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Microsoft : son data center géant en Alsace franchit une étape décisive

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Près de 36 hectares de terrain, environ 2 milliards d'euros d'investissement et une consommation électrique qui pourrait atteindre 1 500 GWh par an. Le futur data center de Microsoft près de Mulhouse vient d'obtenir un avis favorable du commissaire enquêteur. Le projet avance, malgré une opposition locale forte et des questions qui restent entières sur son poids énergétique.

Microsoft : son data center géant en Alsace franchit une étape décisive

Microsoft se rapproche un peu plus de Petit-Landau et Hombourg, dans le Haut-Rhin.

Le commissaire chargé de l’enquête publique a rendu le 24 août un avis favorable au projet de centre de données que le groupe américain souhaite construire à l’est de Mulhouse. L’avis porte notamment sur l’autorisation environnementale, les permis de construire et l’adaptation du plan local d’urbanisme nécessaire à l’implantation du site. Une réserve concerne les nuisances sonores, qui devront être mesurées lorsque le centre sera en fonctionnement.

Ce feu vert n’est pas encore l’autorisation finale de construire et d’exploiter le site. Il constitue en revanche une étape importante dans une procédure engagée depuis plusieurs mois.

Un investissement de 2 milliards d’euros pour l’IA

Le futur campus doit être consacré au cloud et aux besoins croissants de l’intelligence artificielle. Il devrait occuper environ 36 hectares, aujourd’hui principalement constitués de terres agricoles, et entrer progressivement en service à partir de 2029.

Microsoft estime que le site pourrait créer 150 à 200 emplois directs une fois en activité.

Le projet ne sort pas de nulle part. En mai 2024, Microsoft avait annoncé 4 milliards d’euros d’investissements en France afin de développer ses infrastructures cloud et IA, renforcer ses sites de Paris et Marseille et créer un nouveau campus dans l’agglomération de Mulhouse. Le groupe annonçait alors vouloir porter ses capacités françaises jusqu’à 25 000 GPU de dernière génération.

Business Times avait déjà consacré un dossier au pari français de l’intelligence artificielle, notamment à l’attractivité de la France pour ces infrastructures fortement consommatrices d’électricité.

Jusqu’à 1 500 GWh d’électricité par an

C’est précisément sur l’énergie que le projet alsacien change d’échelle.

Dans son avis publié au printemps, la Mission régionale d’autorité environnementale estimait la consommation du centre à plus de 1 500 GWh par an. Selon son calcul, cela correspond à environ 80 % de la consommation électrique annuelle des ménages du Haut-Rhin.

Le raccordement nécessitera deux lignes électriques de 225 kV. Le site prévoit également 111 groupes électrogènes de secours, ce qui fait entrer une partie de l’installation dans le régime des installations classées et dans le champ Seveso.

Microsoft fait valoir que le centre utilisera principalement une électricité décarbonée. Le commissaire enquêteur estime par ailleurs que le groupe ne bénéficiera pas d’un accès prioritaire à l’électricité au détriment des habitants ou des entreprises locales.

La question n’est pas anodine alors que les capacités de calcul nécessaires à l’IA augmentent rapidement. Business Times avait déjà abordé cette face moins visible de l’intelligence artificielle dans « L’IA, moteur d’un nouveau modèle économique », consacré notamment à la consommation des data centers.

80 % des contributions étaient défavorables

Le résultat de l’enquête publique montre cependant que le dossier reste loin de faire consensus.

Près de 80 % des contributions recueillies étaient défavorables au projet. Les critiques portent principalement sur la consommation d’électricité, l’artificialisation des terres agricoles et l’impact environnemental du futur site.

La Mission régionale d’autorité environnementale avait elle-même été sévère en mars. Elle jugeait certaines analyses du dossier insuffisamment approfondies, notamment sur les rejets atmosphériques, les risques sanitaires, l’énergie, le climat et la consommation de terres agricoles.

La consommation d’eau devrait en revanche être beaucoup plus limitée que celle parfois associée aux grands centres de données. Le rapport évoque environ 5 000 m³ d’eau potable par an, sans prélèvement direct prévu dans le Rhin ou dans la nappe phréatique d’Alsace.

Le prix matériel de la course à l’IA

Le dossier de Petit-Landau résume assez bien l’équation française.

La France veut attirer les investissements dans l’intelligence artificielle et dispose pour cela d’un avantage sérieux : une électricité largement décarbonée et une capacité de production importante. Microsoft, de son côté, a besoin de nouvelles infrastructures pour répondre à la demande de calcul de ses clients.

Mais chaque nouveau data center transforme une ambition numérique en besoins très physiques : terrain, raccordement électrique, bâtiments, équipements de refroidissement et puissance disponible.

À Petit-Landau, le débat va donc se poursuivre bien après l’avis favorable du commissaire enquêteur. La prochaine étape sera celle des décisions administratives permettant, ou non, au projet d’entrer réellement en phase de construction.