Greenly et Normative réunissent leurs plateformes
Le rapprochement a été annoncé en septembre 2026. Greenly, fondé à Paris en 2019, se rapproche de Normative, pionnier suédois de la comptabilité carbone créé en 2014.
Les deux entreprises parlent officiellement de « fusion ». La mécanique économique paraît toutefois plus proche d’une acquisition. Les actionnaires de Normative entrent au capital de Greenly grâce à un échange de titres. Les conditions financières restent confidentielles. Sifted évoque une opération d’environ 65 millions d’euros, tandis que des documents de registre cités par Refrance font apparaître un montant proche de 64 millions.
Cette nuance compte. Elle montre que Greenly prend l’initiative dans la consolidation du secteur, sans pour autant faire disparaître immédiatement Normative. Les deux marques doivent continuer d’exister pendant la phase d’intégration.
Le nouvel ensemble annonce 4 000 clients dans plus de 30 pays. Il dispose de bureaux à Paris, Londres, New York et Stockholm. Greenly affirme aussi que ses plateformes gèrent déjà 500 millions de tonnes de CO2 et visent un milliard de tonnes en 2030.
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Un objectif de 50 millions d’euros de revenus récurrents
L’opération poursuit d’abord un objectif de taille critique. Greenly et Normative revendiquent ensemble plus de 30 millions d’euros de revenu annuel récurrent logiciel, ou ARR. Leur objectif atteint 50 millions d’euros dans les trois prochaines années.
Greenly avait déjà levé environ 75 millions d’euros depuis sa création. Normative, de son côté, a obtenu plus de 40 millions d’euros auprès de plusieurs investisseurs. Le groupe suédois compte environ 170 collaborateurs et travaille notamment avec Vodafone, Hitachi, Nordea et Flying Tiger.
Le rapprochement ne consiste donc pas seulement à additionner des clients. Greenly apporte ses outils d’automatisation, son implantation internationale et ses fonctions d’intelligence artificielle. Normative apporte une méthodologie reconnue, des données auditables et une forte présence auprès des grands groupes européens.
Business Times avait déjà consacré un article à une étude Greenly sur l’empreinte carbone réelle des smartphones. Cette expertise autour du cycle de vie des produits devient justement l’un des axes du futur ensemble.
Le Scope 3 devient le véritable champ de bataille
La valeur de l’opération se joue en grande partie sur le Scope 3. Ces émissions indirectes proviennent de la chaîne de valeur : achats, fournisseurs, transport, déplacements, usage des produits ou encore fin de vie.
Elles représentent souvent la part la plus importante de l’empreinte d’une entreprise. Pourtant, elles restent aussi les plus difficiles à mesurer. Le GHG Protocol consacre 15 catégories distinctes au Scope 3, en amont comme en aval de l’activité.
Greenly et Normative affirment désormais disposer de plus de cinq millions de facteurs d’émission combinés. Cette base doit alimenter les calculs, mais aussi les outils d’intelligence artificielle développés par Greenly.
Pour les directions financières et RSE, le sujet dépasse le simple bilan annuel. Les grands donneurs d’ordre demandent de plus en plus de données à leurs fournisseurs. Les entreprises doivent aussi descendre au niveau d’un produit, d’un site ou d’un poste d’achat pour identifier les économies possibles.
La CSRD se resserre, mais le marché ne disparaît pas
Le timing paraît paradoxal. Greenly grossit au moment où l’Union européenne vient de réduire fortement le périmètre de la CSRD.
Depuis la directive européenne 2026/470, les obligations de reporting de durabilité concernent, à partir des exercices ouverts en 2027, les entreprises qui dépassent à la fois 1 000 salariés et 450 millions d’euros de chiffre d’affaires net. Le texte européen a donc fortement relevé les seuils.
Bruxelles a aussi simplifié les normes ESRS. La Commission indique que la version révisée réduit de plus de 60 % les points de données obligatoires. Le nombre total de points diminue de plus de 70 %. Elle estime que ces changements peuvent réduire de plus de 30 % le coût du reporting par entreprise.
