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Nvidia double ses revenus et ses profits : le géant de l’IA voit encore 70 % de croissance devant lui

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96,2 milliards de dollars de chiffre d’affaires en trois mois, près de 60 milliards de bénéfice et des ventes de data centers qui ont plus que doublé. Nvidia continue de profiter des investissements massifs dans l’intelligence artificielle. Mais le groupe va plus loin : il prévoit désormais environ 70 % de croissance supplémentaire lors de son prochain exercice, malgré les tensions sur les composants et les incertitudes persistantes en Chine.

Nvidia double ses revenus et ses profits : le géant de l’IA voit encore 70 % de croissance devant lui

Il devient difficile de parler d’un simple effet de rattrapage.

Nvidia a réalisé 96,2 milliards de dollars de chiffre d’affaires au deuxième trimestre de son exercice 2027, clos le 26 juillet. C’est 18 % de plus qu’au trimestre précédent et surtout 106 % de plus qu’un an auparavant, lorsque le groupe réalisait encore 46,7 milliards de dollars de revenus.

Le bénéfice net progresse encore plus vite. Il atteint 59,7 milliards de dollars, contre 26,4 milliards un an plus tôt, soit une hausse de 126 %. La marge brute reste à un niveau particulièrement élevé de 75 %.

Les résultats dépassent également les prévisions de Wall Street : les analystes tablaient en moyenne sur environ 92,2 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Le bénéfice ajusté par action ressort à 2,22 dollars, contre environ 2,10 dollars attendus.

Consulter les résultats financiers complets publiés par Nvidia

Les data centers représentent désormais plus de 92 % du chiffre d’affaires

Le chiffre le plus révélateur se trouve ailleurs.

Les activités de data centers ont généré à elles seules 89 milliards de dollars au cours du trimestre, en hausse de 117 % sur un an. Elles représentent désormais environ 92,5 % du chiffre d’affaires total de Nvidia, selon le calcul de Business Times à partir des données publiées par l’entreprise.

Nvidia n’est donc plus principalement l’entreprise connue du grand public pour ses cartes graphiques destinées aux joueurs. Son activité repose désormais très largement sur les infrastructures nécessaires pour entraîner et faire fonctionner les modèles d’intelligence artificielle.

Cette transformation avait déjà été observée par Business Times lors du lancement de la nouvelle génération de processeurs Vera Rubin, appelée à succéder progressivement à Blackwell.

À lire sur Business Times : Nvidia lance ses nouvelles puces IA Vera Rubin, un secteur toujours en quête de rentabilité

La plateforme Vera Rubin est désormais entrée en production. Des équipements sont déjà déployés chez CoreWeave, Google Cloud, Microsoft Azure, Oracle Cloud et Nebius. Nvidia estime même que Rubin pourrait représenter environ un cinquième de ses revenus data centers dès le trimestre en cours.

Nvidia prévoit déjà 108 milliards de dollars au prochain trimestre

La croissance n’est pas censée s’arrêter cet été.

Pour son troisième trimestre fiscal, Nvidia prévoit environ 108 milliards de dollars de chiffre d’affaires, avec une marge de plus ou moins 2 %. Wall Street attendait environ 104,2 milliards.

Cette prévision présente une particularité : elle ne tient compte d’aucun revenu provenant des ventes de processeurs de calcul pour data centers en Chine.

Le marché chinois reste soumis aux restrictions américaines à l’exportation et aux décisions successives de Washington concernant les puces susceptibles d’être vendues aux entreprises chinoises. Les ventes de Nvidia pourraient donc bénéficier d’un supplément si la situation se débloquait davantage.

Mais Jensen Huang a surtout surpris les investisseurs en regardant beaucoup plus loin.

Une prévision de croissance inhabituelle : +70 % en 2027-2028

Nvidia estime désormais que son chiffre d’affaires pourrait encore progresser d’environ 70 % au cours de son prochain exercice fiscal, qui s’achèvera en janvier 2028.

Le chiffre est d’autant plus remarquable que les analystes tablaient jusqu’ici sur environ 44 % de croissance.

Nvidia donne très rarement des prévisions aussi lointaines. Jensen Huang l’a lui-même reconnu lors de la présentation des résultats : le groupe n’avait jusque-là jamais véritablement fourni de prévisions à un an.

Pour le dirigeant, la demande change surtout de nature. Elle ne vient plus seulement des géants traditionnels du cloud comme Microsoft, Amazon ou Google.

Les laboratoires spécialisés dans l’IA, les nouveaux fournisseurs de cloud comme CoreWeave ou Nebius, les entreprises, les États qui veulent développer leurs propres infrastructures souveraines et les industriels commencent eux aussi à investir massivement.

