La HealthTech à Bordeaux voit monter la MedTech, qui regroupe les dispositifs médicaux, le diagnostic et l’imagerie. Dans son rapport sectoriel consacré aux start-up santé, Unitec constate que cette catégorie arrive en tête des nouveaux projets accompagnés entre 2020 et 2025. Elle concentre aussi la moitié des capitaux levés dans le cœur HealthTech analysé, hors TreeFrog Therapeutics.
Cette évolution engage les entrepreneurs sur des parcours qui associent développement technique, validation clinique et accès au marché. Pour les financeurs et les partenaires industriels, le bilan permet de repérer ces besoins. Il exige toutefois de distinguer les périmètres : les 183 entreprises du secteur santé dépassent les seules activités BioTech-Pharma, MedTech et E-Santé.
HealthTech à Bordeaux : un bilan de portefeuille, pas un recensement régional
L’étude s’appuie sur les données de suivi d’Unitec, arrêtées au 31 décembre 2025. Elle couvre les entreprises accompagnées depuis 1989, actives ou sorties du portefeuille. Elle décrit donc le parcours d’une population sélectionnée et suivie par une structure d’accompagnement. Elle ne recense pas toutes les entreprises innovantes de santé de Nouvelle-Aquitaine.
Le montant de 238 M€ correspond aux levées de fonds en capital cumulées sur l’ensemble de la filière santé retenue. Il inclut notamment la cosmétique, la nutraceutique et les prestations de santé. Le rapport distingue ensuite un cœur HealthTech de 121 start-up pour approfondir l’analyse.
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Un cas pèse fortement dans les totaux : TreeFrog Therapeutics représente 71 M€ levés, soit près de 30 % des 238 M€. Hors cette entreprise, les levées de la filière atteignent 167 M€. L’analyse détaillée des trois segments HealthTech retient, elle, environ 138 M€ hors TreeFrog.
Pour apprécier l’accès au capital, il faut donc regarder combien de sociétés lèvent, quand elles y parviennent et pour quels montants.
La MedTech progresse dans les projets et les financements
Entre 2015 et 2019, l’E-Santé représentait 51 % des nouveaux projets du portefeuille. Sur la période 2020-2025, la MedTech atteint 36 %, devant l’E-Santé à 32 %. Le rapport observe ainsi un changement dans le flux des entreprises accompagnées, sans annoncer la disparition du numérique en santé.
Les financements rendent cette évolution visible. Sur le cœur HealthTech, hors TreeFrog, les trois sous-filières présentent des trajectoires différentes.
| Sous-filière | Capital levé de 1989 à 2025 | Part du total | Capital levé en 2025 |
|---|---|---|---|
| MedTech | 69,2 M€ | 50 % | 9,4 M€ |
| E-Santé | 48,7 M€ | 35 % | 3,5 M€ |
| BioTech-Pharma | 20,3 M€ | 15 % | 2,1 M€ |
Source : rapport Unitec, montants arrondis, périmètre d’analyse hors TreeFrog Therapeutics.
En 2025, la MedTech bénéficie notamment des 5,5 M€ levés par Deski. Le total annuel ne permet donc pas de conclure que chaque entreprise trouve plus facilement des investisseurs.
Pour les dirigeants, cette montée des dispositifs médicaux implique de prévoir les dépenses nécessaires avant les ventes. Un prototype doit encore franchir les étapes de validation et de production. Le financement doit couvrir ce calendrier, avec une marge pour les retards possibles.
Une première levée médiane de 300 000 euros
Dans le cœur HealthTech, 39 % des start-up ont réalisé au moins une levée de fonds en capital. Pour celles qui ont levé, la première opération intervient en médiane vingt mois après la création, avec un montant médian de 300 000 euros.
La médiane décrit le milieu de la distribution, sans promettre un financement à vingt mois. Les besoins diffèrent selon le produit et sa maturité. La première ouverture du capital peut ainsi rester modeste au regard d’un développement médical prolongé.
Parmi les sociétés ayant levé, 40 % ont réalisé plusieurs tours sur des exercices distincts. Cela souligne l’importance du refinancement. Une première opération peut permettre d’atteindre une étape technique ; la suivante doit financer un nouveau stade de développement.
Cette logique de moyens affectés à des objectifs précis se retrouve aussi dans les projets de développement financés par une levée chez Swiftask. En santé, elle doit intégrer le temps des validations et les conditions d’accès au marché.
Les aides publiques soutiennent les premières étapes
Selon Unitec, 65 % des start-up du cœur HealthTech ont bénéficié d’au moins une aide publique. Bpifrance et la Région Nouvelle-Aquitaine occupent une place centrale dans les financements recensés. Les entreprises peuvent combiner ces ressources avec des prêts et des apports en capital ; les catégories ne s’excluent donc pas.
Le rapport distingue les financements dilutifs, qui ouvrent le capital, des instruments sans ouverture immédiate de celui-ci. Dans cette seconde catégorie, il regroupe subventions, avances remboursables et emprunts. Il y inclut également les obligations convertibles, dont une conversion ultérieure peut pourtant entraîner une dilution.
