Les investissements engagés dans l’hydrogène propre dépassent désormais 130 milliards de dollars dans le monde, selon le Global Hydrogen Compass 2026. Plus de 570 projets ont franchi le stade de la décision d’investissement, sont en construction ou déjà en exploitation. Le même jour, le français HDF Energy a annoncé un partenariat exclusif avec Pertamina NRE pour développer des projets d’électricité renouvelable reposant sur l’hydrogène vert en Indonésie. Ces deux annonces illustrent un secteur qui change de phase : les capitaux commencent à se matérialiser, mais la demande, les coûts et la capacité à transformer les projets en actifs rentables restent les principaux défis.

Hydrogène : 130 milliards de dollars engagés dans le monde, HDF accélère en Indonésie

L’hydrogène sort-il enfin de la période des grandes annonces ?

Le chiffre publié le 10 septembre par le Hydrogen Council est spectaculaire : plus de 130 milliards de dollars d’investissements sont désormais engagés dans des projets d’hydrogène propre à travers le monde.

Il faut toutefois préciser immédiatement ce que recouvre ce montant.

Il ne s’agit ni de 130 milliards dépensés en une seule année, ni uniquement d’hydrogène vert produit par électrolyse.

Le rapport parle d’hydrogène propre. Cette catégorie couvre l’hydrogène renouvelable mais également certaines productions bas carbone.

Les 130 milliards correspondent à des investissements engagés dans des projets qui ont déjà franchi un cap concret : décision finale d’investissement, construction ou exploitation.

Consulter le Global Hydrogen Compass 2026 du Hydrogen Council

579 projets ont désormais dépassé le stade des simples annonces

Le Global Hydrogen Compass 2026 recense 579 projets engagés dans le monde.

Ils correspondent à environ 6,9 millions de tonnes de capacité annuelle d’hydrogène propre.

Parmi eux, 525 sont déjà en construction ou en exploitation. La capacité aujourd’hui opérationnelle atteint environ 1,7 million de tonnes par an, en hausse de 70 % en douze mois.

La géographie du marché devient également plus claire.

La Chine concentre plus de la moitié des capacités engagées dans l’hydrogène renouvelable.

L’Europe arrive en deuxième position en valeur des investissements et domine en nombre de projets engagés.

Les États-Unis restent, eux, particulièrement présents dans les projets d’hydrogène bas carbone.

La progression est réelle.

Au printemps 2026, le Hydrogen Council parlait encore de plus de 110 milliards de dollars engagés dans un peu plus de 500 projets.

En quelques mois, environ 20 milliards supplémentaires ont donc rejoint les projets engagés.

130 milliards engagés ne signifient pas 130 milliards dépensés cette année

Cette nuance est essentielle pour mesurer la maturité du secteur.

Le montant avancé par le Hydrogen Council correspond au capital engagé sur la durée de vie des projets.

L’Agence internationale de l’énergie regarde également une autre donnée : les dépenses d’investissement effectivement réalisées pendant une année.

Selon son Global Hydrogen Review 2026, les dépenses mondiales consacrées aux installations d’hydrogène bas carbone ont approché 7 milliards de dollars en 2025.

Elles pourraient atteindre près de 10 milliards de dollars en 2026.

Consulter le Global Hydrogen Review 2026 de l’Agence internationale de l’énergie

Il n’y a donc pas contradiction entre 10 et 130 milliards.

Les deux indicateurs ne mesurent simplement pas la même chose.

D’un côté, le montant total des projets dont l’investissement est suffisamment engagé.

De l’autre, les sommes effectivement dépensées pendant l’année pour construire les installations.

Cela rappelle qu’une décision d’investissement n’est pas encore une usine en production.

La demande reste le talon d’Achille de l’hydrogène propre

Le changement d’échelle ne signifie pas pour autant que l’hydrogène décarboné domine déjà le marché.

L’AIE estime que la demande mondiale totale d’hydrogène a dépassé 100 millions de tonnes en 2025.

