À l’occasion d’Octobre Rose, Fasterclass, organisme de formation et de coaching, publie un sondage consacré à la maladie dans les relations professionnelles. Le communiqué, daté du 6 octobre 2026, décrit des salariés qui redoutent la maladresse et des managers qui cherchent la bonne distance.
Une précaution s’impose : ces résultats portent sur des perceptions déclarées. Ils ne constituent pas une enquête auprès de patientes suivies pendant leur retour en emploi. Ils éclairent toutefois un enjeu concret pour les directions et les ressources humaines : créer les conditions pour parler des besoins professionnels, puis agir sur l’organisation.
Cancer du sein au travail : la peur de mal dire
La première question imagine une collègue ou une collaboratrice annonçant un cancer du sein. Seuls 12 % des salariés sans fonction managériale et 15 % des managers répondent savoir « tout à fait » quoi lui dire spontanément.
Ces chiffres ne signifient pas que tous les autres resteraient sans réponse. Une part importante estime pouvoir réagir, tout en craignant une maladresse : 31 % des non-managers et 44 % des managers. Cette nuance compte, car l’incertitude et le refus d’aborder le sujet appellent des réponses différentes.
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| Réaction envisagée à l’annonce | Salariés non-managers | Managers |
|---|---|---|
| Savoir tout à fait quoi dire | 12 % | 15 % |
| Savoir quoi dire, avec la peur d’être maladroit | 31 % | 44 % |
| Ne pas vraiment savoir quoi dire | 38 % | 33 % |
| Préférer ne pas aborder le sujet | 16 % | 6 % |
| Ne pas savoir répondre à la question | 3 % | 2 % |
Source : sondage Fasterclass, septembre 2026. Les pourcentages concernent séparément chacun des deux groupes.
Le silence constitue également une expérience déclarée. À une autre question, portant sur la maladie d’un collègue en général, 62 % des non-managers et 61 % des managers disent avoir déjà évité la discussion. Parmi eux, les réponses « plusieurs fois » représentent respectivement 37 % et 34 % de chaque groupe.
L’enquête ne mesure pas les effets de cet évitement. Elle invite cependant à réfléchir à une présence qui laisse la personne choisir ce qu’elle souhaite partager.
Une frontière délicate entre écoute et intrusion
Interrogés sur les difficultés d’un manager face au cancer, les deux groupes ne hiérarchisent pas exactement les obstacles de la même manière. Les non-managers citent d’abord les bons mots, à 35 %. Chez les managers, la question la plus citée consiste à savoir jusqu’où interroger sans être intrusif, à 36 %.
L’adaptation de la charge de travail arrive à 33 % chez les managers. Aborder le retour recueille 29 %. Deux réponses étaient possibles : ces proportions ne forment donc pas un classement exclusif et ne s’additionnent pas à 100 %.
Dans son communiqué, Raphaël Maisonnier, cofondateur de Fasterclass, résume sa position : « Le manager n’a pas besoin des mots parfaits : il doit savoir poser une question simple et écouter vraiment la réponse. »
Une traduction pratique consiste à proposer un échange sur les tâches, les horaires ou les besoins de coordination, en laissant le salarié décider de ce qu’il veut évoquer. Des détails personnels ne sont pas nécessaires pour discuter d’une réunion trop longue ou d’un calendrier devenu difficile à tenir.
La formation divise salariés et managers
Le sondage révèle aussi un écart sur la préparation aux conversations sensibles. Au total, 55 % des non-managers jugent les managers insuffisamment formés, contre 36 % des managers. L’écart atteint donc 19 points.
| Les managers sont-ils suffisamment formés ? | Salariés non-managers | Managers |
|---|---|---|
| Oui, tout à fait | 8 % | 15 % |
| Oui, plutôt | 19 % | 27 % |
| Non, plutôt pas | 31 % | 29 % |
| Non, pas du tout | 24 % | 7 % |
| Cela dépend énormément des entreprises | 16 % | 21 % |
| Ne sait pas | 2 % | 1 % |
Source : sondage Fasterclass. Question sur les conversations avec un salarié confronté à une maladie grave.
Ce décalage décrit un jugement, pas une évaluation des compétences. Le questionnaire ne permet pas de connaître les formations réellement suivies, leur contenu ou leur efficacité.
Pour l’entreprise, l’intérêt serait de préciser les attentes : savoir ouvrir une discussion, orienter vers les interlocuteurs compétents et transformer un besoin exprimé en décision réalisable. Ces questions prolongent celles abordées dans notre article sur les pratiques d’un management plus inclusif.