Cette simplification fragilise mécaniquement les éditeurs qui vendaient avant tout de la conformité réglementaire. Elle pousse le marché vers un autre modèle : gestion du carbone, pilotage énergétique, analyse de cycle de vie, suivi des fournisseurs et mesure des risques climatiques.
Business Times avait déjà observé cette mutation avec Tennaxia, qui développe ses outils SaaS ESG après sa fusion avec Traace. Le rapprochement Greenly-Normative confirme que la concentration du marché est engagée.
Pour les PME, la donnée carbone reste demandée par les clients
Sortir du champ direct de la CSRD ne signifie pas sortir de la chaîne de valeur des grands groupes.
La nouvelle réglementation européenne protège davantage les petites entreprises. Elle limite notamment les informations que les sociétés soumises à la CSRD peuvent exiger de certains partenaires de leur chaîne de valeur. Un standard volontaire doit servir de référence.
Cela ne supprime pourtant pas les demandes commerciales liées au carbone. Un fournisseur peut toujours avoir intérêt à mesurer ses émissions pour répondre à un appel d’offres, conserver un grand client ou démontrer une trajectoire de réduction.
Cette logique apparaît déjà dans l’industrie. Business Times a par exemple analysé la stratégie RSE de Chaux Saint-Astier. L’entreprise combine bilan carbone, trajectoire de réduction et référentiels CSRD/VSME alors qu’elle compte environ 150 salariés.
Pour Greenly, c’est un marché important. La croissance ne peut plus dépendre uniquement du nombre d’entreprises légalement contraintes de publier un rapport de durabilité.
L’IA doit réduire le coût de la comptabilité carbone
Greenly mise aussi sur l’intelligence artificielle pour améliorer ses marges et automatiser une partie du travail. La plateforme utilise plusieurs agents spécialisés.
Un outil cartographie les entités d’un groupe et applique plus de 200 contrôles qualité. Un autre complète la couverture des données fournisseurs. D’autres fonctions travaillent sur l’analyse du cycle de vie ou la transformation des résultats en plans de décarbonation.
L’enjeu économique est clair. Une comptabilité carbone très dépendante de consultants reste coûteuse et difficile à déployer à grande échelle. L’automatisation doit permettre aux éditeurs de traiter davantage de clients sans augmenter leurs effectifs au même rythme.
Cette promesse devra toutefois être vérifiée. La qualité d’un bilan dépend toujours des données d’entrée, des facteurs d’émission choisis et des hypothèses retenues. L’IA peut accélérer la classification. Elle ne supprime pas le besoin de traçabilité ni de contrôle.
Un champion européen face aux grands logiciels américains
L’opération porte enfin un enjeu de concurrence internationale. Le logiciel de durabilité attire les éditeurs spécialisés, mais aussi les grandes plateformes de gestion américaines.
Microsoft, Salesforce, SAP ou encore Oracle peuvent intégrer progressivement des fonctions carbone à leurs suites existantes. Pour un acteur européen spécialisé, la taille devient donc un avantage commercial et technologique.
Greenly et Normative disposent désormais d’une base clients plus large et d’un volume de données supérieur. Cela peut améliorer leurs outils, mais aussi faciliter leur vente auprès de groupes internationaux qui souhaitent éviter plusieurs logiciels selon les pays.
La réussite de l’opération dépendra maintenant de l’intégration. Fusionner deux méthodologies, deux équipes et deux produits reste complexe. Les clients attendront surtout des données plus fiables, moins de travail manuel et un coût maîtrisé.
Le rapprochement Greenly-Normative traduit ainsi une évolution du marché. La comptabilité carbone ne peut plus vivre uniquement comme une obligation réglementaire. Pour s’imposer durablement, elle doit devenir un outil de gestion capable de relier émissions, fournisseurs, énergie, risques et performance économique.
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