La demande d’hydrogène bas carbone reste, elle, proche d’un million de tonnes.

Autrement dit, l’immense majorité de l’hydrogène utilisé aujourd’hui continue de provenir de procédés conventionnels fortement carbonés.

Le raffinage et la chimie restent les principaux débouchés.

Les nouveaux usages dans l’électricité, la mobilité ou les carburants de synthèse progressent. Mais leurs volumes restent encore limités.

L’AIE pointe notamment le coût de production, l’incertitude sur la demande, les difficultés réglementaires et le manque d’infrastructures.

Business Times avait déjà identifié cette difficulté dans son entretien avec Philippe Boucly, président de France Hydrogène.

Il expliquait que les projets et les compétences existaient, mais que la demande devait maintenant être créée pour permettre à la filière d’atteindre une véritable taille industrielle.

À lire sur Business Times : France Hydrogène, une solution pertinente mais une demande à stimuler

HDF Energy s’allie à Pertamina en Indonésie

C’est dans ce contexte que le français HDF Energy annonce une nouvelle étape de son développement international.

Sa filiale indonésienne vient de signer un Joint Study Development Agreement, ou JSDA, avec Pertamina New & Renewable Energy.

Pertamina NRE est la branche dédiée aux nouvelles énergies du groupe public indonésien Pertamina.

Les deux entreprises veulent développer ensemble des projets d’énergie renouvelable intégrant de l’hydrogène vert. Le partenariat prévoit notamment une exclusivité réciproque pour certains projets situés dans des districts de Nusa Tenggara Est et de Papouasie.

Consulter le communiqué officiel de HDF Energy et Pertamina NRE

Le choix de l’Indonésie est intéressant.

Une partie de l’archipel reste dépendante du diesel importé pour produire de l’électricité.

Pour les territoires isolés, le défi consiste moins à produire quelques heures d’électricité solaire qu’à disposer d’une énergie disponible en permanence.

Renewstable veut transformer l’hydrogène en stockage longue durée

C’est précisément le principe de la solution Renewstable développée par HDF Energy.

Une installation solaire ou éolienne produit de l’électricité.

Une partie peut être directement injectée sur le réseau.

Lorsqu’il existe un surplus, celui-ci peut alimenter un électrolyseur qui produit de l’hydrogène.

L’hydrogène est ensuite stocké puis reconverti en électricité avec une pile à combustible lorsque la production renouvelable devient insuffisante.

Il s’agit donc moins d’utiliser l’hydrogène comme carburant que comme outil de stockage de longue durée.

HDF estime ce système particulièrement adapté aux territoires insulaires ou isolés qui dépendent encore du diesel.

Sumba doit servir de première vitrine

HDF Energy travaille en Indonésie depuis 2020.

Son projet emblématique est situé sur l’île de Sumba.

Selon les données publiées par l’entreprise, Renewstable Sumba doit associer 30 MWc de panneaux solaires et 63 MWh de stockage.

Le projet vise environ 47 GWh d’électricité par an et une production de 300 tonnes d’hydrogène.

HDF estime que la centrale pourrait alimenter environ 35 000 habitants.

L’entreprise envisage de reproduire le modèle sur une vingtaine d’autres sites en Indonésie.

L’accord avec Pertamina lui donne désormais un partenaire beaucoup plus puissant pour tenter de concrétiser cette stratégie.

Mais une nuance est indispensable.

Le JSDA signé avec Pertamina est un accord d’étude et de développement. Ce n’est pas encore une décision finale d’investissement portant sur tous les projets concernés.

Aucun montant d’investissement n’a d’ailleurs été communiqué pour ce partenariat.

Le stockage devient aussi stratégique que la production

L’exemple indonésien montre que la question de l’hydrogène évolue.

Pendant longtemps, le débat s’est concentré sur la production.

Combien coûte un kilogramme d’hydrogène ?

Combien de gigawatts d’électrolyseurs faut-il installer ?

