la fois dans la relation aux clients.

Selon les chiffres de l’INSEE de 2024, le revenu mensuel moyen des micro-entrepreneurs était de 680 euros. Derrière cette moyenne, il y a des disparités très fortes et des situations où ce revenu n’est qu’un complément. Néanmoins, beaucoup d’entre eux, notamment les femmes, se retrouvent dans une situation de précarité financière. D’où l’enjeu de travailler le modèle économique du projet pour s’assurer qu’il puisse devenir viable pour la personne.

L’enjeu de la protection sociale découle souvent de ces difficultés économiques. Si les micro-entrepreneurs bénéficient maintenant d’une protection sociale proche des autres indépendants, cette dernière est conditionnée par des seuils minimums de chiffres d’affaires.

Enfin, notre étude a montré que les micro-entrepreneurs méconnaissent trop souvent les règles de gestion et de comptabilité à mettre en place ainsi que les outils qui pourraient les aider pour cela. Ce qui conduit à fragiliser les micro-entreprises. 

Quel est aujourd’hui l’état réel du réseau associatif d’accompagnement en France ? Disposez-vous de données sur le nombre de structures, les entrepreneurs suivis, leur capacité d’accueil et les territoires qui restent insuffisamment couverts ?

É.E : L’écosystème associatif d’accompagnement à l’entrepreneuriat est très clairement un atout en France qui explique en partie les bons chiffres de la création d’entreprise. On y retrouve les réseaux nationaux, comme France Active, BGE, ou Réseau Entreprendre, ainsi que des incubateurs associatifs qui se spécialisent par publics, territoires, ou étapes entrepreneuriales.

La force de cet écosystème vient de sa grande diversité d’acteurs, qui interviennent à différents niveaux du projet entrepreneurial, pour des publics et des échelles territoriales diverses. Et, du fait de la dimension d’intérêt général de ces associations, cette offre d’accompagnement est gratuite, ou accessible avec une faible participation financière.

Il n’y a pas de chiffres officiels sur l’ensemble de l’écosystème. Les réseaux membres du collectif Cap Créa de BPI représentent par exemple près de 500 associations locales, qui ont accompagné en 2025 plus de 84 000 entrepreneurs ou repreneurs. Autre exemple, le réseau national des incubateurs de l’ESS animé par l’Avise, représente lui 133 structures et antennes.

Mais cette force apparente ne doit pas faire oublier la situation de grande fragilité de financement qui touche l’ensemble du tissu associatif français, du fait de la réduction des financements publics et du passage d’une logique de subvention à celle de commande publique, ce qui fragilise les associations.

L’enjeu est de renforcer la robustesse de ces structures afin qu’elles continuent de rendre l’entrepreneuriat accessible à toutes et tous, sur l’ensemble des territoires, et qu’elles puissent accompagner encore davantage la réussite et la durabilité des projets. 

Quelles mesures concrètes demandez-vous aux pouvoirs publics et aux financeurs pour renforcer l’accompagnement des micro-entrepreneurs ruraux, et avec quels objectifs mesurables en matière de survie des entreprises, de revenus ou d’emplois locaux ?

É.E : Notre étude a mis en avant plusieurs recommandations pour répondre aux besoins et difficultés spécifiques des entrepreneurs. Il est tout d’abord essentiel que les pouvoirs publics intègrent pleinement, dans leurs dispositifs de soutien à l’entrepreneuriat, les micro-entrepreneurs comme des entrepreneurs à part entière. Seuls 23% d’entre eux sont accompagnés contre 40% des entrepreneurs en général. Pour rééquilibrer ce taux, il faudrait améliorer la coopération entre les pouvoirs publics et les associations afin de faire connaître l’offre d’accompagnement et orienter les personnes. Cela pourrait passer concrètement par une meilleure connexion entre France Travail et les acteurs associatifs. Ce à quoi travaille notamment le collectif Cap Créa.

Concernant l’entrepreneuriat en ruralité, l’enjeu déborde celui des micro-entreprises, car les difficultés, notamment d’accès au marché et de financement, y sont rencontrées par l’ensemble des types d’entreprises créées. Pouvoirs publics et financeurs locaux ont un rôle déterminant pour l’entrepreneuriat rural en soutenant et s’impliquant auprès des acteurs associatifs qui, par l’accompagnement, vont favoriser le développement et la durabilité des projets. La coopération entre acteurs locaux publics et privés est ainsi clé pour renforcer la dynamique entrepreneuriale, la création d’emplois locaux et la survie des entreprises.