Santé mentale Sécurité & Prévention des Risques TMS

Anticiper pour mieux protéger et performer

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Alors que les accidents du travail et leur gravité diminuent, certains risques professionnels restent fortement ancrés dans les entreprises, tandis que de nouvelles problématiques prennent de l’ampleur, à l’image des risques psychosociaux. Troubles muscolosquelettiques (TMS), risques chimiques, chutes, santé mentale : face à ces enjeux, l’anticipation devient un levier essentiel pour protéger durablement les salariés et renforcer la performance des organisations.

Anticiper pour mieux protéger et performer

Mickaël Guihéneuf, responsable adjoint du département prévention de l’Assurance Maladie – Risques professionnels, revient sur les principales tendances observées et partage les priorités à inscrire dès aujourd’hui dans les politiques de prévention des entreprises.

Quel est aujourd’hui le principal constat de l’Assurance Maladie – Risques professionnels sur l’évolution des risques auxquels sont confrontés les salariés ? Quels risques restent particulièrement préoccupants et lesquels prennent une importance nouvelle ?

Même si le nombre et la gravité des accidents du travail diminuent, la proportion des différents risques à l’origine des accidents du travail (AT) et des maladies professionnels (MP) restent stables ces dernières années.

Plus de 50 % des AT sont dus aux manutentions manuelles, et 25 % sont dus aux chutes (de plain-pied-14 %, de hauteur 11 %). 

Le nombre de MP liées aux TMS représente près de 90 % des MP (près de 45 000 MP sur les 50 000 reconnues).

On note néanmoins une forte augmentation des MP liées aux affections psychiques.

En 2024, on dénombre 1 805 aux affections psychiquesliées au travail, soit une augmentation de 9 % par rapport à 2023 (soit + 150 cas).  Le nombre de MP liées aux affections psychiques a plus que doublé par rapport à 2020, passant de 840 à 1 805 en 2024.

Prévenir l’exposition aux TMS reste une priorité forte pour l’Assurance Maladie – Risques professionnels, même s’il est nécessaire d’agir sur les expositions aux produits chimiques générant la grande majorité des cancers professionnels.

Les risques psychosociaux prennent en effet une importance nouvelle en entreprise et cela se reflète dans les statistiques de l’Assurance Maladie – Risques professionnels.

Selon vous, quels sont aujourd’hui les principaux « angles morts » de la prévention en entreprise ; les risques ou situations qui restent encore insuffisamment anticipés par les employeurs ?

Nous observons que même si l’exposition aux TMS est connue des entreprises et des salariés, les entreprises ont des difficultés à s’en saisir (quand elles s’en saisissent).

Les risques psychosociaux ne sont plus à proprement parler un risque émergent, cependant ce risque reste encore insuffisamment anticipé par les employeurs, qui agissent en réaction plus qu’en prévention. 

La prévention est parfois perçue comme une contrainte réglementaire ou comme un coût. Que montrent les données de l’Assurance Maladie sur le coût de la non-prévention, pour les entreprises comme pour la collectivité ?

Il est difficile de calculer le coût de la non prévention, mais en moyenne un accident du travail coûte à l’entreprise « 5 000€ » en coûts directs, et 2 à 3 fois plus en coûts indirects liés notamment à la désorganisation de l’entreprise, au temps passé à la gestion de l’accident, à l’impact sur la production, à la compensation de salaire et au remplacement du salarié absent. 

Nous avons plutôt l’habitude de valoriser la prévention et des études montrent qu’1 euro investi en prévention rapporte 2 euros à l’entreprise.

Existe-t-il aujourd’hui des leviers de prévention dont l’efficacité est particulièrement démontrée, mais qui restent encore insuffisamment déployés dans les entreprises ?

Prévenir les maladies et accidents professionnels est un des objectifs réaffirmés de notre Convention d’objectifs et de gestion (COG) 2023-2028. La COG 2018-2022 avait permis le déploiement de deux programmes nationaux de prévention portant sur les troubles musculosquelettiques (TMS Pros) et les risques chimiques (Risques Chimiques Pros). Aujourd’hui, l’objectif est de s’appuyer sur leurs résultats pour les prolonger et poursuivre cette démarche sur les risques psychosociaux (RPS). Mais aussi de les compléter en intégrant les risques d’accidents graves ou mortels (en particulier les chutes).

