Swiftask change d’échelle. La jeune pousse nantaise a finalisé en août une levée de 1,55 million d’euros auprès de ses fondateurs et d’un pool de business angels. L’opération doit financer son développement commercial en France, mais aussi son expansion en Europe et en Afrique.
La société prévoit de renforcer sa force de vente et son réseau de partenaires. L’Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique, l’Afrique du Nord et Madagascar figurent parmi les marchés ciblés.
L’entreprise affiche un objectif ambitieux : atteindre 4 millions d’euros de revenus annuels sous deux ans.
Agents IA : la gouvernance devient un sujet de direction générale
Le positionnement de Swiftask dépasse le simple accès à un chatbot. Sa plateforme permet aux organisations de créer, déployer et piloter des agents IA reliés aux outils et aux données de l’entreprise.
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Selon la start-up, plus d’une centaine de clients utilisent déjà sa solution. Elle revendique un parc de 14 000 agents IA, notamment auprès de la Région Pays de la Loire, Priméale, Groupe Bernard ou La Mie Câline. Ces volumes restent des données communiquées par l’entreprise.
Le véritable enjeu apparaît derrière ces chiffres. À mesure que les entreprises multiplient les assistants spécialisés, elles doivent savoir qui utilise quel outil, avec quelles données et pour quelle tâche.
Il faut aussi maîtriser les coûts, les droits d’accès et la traçabilité. Sans cadre commun, le risque est de voir apparaître une nouvelle forme de « shadow IT », cette fois alimentée par l’intelligence artificielle.
Swiftask veut occuper cette couche de gouvernance. Sa plateforme annonce donner accès à plus de 80 modèles, parmi lesquels ceux d’OpenAI, Anthropic, Google ou Mistral. Elle permet ainsi de ne pas construire tous les usages autour d’un fournisseur unique.
Une levée au moment où la France pousse les PME vers l’IA
Le timing n’est pas anodin. Le 3 septembre marque aussi le premier anniversaire du plan national « Osez l’IA ».
Lancé par l’État en 2025, il vise à accélérer l’adoption de l’intelligence artificielle dans les entreprises françaises. L’objectif fixé pour 2030 est élevé : 100 % des grandes entreprises, 80 % des PME et ETI et 50 % des TPE doivent avoir intégré l’IA.
Pour les dirigeants, la question change donc. Il ne s’agit plus seulement de tester ChatGPT ou un autre modèle. Il faut décider comment l’IA s’intègre dans le système d’information, qui en garde le contrôle et comment les usages sont supervisés.
Business Times abordait récemment ce sujet lors de l’Oracle AI World Tour Paris. Les systèmes agentiques y étaient présentés comme une évolution majeure, à condition de disposer de données solides et sécurisées.
L’indépendance technologique devient un argument
Swiftask met aussi en avant son indépendance vis-à-vis des grands fournisseurs américains. Son site indique un hébergement des données en France et l’accès à plus de 80 modèles depuis une même plateforme.
Cette approche multi-modèles peut intéresser les DSI. Elle permet, en théorie, de sélectionner un modèle selon le besoin, plutôt que de dépendre d’un seul écosystème.
La souveraineté numérique prend d’ailleurs une place croissante dans les choix technologiques. Business Times l’évoquait dans son entretien avec Stéphanie Schaer, directrice interministérielle du numérique. Elle y soulignait la nécessité de renforcer les solutions françaises et européennes tout en conservant des standards ouverts et interopérables.
Pour autant, la localisation d’une plateforme ne règle pas tout. Les entreprises doivent encore vérifier où transitent les données, quels modèles sont sollicités et comment sont gérées les permissions.
L’AI Act pousse à structurer les usages
Le contexte réglementaire renforce ce besoin de gouvernance.
Depuis le 2 août 2026, une nouvelle étape de l’AI Act européen est entrée en application. Les autorités nationales et le Bureau européen de l’IA disposent désormais de pouvoirs renforcés pour superviser plusieurs obligations du règlement.
Les règles de transparence applicables à certains systèmes sont également entrées en vigueur. Pour les entreprises, cela ajoute une raison de documenter les usages, les responsabilités et les outils réellement déployés.
Business Times a déjà détaillé les précautions à prendre concernant les données personnelles dans son dossier « IA en entreprise et RGPD : les règles à respecter avant de déployer un outil ».
La question devient donc moins technique qu’organisationnelle. Déployer quelques agents IA dans une équipe peut aller vite. En déployer plusieurs centaines exige des règles, des responsables et des arbitrages.
Swiftask veut maintenant changer d’échelle
En juin, Swiftask a été retenue dans le programme Scale-Up Excellence de l’écosystème French Tech. La start-up avait alors été sélectionnée parmi les entreprises à fort potentiel accompagnées dans leur changement d’échelle.
La levée de 1,55 million d’euros doit maintenant transformer cette reconnaissance en croissance commerciale.
Son défi sera double : convaincre que la gouvernance des agents IA mérite un outil spécifique, puis démontrer sa valeur alors que les grands éditeurs ajoutent eux-mêmes toujours plus de fonctions d’orchestration.
Pour les dirigeants, le sujet mérite d’être suivi. Après la bataille des modèles d’IA, une autre commence : celle de leur organisation à l’intérieur de l’entreprise.
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