Nvidia estime que les laboratoires d’intelligence artificielle pourraient représenter environ un quart de son activité dès l’année prochaine.

Le partenariat annoncé avec Amazon illustre l’échelle atteinte : AWS et Nvidia prévoient le déploiement de deux millions de GPU supplémentaires en 2027 et 2028.

Les industriels deviennent eux aussi des clients de l’IA Nvidia

La croissance ne repose d’ailleurs plus uniquement sur ChatGPT et les grands modèles génératifs.

Robotique, véhicules autonomes, usines, santé ou simulation industrielle deviennent progressivement des marchés pour les processeurs et les logiciels Nvidia.

Business Times avait notamment analysé le partenariat entre ABB Robotics et Nvidia, qui permet aux industriels d’entraîner virtuellement leurs robots avant leur installation dans les chaînes de production.

À lire sur Business Times : ABB Robotics et Nvidia accélèrent l’IA industrielle avec des robots entraînés en simulation

Cette diversification est importante pour Nvidia : elle permet au groupe de défendre l’idée que l’investissement dans l’IA ne dépend pas uniquement de quelques géants américains prêts à construire des data centers toujours plus importants.

La croissance se heurte pourtant à une pénurie de composants

La situation n’est pas totalement sans risque.

Nvidia affirme aujourd’hui qu’il pourrait vendre davantage de processeurs s’il était capable d’en produire suffisamment.

Le principal problème concerne notamment les composants mémoire indispensables aux systèmes d’IA. Colette Kress, directrice financière du groupe, estime que Nvidia restera limité par ses capacités d’approvisionnement alors que le prix de certaines mémoires a fortement augmenté.

Conséquence directe : les marges devraient se contracter.

Après 75 % au deuxième trimestre, Nvidia prévoit environ 74 % au trimestre suivant. Elles pourraient ensuite atteindre un point bas situé entre 71 % et 72 % au quatrième trimestre.

Pour une entreprise réalisant près de 100 milliards de dollars de ventes en trois mois, quelques points de marge représentent plusieurs milliards de dollars.

Nvidia commence également à financer son propre écosystème

Un autre élément mérite l’attention.

Nvidia ne se contente plus de vendre des puces aux constructeurs de data centers. Le groupe participe de plus en plus activement au financement de leur développement.

Il a annoncé des partenariats avec Apollo, BlackRock, Blackstone, Brookfield, Goldman Sachs et KKR destinés à créer des plateformes capables de mobiliser à terme plus de 500 milliards de dollars de capitaux privés pour financer des infrastructures d’intelligence artificielle. Ces projets restent soumis à la conclusion définitive des accords.

Cette stratégie fait débat à Wall Street. Certains investisseurs s’interrogent sur le risque de voir Nvidia soutenir financièrement un écosystème qui achète ensuite ses propres équipements.

La direction assume cette politique et considère qu’elle permet d’augmenter la taille du marché tout en générant de nouvelles sources de revenus.

C’est peut-être là que se trouve désormais le principal sujet à surveiller : non plus seulement la demande pour l’intelligence artificielle, mais la capacité de ses clients à rentabiliser les centaines de milliards de dollars investis dans les infrastructures.

Business Times avait déjà abordé cette question en analysant le nouveau modèle économique qui se construit autour de l’IA.

À lire sur Business Times : L’IA, moteur d’un nouveau modèle économique

L’action Nvidia repart à la hausse

Pour l’instant, les marchés retiennent surtout les prévisions de croissance.

Après avoir hésité mercredi soir, l’action Nvidia progressait d’environ 6,7 % dans les échanges précédant l’ouverture de Wall Street jeudi matin, à 223,71 dollars. À ce niveau, cette seule hausse pourrait ajouter environ 340 milliards de dollars à la capitalisation boursière du groupe.

Au moins dix maisons d’analyse avaient déjà relevé leur objectif de cours jeudi matin.

Lire l’analyse de Reuters sur la réaction des marchés ce jeudi 27 août

Nvidia doit maintenant tenir des attentes devenues considérables.

Doubler son chiffre d’affaires lorsque l’entreprise pesait quelques dizaines de milliards de dollars était déjà remarquable. Le doubler lorsqu’elle approche désormais les 100 milliards de dollars de ventes trimestrielles change complètement l’échelle du défi.

Pour l’instant, Jensen Huang estime que la construction mondiale des infrastructures d’intelligence artificielle ne fait que commencer. Les prochains trimestres permettront surtout de savoir si les entreprises qui achètent ces capacités de calcul parviennent, elles aussi, à transformer l’IA en revenus.