Afin d’apporter des réponses au plus près des réalités des salariés comme des employeurs, les actions de prévention sont à décliner en fonction de la nature des risques et des activités. La COG 2023-2028 vise à construire des approches transversales en matière de risques, ciblées autour de trois secteurs particulièrement exposés (le BTP, le médico-social et l’intérim). Pour soutenir cette dynamique, elle cherche également à intensifier la mutualisation des bonnes pratiques et la coopération entre les acteurs nationaux et régionaux.

Entre 2018 et 2022, les programmes TMS Pros et Risques Chimiques Pros ont démontré leur efficacité. Une baisse significative de la sinistralité, un réel investissement de la part des établissements ciblés et de leurs salariés, ainsi que la satisfaction de ces entreprises et des partenaires associés (caisses régionales, services de prévention et de santé au travail [SPST], agences régionales OPPBTP…) ont été constatés :

  • + de 12 000 établissements accompagnés dans le cadre des programmes TMS Pros et Risques Chimiques Pros sur la COG 2018-2022 ;
  • – 8 % de TMS dans les établissements ciblés pour TMS Pros lors de la 1re saison par rapport aux établissements non ciblés.

Les TPE et PME disposent souvent de moins de ressources pour structurer leur politique de prévention. Quelles sont leurs principales difficultés et comment l’Assurance Maladie – Risques professionnels peut-elle les accompagner concrètement ?

La branche Risques professionnels développe uneoffre de service à destination des TPE et PME, et notamment les entreprises de moins de 50 salariés,afin de prendre en compte les caractéristiques d’un public exprimant des besoins particuliers. 41 métiers peuvent s’appuyer sur un outil en ligne qui leur permet d’évaluer les risques et d’établir un plan d’actions concret. Ils disposent aussi de fiches permettant d’identifier les principales solutions à mettre en œuvre et de choisir les équipements adaptés à leur métier.

Pour aider les entreprises à mener des actions de prévention des accidents du travail et maladies professionnelles, l’Assurance Maladie – Risques professionnels propose :

  • des démarches de prévention, des outils et des ressources documentaires associés (voir ci-dessous) ;
  • des dispositifs de formation permettant aux entreprises de monter en compétences sur la prévention des risques en général et sur la prévention de risques particuliers (TMS, risques chimiques, RPS, …) ;
  • des réseaux de consultants spécialisés en prévention pour accompagner et soutenir les entreprises dans leur démarche de prévention, la définition et la mise en place de leur plan d’actions ;
  • des aides financières (voir ci-dessous).

L’Assurance Maladie – Risques professionnels propose plusieurs types d’aides financières :

  • le dispositif « Subventions Prévention », destiné aux entreprises de moins de 50 salariés, permet de financer l’achat de matériels génériques dans certains secteurs d’activité ou de faciliter l’investissement dans des solutions de prévention (diagnostic des risques, formations). Elles ciblent les risques les plus fréquents tels que les troubles musculosquelettiques, les risques chimiques ou les chutes de hauteur ou de plain-pied et viennent en soutien aux accompagnements déployés par la branche Risques professionnels ;
  • les « contrats de prévention » s’adressent aux entreprises de moins de 200 salariés et permettent de financer des projets destinés à améliorer les conditions de santé et de sécurité des entreprises, lorsqu’une convention nationale d’objectifs est signée entre la Cnam et la branche professionnelle ;
  • la subvention Prévention des risques ergonomiques s’adresse à toutes les entreprises, quels que soient leur secteur d’activité et leur taille. Elle a pour objectif de réduire l’exposition aux risques liés à des contraintes physiques marquées dans une démarche de renforcement de la prévention des risques professionnels et de la préservation de la santé des salariés.

L’Assurance Maladie – Risques professionnels définit également des démarches de prévention ciblées en fonction de la sinistralité et les ajuste aux différentes situations des entreprises pour un accompagnement sur mesure.

TMS Pros :

TMS Pros est un accompagnement conçu sous forme d’un programme de 4 étapes pour aider les entreprises impactées par les troubles musculosquelettiques à mener une démarche de prévention pérenne. A ce jour, près de 15 000 entreprises ont été accompagnées par nos équipes.

Risques Chimiques Pros :

Risques Chimiques Pros est également un accompagnement sous forme de programme qui vise à aider les entreprises à mettre en place un plan d’actions efficace contre le risque chimique. Les caisses régionales ont accompagné plus de 5 000 entreprises, issues de 8 secteurs différents, particulièrement exposées à ce risque et représentant 300 000 salariés.