Désormais, les industriels doivent aussi répondre à une autre question : à quoi sert concrètement cet hydrogène ?

Le stockage énergétique constitue l’une des réponses.

Business Times avait notamment consacré un article à Mincatec Energy, qui développe une technologie de stockage solide de l’hydrogène.

À lire sur Business Times : Mincatec Energy et le défi du stockage de l’hydrogène

La logique est proche.

L’hydrogène n’a d’intérêt économique que s’il permet de résoudre un problème réel que d’autres technologies traitent moins efficacement.

Les territoires isolés représentent un marché particulièrement intéressant

Cette logique devient évidente dans les réseaux électriques isolés.

Sur un grand réseau continental, il existe de nombreux moyens d’équilibrer production et consommation : interconnexions, barrages, batteries, centrales pilotables ou échanges avec les pays voisins.

Sur une île isolée, les choix sont beaucoup plus restreints.

Le diesel conserve alors souvent un rôle important.

L’hydrogène produit localement peut donc avoir une valeur supplémentaire : il permet de stocker une énergie solaire ou éolienne produite localement et de réduire la dépendance aux carburants importés.

Business Times avait déjà analysé cette logique avec Corsica Sole et les contraintes propres aux territoires insulaires.

À lire sur Business Times : Corsica Sole et l’hydrogène dans les environnements contraints

Pour l’Indonésie, qui compte des milliers d’îles, le marché potentiel est considérable.

La France possède les technologies, mais doit encore passer à l’échelle

Le record mondial de 130 milliards de dollars met aussi en lumière la compétition industrielle internationale.

La Chine dispose déjà d’un avantage important.

Elle représente plus de 60 % des capacités d’électrolyse engagées pour 2026 selon l’AIE. Elle bénéficie également de coûts industriels inférieurs à ceux observés en Europe.

L’Europe conserve une forte activité de projets, mais ses investissements par unité de capacité restent plus élevés.

La France possède de nombreux acteurs spécialisés : électrolyse, piles à combustible, stockage, infrastructures, ingénierie et carburants de synthèse.

Le problème est désormais d’industrialiser suffisamment vite.

Sur Voiries et Réseaux, le baromètre de France Hydrogène montrait déjà ce paradoxe : les projets français existent, mais le passage aux décisions finales d’investissement reste trop limité.

À découvrir sur Voiries et Réseaux : la filière hydrogène française entre structuration et industrialisation

Le développement de HDF à l’étranger est donc particulièrement intéressant.

Une entreprise française cherche ici à valoriser sa technologie sur des territoires où le besoin énergétique existe déjà.

130 milliards : un changement d’échelle, mais pas encore une victoire

Le chiffre publié par le Hydrogen Council constitue clairement un signal positif.

Le marché ne repose plus seulement sur des projets annoncés à horizon 2030.

Des centaines d’installations disposent désormais d’investissements engagés.

Mais l’AIE apporte un contrepoint utile.

Le pipeline mondial de projets annoncés pour 2030 s’est réduit à 27 millions de tonnes, à cause des retards, reports et annulations. Seule une fraction de ces projets dispose aujourd’hui d’engagements suffisamment solides pour être réellement mise en service avant la fin de la décennie.

Et en 2026, l’hydrogène bas carbone ne représente encore qu’un peu plus de 1 % de la production mondiale.

Le véritable défi n’est donc plus d’annoncer.

Il faut construire.

Puis produire.

Puis trouver des clients prêts à payer.

Le seuil des 130 milliards de dollars montre que l’hydrogène entre dans une phase plus industrielle. Le partenariat entre HDF Energy et Pertamina NRE en donne une illustration concrète : les acteurs cherchent désormais des usages capables de justifier les investissements. La prochaine étape sera plus difficile encore. Il faudra démontrer que ces projets peuvent produire une énergie compétitive, trouver leurs débouchés et fonctionner durablement sans dépendre en permanence de nouvelles promesses de soutien public.