Dire ses limites à la reprise reste difficile
Le retour concentre une autre inquiétude : pouvoir annoncer que l’on n’est pas encore capable de reprendre au même rythme. Seuls 13 % des non-managers et 15 % des managers pensent que cela peut se dire facilement, sans réserve.
| Peut-on facilement dire que l’ancien rythme reste difficile ? | Salariés non-managers | Managers |
|---|---|---|
| Oui, tout à fait | 13 % | 15 % |
| Oui, mais cela dépend beaucoup du manager | 38 % | 46 % |
| Non, c’est encore difficile à dire | 29 % | 24 % |
| Non, cela peut être perçu comme un manque d’implication | 19 % | 14 % |
| Ne sait pas | 1 % | 1 % |
Source : sondage Fasterclass. Question sur la reprise après une maladie longue, comme un cancer.
En additionnant les deux réponses négatives, on obtient 48 % chez les non-managers et 38 % chez les managers. Il s’agit d’opinions sur une situation envisagée, pas du pourcentage de personnes malades ayant rencontré ce problème.
Une autre question confirme le poids attribué au regard professionnel. La peur d’être considéré comme moins performant est citée par 37 % des non-managers. Les managers placent d’abord la difficulté à parler de sa fatigue ou de ses limites, à 38 %. Là encore, deux choix étaient possibles.
Ces réponses suggèrent une vigilance : un entretien de reprise peut perdre son utilité si demander un ajustement semble compromettre sa place dans l’équipe.
Au retour, demander avant de décider
Quelle attitude paraît prioritaire lorsqu’une personne revient après un cancer ? Les non-managers choisissent d’abord une question directe sur les besoins, à 27 %. Les managers privilégient des échanges réguliers pour adapter le travail, à 25 %.
| Attitude jugée la plus importante au retour | Salariés non-managers | Managers |
|---|---|---|
| Demander directement les besoins | 27 % | 22 % |
| Échanger régulièrement pour adapter progressivement le travail | 21 % | 25 % |
| Laisser retrouver son rythme sans pression | 19 % | 18 % |
| Traiter exactement comme avant, sans référence à la maladie | 8 % | 12 % |
| Proposer spontanément des aménagements | 16 % | 14 % |
| Laisser la personne prendre l’initiative d’en parler | 7 % | 8 % |
| Ne sait pas | 2 % | 1 % |
Source : sondage Fasterclass. Une seule réponse à cette question.
Les deux premières réponses totalisent 48 % chez les non-managers et 47 % chez les managers. Ce regroupement rassemble deux formes de dialogue, sans prouver qu’une méthode serait plus efficace qu’une autre.
Pour accompagner un cancer du sein au travail, une proposition initiale peut ainsi rester ouverte : quelles activités semblent accessibles, lesquelles demandent un ajustement, et quand faire un nouveau point ? L’objectif serait d’éviter que toute difficulté doive être signalée dans l’urgence.
Relier la conversation aux dispositifs de reprise
Le dialogue managérial prend place dans un accompagnement plus large. L’Assurance maladie rappelle les dispositifs de retour après un cancer du sein, avec notamment le médecin traitant, le service de prévention et de santé au travail et les interlocuteurs sociaux.
Elle présente la visite de pré-reprise comme un moyen d’anticiper les adaptations. Le rendez-vous de liaison permet, lui, d’informer sur les accompagnements possibles. Il ne s’agit pas d’un entretien médical ; le salarié peut le refuser sans conséquence.
Dans ce cadre, l’entreprise peut préparer une répartition temporaire des missions, clarifier les priorités et convenir d’un calendrier de suivi. Ce sont des pistes d’organisation, à ajuster avec les interlocuteurs compétents et la personne concernée.
Un exemple : alléger les réunions ne suffit pas si les livrables restent inchangés. Réexaminer ensemble le volume attendu rend l’ajustement plus cohérent. De même, un point régulier gagnerait à porter sur ce qui fonctionne et sur les adaptations nécessaires.
Cette articulation rejoint la réflexion sur la prévention et les relais disponibles, développée dans notre article consacré à MonMental.pro et aux ressources pour les petites entreprises.
Ce que mesure réellement cette enquête
L’étude a été réalisée en ligne du 4 au 14 septembre 2026 auprès de 2 913 actifs occupés : 1 715 salariés non-managers et 1 198 salariés exerçant des fonctions managériales. Le recrutement passe par le panel BuzzPress, des invitations électroniques et les réseaux Facebook et LinkedIn.
La méthodologie annonce des quotas et un redressement selon le sexe, l’âge, la catégorie socioprofessionnelle et la région. Le communiqué ne détaille pas les pondérations ni les marges d’incertitude. Nous conservons donc les résultats séparés des deux groupes, sans fabriquer une moyenne nationale.
Le questionnaire commence par le cancer du sein, puis élargit plusieurs questions au cancer ou à la maladie grave. Enfin, Fasterclass commercialise des formations et du coaching : sa lecture du sondage met logiquement l’accent sur le dialogue. L’enquête ne démontre toutefois pas qu’une formation donnée améliore le maintien en emploi.
Pour les entreprises, ces données offrent surtout des sujets à examiner : la possibilité d’exprimer un besoin, la réponse concrète apportée et la continuité du suivi. Accompagner un cancer du sein au travail suppose de faire vivre ces échanges dans les décisions quotidiennes.
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