RPS : 

Cette démarche vise à accompagner des entreprises concernées par les risques psychosociaux (RPS) dans la mise en œuvre de mesures de prévention. Il prévoit d’inciter les entreprises à identifier et maîtriser les situations à risque, et à réduire la sinistralité liée à l’exposition aux RPS.

Prévention AT : 

La démarche Prévention AT prévoit l’accompagnement des entreprises qui sont confrontées à une sinistralité d’une exceptionnelle gravité (décès) et/ou à des accidents du travail graves ou fréquents, quel que soit le risque concerné, avec un accent mis sur les chutes qui sont la deuxième cause de mortalité au travail.

L’Assurance Maladie – Risques professionnels construit aussi des approches transversales en matière de risques, ciblées autour de trois secteurs particulièrement exposés (le BTP, le médico-social et l’intérim).

Approche sectorielle BTP centrée sur les maîtres d’ouvrage (MOA) :

Sur la période 2023-2028, l’Assurance Maladie – Risques professionnels, avec son réseau de caisses régionales, accompagne les maîtres d’ouvrage sur 500 nouvelles opérations chaque année. Les objectifs de cet accompagnement sont simples :

  • prévoir, dès la phase « conception », les moyens communs en prévention et les inclure dans les marchés de travaux des entreprises ;
  • s’assurer, lors de la phase « réalisation », que les donneurs d’ordres respectent bien leurs engagements, et que les entreprises mettent en œuvre et utilisent correctement les moyens prévus pour la sécurité de tous les intervenants.

Approche sectorielle SMS centrée sur les activités médico-sociales :

L’Assurance Maladie – Risques professionnels est engagée dans l’accompagnement de 2 000 structures médico-sociales, à la fois des établissements de soins (EHPAD) et des structures d’aide à domicile. Cet accompagnement attentionné prend appui sur le programme TMS Pros et sur une grille d’évaluation visant à ce que tous les établissements accompagnés puissent atteindre un socle de prévention. Cette approche sectorielle s’envisage en partenariat avec les ARS et les conseils départementaux.

Approche sectorielle Intérim :

La branche Risques professionnels s’engage à suivre et accompagner plus de 2 000 entreprises, à la fois des agences d’emploi et des entreprises utilisatrices embauchant des intérimaires. L’objectif n°1 est de contribuer à faire baisser la sinistralité accidents du travail des intérimaires, par la mobilisation de tous les acteurs, notamment des enseignes du secteur de l’intérim.

Comment faire évoluer la prévention d’une logique de réaction après un accident, une maladie ou une situation de crise, vers une démarche réellement anticipatrice et intégrée au fonctionnement de l’entreprise ?

Les accidents du travail et les maladies professionnelles ont un coût social, humain et financier. Leur prévention est un investissement, qui bénéficie aux salariés et à la société. Elle est aussi une composante à part entière de la performance économique des entreprises.

La prévention, facteur de performance

La prévention des risques intègre les différentes composantes d’un levier de performance efficace. Elle permet :

  • de réduire les coûts liés aux accidents du travail et maladies professionnelles ;
  • de réduire les coûts liés à l’absentéisme ;
  • d’améliorer les conditions de travail et l’organisation ;
  • de développer une culture de prévention dans l’entreprise.

Agir sur le bien-être des collaborateurs a un impact durable sur la performance de l’entreprise en les motivant et en les fidélisant, mais aussi en renvoyant une image positive de l’entreprise pour attirer de nouveaux talents, et en donnant confiance aux clients et fournisseurs.

Cette prise de conscience devrait amener les entreprises à identifier les risques professionnels et à mettre en œuvre les mesures nécessaires dans de but de réduire les risques inhérents à l’activité professionnelle afin de préserver la santé physique et mentale de leurs salariés.

Si vous deviez adresser trois priorités aux dirigeants pour les prochaines années en matière de prévention des risques professionnels, lesquelles seraient-elles ?

La première des priorités serait si ce n’est pas déjà fait de réinterroger l’évaluation des risques professionnels, afin de définir un plan d’actions associé et/ou de réactualiser le plan d’actions existant.

La deuxième serait de se fixer comme objectif d’analyser les accidents du travail ayant eu lieu afin de mettre en place les mesures de prévention pour que cela ne se reproduise pas.

Et enfin faire de l’amélioration des contions des travail un point incontournable de la gestion de l’activité, du management et des échanges avec les salariés, afin de favoriser la santé et la sécurité au sein de l’entreprise.