Cette convention rappelle qu’un financement dit non dilutif n’est pas nécessairement gratuit ni définitivement sans effet sur l’actionnariat. Une subvention et un prêt produisent des conséquences différentes sur la trésorerie future. Pour le dirigeant, le montant obtenu doit se lire avec les conditions de remboursement ou de conversion.
Le contexte national renforce cet enjeu. Le Panorama France HealthTech 2026 présenté par France Biotech et EY indique que la moitié des entreprises interrogées rencontrent des difficultés de financement et que 41 % signalent des tensions de trésorerie. Ces résultats nationaux ne mesurent pas le portefeuille bordelais, mais éclairent son besoin de financements successifs.
L’E-Santé reste le premier employeur des trois segments
Les entreprises actives de la filière santé suivies par Unitec représentent 1 623 emplois directs fin 2025, en progression de 4 % sur un an. Ce chiffre décrit les effectifs recensés à cette date. Il ne correspond pas à l’addition de tous les postes créés depuis 1989.
Unitec indique que 89 % de ces emplois se situent en Gironde. Parmi les entreprises étudiées, 93 % sont domiciliées en Nouvelle-Aquitaine, 89 % en Gironde et 73 % dans Bordeaux Métropole.
Malgré la montée de la MedTech dans les nouveaux projets, l’E-Santé conserve le premier rang en emplois parmi les trois segments présentés : 539 postes, contre 305 pour la MedTech. Le flux des créations récentes et le poids des entreprises déjà développées ne racontent donc pas la même chose.
Unitec annonce aussi un taux de pérennité à cinq ans de 87 %. Ce résultat doit se lire en tenant compte de la sélection des projets et de leur accompagnement. Sans comparaison entre populations équivalentes, il ne permet pas d’isoler l’effet propre du dispositif. Une entreprise encore active peut, par ailleurs, rester confrontée à des difficultés de trésorerie ou d’accès au marché.
L’IA progresse, sans preuve qu’elle réduit le risque d’échec
Environ 13 % des start-up santé suivies placent l’intelligence artificielle au cœur de leur activité. Unitec observe une multiplication par neuf de cet usage entre les entreprises créées avant 2010 et celles de la période 2020-2025.
La mesure porte sur l’IA intégrée au projet. Elle ne se compare donc pas directement aux enquêtes sur les usages bureautiques des outils génératifs.
Le rapport constate une association entre intégration de l’IA et moindre fréquence des liquidations. Mais son tableau ne porte que sur 21 entreprises utilisant l’IA, dont sept créées avant 2020. Les cohortes récentes ont aussi eu moins de temps pour rencontrer des difficultés.
Ces observations ne prouvent pas que l’IA protège une entreprise de l’échec. Son intérêt médical et son modèle économique restent à évaluer pour chaque projet.
Des fondatrices plus présentes dans la cohorte récente
Unitec indique que 56 % des projets de la cohorte récente analysée sont portés par des femmes, contre 28 % dans l’ensemble de ses projets, tous secteurs confondus. Cette observation concerne quelques dizaines de sociétés créées depuis 2019, pour lesquelles les profils des porteurs sont renseignés.
La répartition varie fortement selon les activités. Les femmes portent huit des treize projets MedTech étudiés et les cinq projets de cosmétique. En BioTech-Pharma, le rapport ne recense qu’un projet porté par une femme sur huit.
Ce résultat ne signifie pas que les femmes représentent 56 % des fondateurs de toutes les start-up santé bordelaises. Plusieurs cohortes seront nécessaires pour mesurer la continuité de cette évolution.
De l’expérimentation à la première commande
Le passage à l’échelle de la HealthTech à Bordeaux suppose de relier financement et validation des usages. Le rapport présente Bordeaux Care Lab, lancé en 2022 avec le CHU de Bordeaux et ALLIS-NA, comme un accompagnement des projets MedTech et BioTech sur la réglementation, les essais et l’accès au marché.
La Station E-Santé, décrite sur le portail public G_NIUS, organise pour sa part l’expérimentation de solutions numériques en conditions réelles. Ses interventions couvrent notamment la faisabilité, l’utilisabilité, les études cliniques et l’accès au marché hospitalier.
Ces terrains peuvent aider à comprendre comment un produit entre dans le travail des soignants. Ils ne garantissent ni une commande ni des ventes récurrentes. Une expérimentation doit encore déboucher sur une offre répondant au besoin et aux contraintes de l’acheteur. C’est aussi la question abordée dans notre décryptage de l’innovation qui peine à convaincre ses clients.
Pour Unitec, la prochaine étape consiste à renforcer les financements d’amorçage et de pré-industrialisation, ainsi que les collaborations avec les industriels. Le prochain bilan devra permettre de suivre les effets de cet effort : entreprises ayant industrialisé leur produit, premières références commerciales et capacité à financer la croissance après l’expérimentation.
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