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Présidentielle 2027 : Bruno Retailleau fait de LFI sa cible et ferme la porte au bloc central

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Pour sa première grande interview de rentrée, Bruno Retailleau a qualifié La France insoumise de « parti de collabos » avec l’islamisme. Une attaque d’une rare violence verbale, qu’il relie notamment aux positions défendues autour du délit d’apologie du terrorisme. Mais le candidat LR a aussi adressé un autre message : malgré une campagne encore sous les 10 %, il n’entend se rallier ni à Édouard Philippe ni à Gabriel Attal.

Présidentielle 2027 : Bruno Retailleau fait de LFI sa cible et ferme la porte au bloc central

Bruno Retailleau avait choisi de se faire discret pendant une bonne partie de l’été. Sa rentrée médiatique l’est beaucoup moins.

Invité de BFMTV mercredi 26 août, le président des Républicains et candidat à l’élection présidentielle de 2027 a violemment attaqué La France insoumise, qualifiée de « parti de collabos » avec les « ennemis de la France ». Il affirme voir dans certaines propositions du mouvement de Jean-Luc Mélenchon une forme de complaisance envers l’islamisme.

La formule est spectaculaire. Elle intervient surtout à un moment où Bruno Retailleau cherche à remettre sa campagne au premier plan.

Selon Le Monde, le candidat LR évolue actuellement entre 6 % et 9 % des intentions de vote selon les configurations testées. Il doit participer ce jeudi 27 août au premier grand débat de la présidentielle organisé devant les dirigeants et entrepreneurs réunis à la REF du Medef.

Ce que Bruno Retailleau reproche exactement à LFI

Pour comprendre son attaque, il faut revenir sur un débat juridique devenu politique.

Le 19 novembre 2024, des députés de La France insoumise, parmi lesquels Ugo Bernalicis, Mathilde Panot et Manuel Bompard, ont déposé à l’Assemblée nationale une proposition de loi visant à abroger l’article 421-2-5 du Code pénal, qui réprime l’apologie du terrorisme.

Le texte est toujours répertorié par l’Assemblée nationale comme renvoyé à la commission des lois. Il n’a donc pas été adopté.

Les auteurs justifient leur proposition par la défense de la liberté d’expression et dénoncent ce qu’ils considèrent comme un usage excessif de cette infraction contre des militants, responsables politiques ou syndicaux. Leur argument n’est donc pas de revendiquer le terrorisme, mais de contester son traitement dans le Code pénal.

Le gouvernement défend exactement la position inverse. Le ministère de la Justice rappelait encore en mai dernier que le délit permet de sanctionner la provocation directe à des actes terroristes ou leur apologie et qu’il constitue un élément de la politique de prévention du terrorisme.

Les peines peuvent atteindre cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende, et jusqu’à sept ans et 100 000 euros lorsque les faits sont commis sur Internet. Le Conseil constitutionnel avait validé la constitutionnalité de cette infraction en 2018.

Une nouvelle polémique aux universités d’été de LFI

Le sujet est revenu dans l’actualité quelques jours avant l’intervention de Bruno Retailleau.

Lors des universités d’été de LFI, une table ronde consacrée à la « criminalisation et répression du mouvement de solidarité avec la Palestine » était animée par l’eurodéputée Rima Hassan.

Une juriste franco-palestinienne invitée à cette conférence a défendu l’abrogation du délit d’apologie du terrorisme et est même allée plus loin en plaidant pour une remise en cause plus générale de certaines dispositions antiterroristes. Rima Hassan a pour sa part rappelé le travail mené par LFI sur cette question.

La distinction est importante : ce n’est pas Rima Hassan qui a déposé la proposition de loi de 2024, puisqu’elle siège au Parlement européen et non à l’Assemblée nationale. Le texte est celui des députés du groupe LFI.

Bruno Retailleau avait déjà réagi au débat des Amfis en accusant LFI d’être « complice des ennemis de la France » et en demandant à Jean-Luc Mélenchon de désavouer les propos tenus pendant la conférence. Trois jours plus tard, il est passé au terme de « collabos ».

Une attaque qui sert aussi la campagne de Retailleau

Cette séquence ne concerne toutefois pas seulement LFI.

Bruno Retailleau profite de sa rentrée pour préciser la place qu’il entend occuper dans une présidentielle où la droite reste dispersée.

Mercredi soir, il a exclu l’idée d’un rapprochement avec Édouard Philippe ou Gabriel Attal, estimant que les deux anciens Premiers ministres restent liés au bilan d’Emmanuel Macron. Il leur reproche de ne pas pouvoir se « décontaminer » du macronisme.

Cette position n’est pas entièrement partagée chez Les Républicains. Plusieurs responsables du parti continuent d’évoquer la nécessité d’un rapprochement ou d’une primaire avec le centre droit. Plus de 200 élus de droite et du centre ont récemment appelé à une « primaire ouverte », avec la crainte d’une élimination de leur camp au premier tour.

Retailleau choisit pour l’instant l’autre stratégie : affirmer sa propre candidature et marquer nettement ses différences avec LFI, le macronisme mais également le Rassemblement national.

Il a ainsi attaqué Marine Le Pen mercredi, lui reprochant de porter un « projet socialiste » et d’« entraîner la France à sa perte ».

La bataille va maintenant se déplacer sur l’économie

C’est là que la séquence devient particulièrement intéressante à suivre pour les chefs d’entreprise.

Bruno Retailleau est attendu ce jeudi à Roland-Garros pour le débat présidentiel organisé dans le cadre de la Rencontre des entrepreneurs de France. Sept prétendants à l’Élysée doivent confronter leurs propositions devant le patronat.

Le candidat LR a commencé à dévoiler son terrain économique. Dans un entretien publié mercredi, il a notamment promis de réduire les droits de succession « au maximum du possible ». Il propose également de permettre temporairement à des parents de transmettre jusqu’à 150 000 euros à leurs enfants dans la vingtaine sans fiscalité, afin notamment de faciliter leur accès au logement.

C’est donc un autre test qui l’attend.

Après une rentrée dominée par l’affrontement avec La France insoumise, Bruno Retailleau devra montrer devant les entrepreneurs qu’il peut également installer sa campagne sur les questions de fiscalité, de dette, de compétitivité et de dépense publique.

Business Times avait récemment consacré un article à une autre polémique impliquant un parlementaire de La France insoumise, après les déclarations de Jean-François Coulomme sur les habitants du Cap-Ferret pendant les incendies de Gironde.

À lire sur Business Times : Jean-François Coulomme provoque une polémique sur les « bourgeois du Cap-Ferret »

Le média avait également analysé les divergences entre LFI et les autres forces politiques lors de la formation du gouvernement Lecornu.

À lire sur Business Times : Lecornu à Matignon, passage éclair ou compromis budgétaire ?

La formule employée mercredi par Bruno Retailleau restera probablement l’image forte de sa rentrée. Mais politiquement, la question la plus importante se situe ailleurs : peut-il transformer une stratégie de confrontation très offensive en dynamique présidentielle alors que sa candidature reste pour l’instant sous la barre des 10 % ?

Le débat devant le Medef devrait fournir dès ce jeudi un premier élément de réponse.